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Culture

« La passion selon Marie », de Zad Moultaka

Rencontre Séjour fructueux et inspiré de Zad Moultaka à Chebtine, village près de Tannourine, pour composer son dernier opus « La passion selon Marie », un oratorio syriaque contemporain qui sera donné incessamment au festival de musique d’Ambronay, ensuite à la cathedrale Saint-Étienne (Toulouse) et à Marseille. Rencontre avec un musicien qui sort du rang et que l’avenir et les activités de la musique au Liban, en plein dans le feu des nominations et des successions, n’indiffère guère... Il a là aussi son mot à dire.
21/09/2011
Les cheveux toujours en bataille, le regard toujours pétillant, le polo immanquablement noir, le sourire jamais pris en faute, Zad Moultaka, lors de son court séjour au pays natal, a le temps, malgré sa fiévreuse préparation à mettre au point cette Passion selon Marie (attendue en Europe et qui sera donnée ultérieurement au Liban), de parler de ce qui l’intéresse au pays du Cèdre: l’avenir du Conservatoire national supérieur de musique, de l’Orchestre philharmonique libanais et de l’Ensemble de l’orchestre arabe. Institutions auxquelles il aimerait appartenir en briguant un poste de direction: son nom est déjà en lice auprès de ceux qui prennent les décisions. «Afin, dit-il, de mieux partager mon expérience européenne avec mes collègues, entreprendre une éducation plus moderne et surtout apporter un esprit de musique contemporaine plus grand dans tout ce qui se fait ici, tout en ne négligeant pas la part de ce qui est classique et acquis. Je voudrais surtout créer une dynamique entre l’Europe et les pays arabes où il y a de substantielles potentialités grâce surtout à la présence de beaucoup de compositeurs à faire découvrir au public et aux gens du métier...»
Pour revenir au dernier opus en gestation La passion selon Marie (en syriaque: «Hachô dyôldat Alôchô»), d’une durée d’une heure et qui sera donné en accompagnement du «Concerto Soave» placé sous la direction de Joel Suhublette, avec le chœur mixte «Les Éléments» composé de dix huit chanteurs, Zad Moultaka fouille le thème sublime de la Passion du Christ. Vu à travers le regard d’une femme en même temps mère de Dieu. Émotion, souffrance et dignité pour une immémoriale mémoire chrétienne.
Une œuvre qui explore les instruments baroques pour restituer un événement, magnifié d’Orient en Occident, d’une dimension exceptionnellement dramatique. Les textes, chantés en syriaque, sont empruntés aux Évangiles, à des poèmes plus récents (Rilke, Céline), traduits en syriaque et quelques écrits anonymes de la tradition.
Né au Liban en 1967, Zad Moultaka poursuit depuis de nombreuses années une recherche sur le langage musical, intégrant les données fondamentales de l’écriture contemporaine occidentale aux caractères spécifiques de la musique arabe à travers de multiples domaines d’expérimentation. Une maturation qui s’affirme avec le temps et le pousse toujours à questionner l’histoire, la mémoire et le monde contemporain dans toutes ses nouveautés et sa stridence.
Pour cerner cette œuvre puissante et dramatique, par-delà toute vibrante expression musicale, les mots et les confidences du compositeur de «zajal» sont bienvenus et éclairants. Et Zad Moultaka de confier: «La Passion selon Marie, en syriaque Hachô dyôlat Alôhô, est une œuvre importante pour moi, car elle s’inscrit dans deux directions de travail que je poursuis depuis quelques années. La première est le rapport à la langue chantée et la richesse des sonorités, des dynamiques et des couleurs qu’elle peut susciter. Ici c’est la langue araméenne (syriaque) qui révélera ses timbres, chatoyants et gutturaux à la fois, qui sera mise en tension avec des instruments baroques. L’intérêt de réfléchir sur des textures baroques est né avec mes questionnements sur les musiques et les instruments arabes: comment les rapprocher des techniques, du langage et de l’espace de l’écriture contemporaine sans qu’ils perdent pour autant leurs caractéristiques propres, leur âme en quelque sorte. La deuxième direction de travail est la quête d’un espace d’émotion, de profondeur et d’une dimension spirituelle neufs, s’enracinant dans une énergie ancienne, voire archaïque. Le thème de la Passion est un terrain idéal pour creuser ces problématiques. Il sera abordé à travers le regard de Marie, en tant que mère, ensevelie dans ses souffrances et ses doutes. Des textes provenant de sources variées seront traduits dans la langue du Christ. Une forme d’attitude inversée, un retour vers une langue «première».

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