Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, lundi à Tel-Aviv. Jack GUEZ/
La chute du régime du président syrien Bachar el-Assad n'est qu'"une question de temps", a assuré lundi à Tel-Aviv le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta. Les Etats-Unis et d'autres gouvernements ont "clairement fait savoir qu'Assad devait quitter le pouvoir", a déclaré M. Panetta, au début d'une tournée régionale.
"Même s'il (Assad) continue à résister, il est évident que ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne parte. Quand ? Ca, nous ne savons pas", a ajouté M. Panetta lors d'une conférence de presse avec son homologue israélien Ehud Barak.
M. Panetta est arrivé lundi à Tel-Aviv pour une visite en Israël et dans les Territoires palestiniens.
Selon lui, le régime d'Assad a perdu "toute crédibilité" après avoir réprimé dans le sang une vague de manifestations et fait ainsi au moins 2.700 tués, selon les estimations de l'ONU. "A chaque fois qu'ils ont tué aveuglément leurs propres concitoyens, comme cela a été le cas depuis plusieurs mois, il est assez clair qu'ils ont perdu leur légitimité en tant que gouvernement", a encore dit M. Panetta en référence aux fidèles du président syrien.
M. Panetta est devenu secrétaire à la Défense en juillet, après avoir dirigé la CIA. Il soutient que les pressions doivent continuer sur le régime syrien afin qu'il soit remplacé par un gouvernement plus sensible aux revendications de la population.
M. Barak a également estimé que les jours du régime syrien étaient comptés. La chute d'Assad constituerait "un choc majeur" pour "l'axe radical" au Proche-Orient soutenu par l'Iran, a-t-il ajouté en référence au Hezbollah libanais et au Hamas palestinien, qui contrôle la bande de Gaza et dont la direction est basée à Damas.
Par ailleurs, le département du Trésor américain a indiqué lundi que les entreprises américaines n'avaient pas le droit de vendre d'équipements de télécommunications en Syrie. Le Trésor a publié un document précisant le régime des sanctions mises en oeuvre par Washington contre le régime de Damas. Selon cette "licence générale" sur les "transactions relatives aux télécommunications autorisées", "la mise à disposition, la vente ou la location d'équipements ou de technologies de télécommunications à l'Etat syrien ou à quiconque en Syrie" est interdite. Il en va de même pour la mise à disposition, la vente ou la location de moyens de transmissions "comme des services de connexion à un réseau satellitaire ou terrestre", précise cette licence signée du 3 octobre.
Après Rastan, Talbisseh?
Sur le terrain, l'armée syrienne tentait, lundi, d'écraser un début de révolte armée dans la région de Homs. Les opérations militaires se concentrent sur la ville de Talbisseh, dans la banlieue nord de Homs, selon des activistes locaux. "Des chars ont tiré sur Talbisseh ce matin et les communications restent coupées. La ville était une source de ravitaillement pour Rastan et elle est punie pour cela", a dit un opposant. "Des fouilles dans les maisons et des arrestations ont eu lieu pour le deuxième jour d'affilée dans la région", a-t-il ajouté.
L'agence de presse officielle rapporte, de son côté, que cinq personnes ont été tuées lundi à Homs par des "groupes terroristes armés".
Les forces de sécurité se sont emparées ce week-end d'une grande partie de Rastan, point de ralliement d'opposants et de militaires déserteurs. Les rebelles armés, pour la plupart situés dans la région de Homs et dans la province d'Idleb (nord-ouest), sont jusqu'à présent dominés par l'armée syrienne.
Par ailleurs, les corps de deux civils non identifiés tués par balles ont été retrouvés lundi dans le quartier Qarabis à Homs. "Les corps ont été jetés depuis une voiture blanche immatriculé à Damas, avant que les passagers ne tirent en l'air", ont indiqué des habitants à l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Les forces de sécurité ont poursuivi lundi leurs opérations de perquisitions, arrêtant plusieurs personnes à Douma, à 20 km de Damas, où de tirs de balles ont été entendus, selon l'OSDH.
Des opérations similaires ont été menées également à Deir Ezzor (est) et à Saraqeb, dans le gouvernorat d'Idleb, près de la frontière turque, après l'assassinat dimanche d'un professeur d'histoire et du fils du grand mufti de Syrie.
Le chef de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, a dénoncé "ces actes d'assassinat quels qu'en soient les auteurs, qui profitent en fin de compte aux services de sécurité répressifs" du régime.
Les Comités locaux de coordination (LCC) qui chapeautent les manifestations sur le terrain, ont fait état de l'arrêt des opérations militaires à Rastane, dans le gouvernorat de Homs, à 160 km au nord de Damas, après plusieurs jours d'affrontements meurtriers entre les militaires et des déserteurs.
Le CNS syrien appelé à "sauver le pays"
Par ailleurs, des marches de soutien ont été organisées en Syrie pour appuyer le "Conseil national syrien" (CNS) qui réunit pour la première fois tous les courants de l'opposition syrienne et dont la formation a été annoncée dimanche à Istanbul, ont annoncé lundi des militants. "Des manifestations d'appui" ont eu lieu dimanche soir dans le quartier de Qadam à Damas en dépit du déploiement massif des forces de sécurité, ainsi qu'à Hama, Homs, Idleb, Deraa, Deir Ezzor et la province de Damas, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Des vidéos postées sur la page facebook "Syrian Revolution 2011", moteur du mouvement de contestation contre le régime du président Assad, ont montré des manifestants à Zabadani, à 50 km a nord de Damas, qui affirmaient leur appui au "Conseil national syrien, notre représentant unique et légitime", et demandaient le départ du président.
"Nous appuyons le Conseil national syrien, le représentant légitime et unique de la Révolution syrienne", pouvait-on lire sur une pancarte portée par des manifestants à Inkhel, dans la province de Deraa (sud).
Des organisations de la société civile du Golfe ont appelé, de leur côté, leurs pays à reconnaître le Conseil national syrien comme représentant légitime du peuple de Syrie. "Nous appelons les pays arabes et les organisations humanitaires internationales à soutenir le peuple syrien contre les meurtres et l'oppression, et à lui apporter une protection", affirme le Forum des sociétés civiles du Golfe dans un communiqué.
Un député syrien, Mohammad Habache, a déclaré à l'AFP qu'"il appuyait par principe tout rassemblement de l'opposition syrienne" et a appelé le CNS à "présenter des propositions logiques et plausibles pour sauver le pays et faire arrêter l'effusion du sang". "Nous sommes opposés à toute intervention étrangère car la solution devrait parvenir de l'intérieur" du pays, a ajouté M. Habache qui a formé un parti, "la troisième voie", pour tenter de trouver une issue à la crise qui secoue la Syrie depuis la mi-mars.
La France a salué lundi la formation la veille du CNS sans aller jusqu'à en faire son seul interlocuteur légitime pour remplacer Bachar el-Assad, appelé depuis l'été à quitter le pouvoir. "En annonçant le 2 octobre son unification au sein du Conseil national syrien, l'opposition syrienne a franchi une étape décisive", a estimé lors d'un point-presse le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.
Le porte-parole était interrogé pour savoir si la France allait être parmi les premiers pays à reconnaître le Conseil national syrien comme interlocuteur légitime en Syrie. "La France appelle une nouvelle fois le régime syrien, qui cherche à diviser les communautés et poursuit sa répression brutale, à respecter l'expression politique du peuple syrien, qui réclame des réformes et la démocratie", a ajouté Bernard Valero sans répondre directement à la question.

