commence par une danse mortuaire de femmes libanaises toutes de noir vêtues.
L’image est saisissante (grâce aussi au talent du chef op Christophe Offenstein). Des femmes, chrétiennes et musulmanes, qui dansent au bord du gouffre. Car, dans ce Liban qui ne dit pas son nom, la guerre civile rôde dans tous les esprits et la tentation d’en découdre avec l’autre est peut-être la dernière cartouche de ses hommes déboussolés. Comment éloigner le danger pour éviter la mort? Ces petites bonnes femmes ont plus d’un tour dans leur sac pour y parvenir et, dans ce film, elles sont à la manœuvre. Malice, humour et rock’n roll n’y suffiront pourtant pas, pas toujours...
Nadine Labaki n’hésite pas à braver les interdits (surtout religieux) avec des scènes «sacrilèges» d’une énergie époustouflante et hallucinante (le mot n’est pas trop fort, vous verrez pourquoi). Il y a aussi, dans son nouveau film, un souffle dramatique insoupçonné dans son premier film Caramel, des scènes à vous arracher des larmes. On est loin de la grâce de Caramel, de cet univers de femmes si belles et si fragiles. Ici, les femmes sont rudes, à l’image de leur montagne aride. Les hommes sont rustres, grossiers et toujours prêts à faire le coup de poing. Mais si elle a perdu en légèreté, Nadine Labaki a gardé son sens de l’humour, son authenticité et sa justesse de ton. La metteuse en scène restitue comme personne l’univers de la débrouille érigée en mode de vie par les Libanais en l’absence d’un État qui gère, réglemente, rassure. Les véhicules de toutes sortes roulent à tombeau ouvert, chargés de toutes sortes de marchandises intransportables; on bricole les postes télé, les
haut-parleurs...
Avec ce deuxième film, elle creuse le même sillon pourtant. Son monde est celui des «petites gens», des artisans, des policiers dans Caramel, des paysans dans Et maintenant on va où ?. Le rythme est plus lent, bercé par les très belles chansons concoctées par Khaled Mezannar.
On est bien loin du bling bling beyrouthin et des penthouses avec vue sur mer à 180°. Ici, on dort à même le sol; on jure et on hurle plus qu’on ne parle, et l’I-Phone en est encore au stade du mégaphone. Mais sous la rudesse et la laideur pointent la grâce, l’énergie et l’optimisme envers et contre tout.


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