Tais-toi. Ne parle pas. Ne dis rien. Ne réponds pas. Ne raconte pas. Laisse, ça va passer. Oublie. Chut... Pourtant, on aimerait s’exprimer. Dire tout haut. Crier, hurler, susurrer, murmurer. Parfois on le veut, souvent on ne le peut pas. On s’autocensure, on nous recommande le mutisme, on n’est pas habitué. On n’a pas été élevé dans une famille de dialogue, ni de paroles. Ici, on a l’habitude de (se) taire. C’est mieux, dit-on. C’est vrai, ça prend moins de place. Ça fait moins de bruit. Et puis, c’est plus facile à (dis)gérer. S’il n’y a pas de mots, il n’y a pas de maux. Enfin, c’est ce qu’on croit. C’est beaucoup plus simple. Quelle absurdité. Il faut des mots pour les maux. Quels qu’ils soient. Se taire n’est pas une solution. Loin de là. Se taire ne fait pas oublier. Au contraire. Si rien n’est énoncé, les maux ressortent. Ils reviennent à la charge, sans crier gare. On n’est pas à l’abri de son inconscient. Si rien n’est formulé, les maux reviendront sous d’autres formes et porteront d’autres noms. Ils seront tour à tour ulcère, déprime, lumbago, peu importe, mais ils seront. Lapsus, acte manqué, rêve. Il faut des mots, il faut mettre des mots, sur les choses de la vie, des sensations, des sentiments, un comportement, une douleur, une situation. Il faut dire, sans chercher à travestir. Il faut nommer sans chercher à fuir. C’est dur. C’est même très dur. Mais il n’y a rien de plus apaisant que de trouver les mots justes pour le dire. Des mots légers, sincères, graves, mais des mots. Si on ne peut pas le dire, il faut l’écrire. Mais il faut formuler. Poser un mot et ne pas le contourner. Il faut du courage pour accepter de dire. De la force pour prononcer ces mots-là : je t’aime, je souffre, je vais mal, j’ai peur, adieu, tu es belle, je te déteste, je vais mourir. Si on ne déclare rien, on pervertit. On se cache derrière une métaphore ou une image, un mot flou et vague. « Après ; heydek’l marad ; ce n’est pas toi c’est moi ; je ne sais pas; peut-être ; bientôt ; ça ira; tu n’es pas laid ; je t’aime bien. » C’est mieux pour certains, pour beaucoup même. C’est plus facile. De s’abriter derrière des mots approximatifs. Comme ça le doute est permis. Heydek’l marad. L’autre maladie pour ne pas dire cancer. Après, pour ne pas dire la mort. Je t’aime bien, pour ne pas dire je ne t’aime plus. Et on ne comprend pas bien. Tout devient flou, vague. Et c’est insupportable. On tait ce qu’on ressent, comme ça on croit que ça n’existe plus. Il faut des mots, du courage et du vocabulaire. Pour employer le bon mot, il faut du vocabulaire. Pour dire ce qu’on a à l’intérieur. À l’intérieur de l’esprit, à l’intérieur du cœur, à l’intérieur de l’âme. Et qu’ils soient bons ou pas, qu’ils soient beaux ou laids. Ne pas jouer l’imprécis(e) ni l’ambigu(e). Il faut appeler un chat, un chat. Au sens strict, littéral, absolu. Et un chat peut être tigré, bâtard, de gouttière, persan, castré, siamois. Mais c’est un chat. Et c’est une exactitude. L’amour aussi. C’est une flamme, une affection, un engouement ou une passion. De la folie également ou une ardeur, une pulsion, une passade, une jouissance, une euphorie, une fantaisie ou une liaison... La peine aussi et la douleur. Ce peut être une désolation, une torture, un calvaire, un simple gémissement, un chagrin, une blessure, une détresse, un gouffre sans fond, un désespoir. Il ne faut pas avoir honte de mettre des mots pour essayer de comprendre. Comprendre pourquoi et comment. Comme ça, on intègre, on conçoit l’inconcevable, on permet l’impossible, on saisit l’insaisissable. On aura mis des mots sur la haine, la beauté, la peur, la joie, la maladie, la naissance. On dira tu me manques au lieu d’un léger tu nous manques. I love you, plutôt qu’un Love you rapide... Je te dirai mot pour mot, des mots bleus et des mots tendres, en un mot, je te dirai tout ce que je pense, je t’écrirai un mot et le glisserai sous ta porte, je ne te parlerai pas à demi-mots, je préférerai t’inonder de gros mots ou de mots savants, de mots d’ailleurs, de mots anglais, je ne mâcherai pas mes mots, je te donnerai le mot de passe, j’aurai des mots avec toi et je te dirai deux mots, un mot d’ordre même, et tu me prendras au mot, même si je les cherche, je ne ferai pas de jeux de mots parce que je connais le fin mot de l’histoire. Mais j’aurai toujours le mot de la fin. Parce que je l’aurai dit. J’aurai toujours le dernier mot. Toujours.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Tais-toi. Ne parle pas. Ne dis rien. Ne réponds pas. Ne raconte pas. Laisse, ça va passer. Oublie. Chut... Pourtant, on aimerait s’exprimer. Dire tout haut. Crier, hurler, susurrer, murmurer. Parfois on le veut, souvent on ne le peut pas. On s’autocensure, on nous recommande le mutisme, on n’est pas habitué. On n’a pas été élevé dans une famille de dialogue, ni de paroles. Ici, on a l’habitude de (se) taire. C’est mieux, dit-on. C’est vrai, ça prend moins de place. Ça fait moins de bruit. Et puis, c’est plus facile à (dis)gérer. S’il n’y a pas de mots, il n’y a pas de maux. Enfin, c’est ce qu’on croit. C’est beaucoup plus simple. Quelle absurdité. Il faut des mots pour les maux. Quels qu’ils soient. Se taire n’est pas une solution. Loin de là. Se taire ne fait pas oublier. Au contraire. Si...
Ce sont si souvent les mots qui nous guerissent de nos maux, tout comme souvent nos maux sont dus a des mots ....Pur et reel, Medea a reussi a mettre le doigt sur un des maux du siecle....choisir ses mots...en amour, en amitie, en politique...A mediter !!!!
07 h 00, le 24 septembre 2011