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Nos lecteurs ont la parole

II.- Réflexion sur la servitude involontaire

Émile ISSA

Épopée et gloire, deux mots de plus en plus bannis des manuels scolaires pour leur connotation expansionniste, militaire et réac. (voir L’Orient-Le Jour du vendredi 23 septembre).
Mais ces deux mots sont aussi à l’être humain ce que l’énergie nucléaire est à la science. Bien utilisés, ils réchauffent l’âme et lui redonnent sa fierté à la manière d’un Le Cid de Corneille ou d’une Marseillaise chantée à pleins poumons dans un stade de foot.
Mal utilisés, ils détruisent et consument à la manière du Mein Kampf de Hitler.
Le but n’est pas de créer des réflexes identitaires et d’utiliser l’histoire pour renforcer la xénophobie et les conflits. Bien au contraire, c’est surtout pour montrer à la lumière des évènements passés qu’un autre monde est toujours possible.
En avoir peur, c’est mal connaître l’être humain et mal connaître aussi le sens réel de ces mots. N’en déplaise a certains, l’être humain n’est pas seulement un être de réflexion mais aussi et d’abord d’action. Surtout lorsqu’il n’a pas eu l’accès à la formation menant à la réflexion. Peut-être que l’ennui mortel et la conscience de la vie qui passe pendant que les autres ont tellement l’air de s’amuser...
Bannir les notions d’épopée et de gloire, c’est aussi faire l’impasse sur l’épopée de Gilgamesh, L’Iliade et L’Odyssée, La Chanson de Roland et tant d’autres textes reflétant le besoin noble de contester le déterminisme et l’ordre établi afin de se dépasser au niveau personnel d’abord mais aussi au niveau du groupe.
À ce titre, il suffit aujourd’hui de jeter un coup d’œil aux millions d’adolescents qui jouent en ligne à des simulations de combat où ils se réunissent en ordres, clans, familles ou guerriers solitaires des heures durant, à la recherche de sensations, d’inspirations et de conquêtes.
Ce que la société refuse de continuer à enseigner aujourd’hui (à travers la restauration du rôle de l’histoire dans les écoles notamment), les jeunes l’apprennent seuls dans des mondes virtuels. Mais c’est aussi de manière involontaire que l’inconscient collectif délègue à ces mondes virtuels le soin hypocrite de l’enseigner.
Que l’on ne se sente donc plus choqué de voir défiler des hordes en colère et organisées en se demandant : « Mais où donc ont-ils appris tout ça ? »
Il suffit aux parents de se connecter quelques heures avec leurs enfants pour se faire une idée des jeux auxquels joue leur progéniture. Mais j’oubliais : les parents n’ont plus le temps de rester quelques heures par jour avec leurs enfants...
Dans ce cas, ces enfants restent-ils leurs enfants ? Ne se transforment-ils pas plutôt en un agrégat de mutants semi-urbains/semi-préhistoriques car laissés à eux-mêmes, sans guide ni personne en charge de leur ouvrir les portes de la société et de ses codes ? Ni de les initier aux joies de la compétition sportive et de l’apprentissage ?
Il n’est pas question, loin de là, de faire un procès stupide aux jeux vidéo et aux univers virtuels parallèles. Mais il s’agit de pousser le holà face à leur impact sur le comportement des jeunes en société si leur usage ne reste pas dans la sphère du raisonnable et que l’impact de leur contenu n’est pas pris au sérieux.
Parce que la vie d’un individu peut être tour à tour perçue comme un chemin, un sentier, une voie de garage, une impasse ou une odyssée. C’est là que devraient intervenir davantage les éducateurs et les modèles d’aujourd’hui. Ce sont ces éducateurs qui peuvent guider les jeunes et les inspirer dans la manière de voir leur vie afin de les rendre autonomes, non plus juste avec des mots, mais avec des exemples actuels, réels ou bien historiques.
Ces besoins de gloire et d’aventure reconnaissables chez tout être humain pourraient être réorientés non dans les guerres, la violence et les destructions, mais dans l’aventure de la construction de soi, de la maturation, du travail et de l’épanouissement. Non plus seulement en salle de classe, mais aussi au cours de sorties organisées ou d’un déplacement annuel, avec un objectif « d’apprentissage de la vie » prédéfini. Cela consisterait peut-être à pousser les jeunes hors des villes afin qu’ils vivent, l’espace d’une semaine, chez des volontaires locaux, à la découverte des métiers en campagne, histoire de renouer le contact avec la nature et le bio, l’artisanat, etc.
Or cette responsabilité ne peut se limiter aux éducateurs, déjà rudement éprouvés par le malaise ambiant, mais devrait s’étendre aussi à toutes les structures de la société, lesquelles devraient repenser leurs excès et la manière de les afficher.
Car si l’on négligeait aujourd’hui de former la jeunesse, si l’on abdique maintenant, découragés par ces « explosions d’ingratitude » comme disent certains, et que l’on n’assure plus de formations avec perspective d’emploi, en se contentant de repêcher ceux qui réussissent malgré tout, on serait sûrement en train de semer les graines d’une révolution à venir.
La solution n’est pas dans le maintien en état de marginalisation des « inadaptés au modèle sociétal choisi », mais dans la remise en question de ce dernier afin d’arriver à un nouveau modèle enrichi de la participation active et volontaire de tous. Au quotidien. Beaucoup sont encore physiquement dans l’auberge, mais ils sont depuis longtemps aux abonnés absents...Virtuellement.

 

Émile ISSA

Épopée et gloire, deux mots de plus en plus bannis des manuels scolaires pour leur connotation expansionniste, militaire et réac. (voir L’Orient-Le Jour du vendredi 23 septembre).Mais ces deux mots sont aussi à l’être humain ce que l’énergie nucléaire est à la science. Bien utilisés, ils réchauffent l’âme et lui redonnent sa fierté à la manière d’un Le Cid de Corneille ou d’une Marseillaise chantée à pleins poumons dans un stade de foot.Mal utilisés, ils détruisent et consument à la manière du Mein Kampf de Hitler.Le but n’est pas de créer des réflexes identitaires et d’utiliser l’histoire pour renforcer la xénophobie et les conflits. Bien au contraire, c’est surtout pour montrer à la lumière des évènements passés qu’un autre monde est toujours possible.En avoir peur, c’est mal...
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