Pour les raisons suivantes que plusieurs observateurs ont constaté :
a. Internet favorise : lecture en diagonale, rapidité des réflexes, prise de décision, vision globale, mémoire à court terme.
b. Internet altère : la lecture profonde, la réflexion profonde, la concentration, l’apprentissage, la logique, l’esprit critique, la mémoire à long terme, la créativité.
Internet est donc l’antithèse de l’université, nous dit Mike Targett (in Rewiring Rotten Brains http://miketargett.com/targettdesign/blog/), d’autant que cette dernière, en son état actuel, est devenu un succédané de la révolution industrielle et a donc besoin de nouvelles solutions innovantes.
Sarah Curchwell, professeure et critique, dit (in The Internet : is it changing the way we think ?, John Naughton, guardian.co.uk) : J’ai vu en dix ans les manières de penser des étudiants changer de manière notoire : si les informations ne sont pas immédiatement accessibles via Google, les étudiants sont souvent déroutés. Et les réponses que Google propose ne sont pas toujours du meilleur cru ; ce sont les plus populaires. En fin de compte (...), Internet est juste un média, un dépositaire, une archive. Sa plus grande qualité est aussi sa plus grande tare : il est non sélectif.
Il nous revient alors d’exercer notre capacité de sélection, c’est-à-dire : penser, réfléchir.
Le premier réflexe de tout un chacun est de se ruer sur Google pour chercher. Mais même chercher sur Internet constitue une méthode et il existe des sites Web traitant de ce sujet, dont des sites universitaires. On oublie trop souvent qu’il existe encore des encyclopédies – en papier – et que la plupart possèdent leur site Web. Comme le dit si bien Thierry Klein (in Comment Google contribue au rétrécissement du savoir, www.libertation.fr) : Google crée du trafic, si possible sponsorisé, pas du savoir ; ses algorithmes ont pour objectif final de maximiser le revenu obtenu en cliquant sur les liens sponsorisés. (...) Google vous incite, en moyenne, à aller vers les pages les plus intéressantes pour les annonceurs, qui sont sa source de revenus. (...) Le moteur de recherche Google s’adresse avant tout au consommateur qui est en vous, pas à l’homme ou à la femme de savoir. Votre soif de savoir, si tant est qu’un tel terme ait un sens, c’est l’alibi qu’il vous sert, le leurre avec lequel il vous attire. N’étant pas toutefois entièrement d’accord avec Th. Klein (lisez son article en entier), car il nous revient au premier chef de sélectionner les sites, nous préférons cette réponse de John Battelle à Nicholas Carr (in Google : Making Nick Carr Stupid, But It’s Made This Guy Smarter, http://battellemedia.com) :
...Quand je suis plongé dans la recherche d’informations sur le Web, sautant de lien en lien, lisant en profondeur à un certain moment, écumant des centaines de liens l’instant suivant ; quand je fais des retraits en vue de formuler et reformuler des requêtes ;
quand j’avale de nouvelles connexions aussi rapidement que Google et le Web m’en proposent ; quand je procède à du bricolage en temps réel des heures durant, je « sens » mon cerveau s’illuminer, je me sens devenir plus intelligent. Bien plus intelligent et d’une manière dont seul un être humain est capable. Nous pouvons alors enchaîner avec E. Sander en disant : La question du rôle de l’enseignement dans ses dimensions informatives versus structurantes est donc posée avec une acuité nouvelle par Internet, car l’essentiel n’est pas seulement l’information apprise – de toute manière aisément disponible sur la Toile – mais ce qu’elle structure mentalement. (in Comment Internet change notre façon de penser, www.scienceshumaines.com). Et l’on finit avec le futurologue J. Cascio qui affirme que le problème n’est pas d’avoir une flopée d’informations à portée du doigt, mais que les outils nécessaires à les gérer sont encore dans leur petite enfance (in The Internet : is it changing the way we think ?, John Naughton, guardian.co.uk). Que conclure de cette situation ? Loin de vouloir supprimer Internet de notre vie (j’en connais qui deviendraient suicidaires sans leur fesse-book), c’est encore et toujours à l’école et à l’université qu’il incombe d’éduquer la gente estudiantine. Le bon usage des NTIC doit commencer dès la petite scolarisation et se poursuivre (en formation continue). Internet, au même titre que la radio, le téléphone, la télé et autres « gadgets » technologiques, est un outil utile destiné à nous faciliter la vie et non pas une fin en soi. Il ne faut pas perdre la faculté de lire en profondeur, de penser en profondeur, pour ne pas perdre la capacité d’innover et de créer.
Serge GÉLALIAN
N.B. : les traductions en italique sont de l’auteur de ces lignes.


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