Rappelons que dans ce projet de résolution que présentera la France au nom des Européens du Conseil, les auteurs du texte ont préféré parler de « mesures ciblées » plutôt que de « sanctions », afin de rallier les indécis ou les opposants parmi les Quinze. Or, selon une source autorisée au Conseil de sécurité, même les termes de « mesures ciblées » auraient été biffés, expurgeant encore davantage ce projet auquel continue de s’accrocher pourtant la communauté internationale, malgré la quasi-certitude du veto russe : ce que veulent les Occidentaux, c’est prouver qu’ils se sont battus jusqu’au bout en faveur du peuple syrien et que c’est désormais à Moscou et à Pékin d’assumer leurs responsabilités.
Le niet russe a cependant étonné la France puisque, la veille, Moscou était en faveur de cette résolution révisée, a assuré le chef de la diplomatie française, Alain Juppé. « Hier soir (lundi), nous avions 14 voix sur 15. Le Liban naturellement ne votera pas. Mais il y a eu changement d’attitude en cours de journée » de la part de la Russie, ajoutant que le texte mis en circulation au vote hier soir est de son point de vue « insuffisant. Il annonce éventuellement des sanctions. C’est un texte minimaliste et nous l’avons accepté en espérant qu’il pourrait faire l’objet d’un consensus », a-t-il déploré.
Toujours selon des sources onusiennes, l’ambassadeur de Liban au Palais de Verre aurait passé des heures au téléphone avec Beyrouth pour décider, en cas de vote, entre abstention ou opposition.
Après des semaines de « diplomatie intensive », les États-Unis ont espéré quant à eux « un vote fort, solide, de la résolution », afin de dire au régime Assad que « la violence doit cesser », a déclaré la porte-parole du département d’État, Victoria Nuland. Plus tard, le sénateur John Kerry a affirmé qu’il était « essentiel de continuer à soutenir les efforts des Syriens et de demander au gouvernement de mettre fin immédiatement aux violences les visant ».
S’adressant à la presse à La Haye, le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, a appelé de son côté les membres du Conseil de sécurité à trouver une réponse « unifiée » aux répressions sanglantes en Syrie, sous peine d’affaiblir l’autorité de l’ONU.
Onze nouvelles victimes
Parallèlement, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui entretenait jadis des liens d’amitié avec le président Assad, a annoncé que son pays prendrait rapidement des sanctions contre le régime syrien, selon l’agence de presse Anatolie. « On ne peut pas rester en spectateur face à ce qui se passe. On tue des innocents et des gens sans défense. On ne peut pas dire : laissons les choses continuer comme cela », a-t-il déclaré lors d’une visite officielle en Afrique du Sud. Il a également indiqué que son pays était prêt à soutenir une résolution de l’ONU condamnant la répression.
M. Erdogan a par ailleurs précisé qu’il se rendrait ce week-end ou la semaine prochaine dans la localité frontalière de Hatay où des milliers de réfugiés syriens fuyant la répression sont hébergés dans des camps de toile.
Tard dans la soirée, le Canada a renforcé de son côté ses sanctions contre le régime syrien en visant en particulier le secteur pétrolier.
Entre-temps, la répression, qui a fait selon l’ONU plus de 2 700 morts depuis la mi-mars, s’est poursuivie : onze nouvelles victimes ont été recensées hier, dont six dans la province de Homs, parmi lesquels trois soldats et un civil lors d’affrontements avec des insoumis à Idleb. Deux autres personnes ont également trouvé la mort dans le nord-ouest du pays, a rapporté l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). « Trois civils ont par ailleurs été tués par balles près d’un barrage de la sécurité près de Talbisseh », selon la même source, où les chabbiha ont intensifié leurs opérations alors que le bataillon Khaled ibn el-Walid de l’armée syrienne « libre » a annoncé son retrait de Rastan, pour préserver les civils.
À Rastan, où les pro-Assad ont arrêté en trois jours plus de 3 000 habitants qu’ils ont emprisonnés dans l’usine de ciment de la ville, après avoir bombardé chaque rue et chaque école selon des témoins, même les caveaux ont été fouillés et des cadavres volés.
Toujours selon des témoins, la situation humanitaire dans cette ville-martyre reste très difficile : les aides en tout genre sont très pressantes, il n’y a ni pain ni lait pour les enfants depuis 5 jours, l’eau et l’électricité sont toujours coupées.
Un témoin a en outre indiqué que le nombre des insoumis qui ont voulu protéger Rastan était de 250, aidés par des soldats d’autres régions. Ces témoins assurent que de très nombreux officiers et soldats qui ont refusé de tirer sur les insoumis ont été liquidés.
En outre, neuf étudiants ayant participé à des manifestations ont été arrêtés au lycée as-Saoura dans la ville côtière de Banias.
Les opposants de l’étranger
Notons que le militant communiste Moustapha Ahmad Ali, 52 ans, a été assassiné lundi soir dans le quartier Jab al-Jandali de Homs, a indiqué hier l’OSDH sans autre précision. Le même jour, un enfant a été tué dans ce quartier par des balles tirées sur la voiture qui le transportait avec son père qui a été blessé, alors que deux autres civils ont été tués près de Kseir et les corps de quatre civils retrouvés dans la région de Homs, toujours selon la même source.
En outre, certains opposants vivant à l’étranger ont été victimes d’agressions au cours des dernières semaines (lire ci-contre). Dans ce contexte, la France a mis en garde Damas contre tout acte violent ou d’intimidation sur son territoire. La Suède a indiqué de son côté qu’elle expulsera les diplomates syriens qui intimident les opposants au régime, selon le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt.
Enfin, le Sénat US a confirmé à l’unanimité la nomination de Robert Ford comme ambassadeur américain à Damas.
(Sources : agences et rédaction)

