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Nos lecteurs ont la parole

Électricité et relations publiques

Par George SABAT
Se pourrait-il que la crise gouvernementale qui risque d’être provoquée par le projet Bassil de réforme de l’électricité ne soit, en fin de compte, que le résultat d’une campagne de relations publiques qui gagnerait à être focalisée sur le citoyen ?
Ce projet qui traîne dans les dossiers de l’administration depuis plus de deux décennies n’en finit plus de susciter des controverses de toutes sortes, quoique, en apparence du moins, on pourrait le résumer en une déclaration et une question : « Nous manquons d’électricité au Liban. Qu’attendons-nous pour réagir ? »
La réponse a cette simple question se fait attendre, chacun voulant apporter son grain de sel à un mets qui n’en manque pas.
Dans tout autre pays que le Liban, les responsables des différences tendances politiques, réalisant l’urgence du problème à résoudre, auraient décidé d’oublier momentanément leurs divergences et se seraient réunis pour tenter de se mettre d’accord sur la solution à adopter.
Pourquoi cela ne s’est-il pas produit au Liban ?
De l’avis de nombreux observateurs avisés, il apparaît que l’on a voulu compliquer à dessein le problème pour des raisons partisanes et/ou pour satisfaire des intérêts personnels.
Dans un conflit pareil, il y aurait eu lieu d’introduire un arbitre qui aurait été en mesure de trancher et d’imposer la solution adéquate.
Cet arbitre, en définitive, pourquoi ne serait-il pas le peuple libanais ? Ces quatre millions et demi de citoyens qui, pour bénéficier plus ou moins régulièrement d’un minimum de courant électrique, sont tenus de payer chaque fin de mois, en sus des factures de l’EDL, des sommes de plus en plus élevées aux propriétaires de générateurs ?
Au cours de la conférence de presse tenue lundi par le ministre Gebran Bassil sur le sujet de l’électricité, une remarque est probablement passe inaperçue parmi les nombreux arguments techniques et financiers qui ont été évoqués.
Le ministre a, trop rapidement à mon avis, mentionné que, lors d’un sondage d’opinion, 46 % des répondants étaient en faveur du projet et 41 % s’y opposaient
Ma première réaction en entendant cette déclaration aura été : « Comment se fait-il qu’au Liban, on ait songé à interroger le peuple au sujet d’une question qui l’intéresse de prime abord ? »
Ma deuxième réaction a été plus mesurée. Ce sondage, comment et où a-t-il été conduit et dans quelles circonstances ? Quel est le nombre de personnes interrogées? À quelle classe sociale et à quelle tendance politique appartenaient-elles ? Quel était l’âge moyen, le niveau d’éducation, la profession et le revenu annuel du répondant ? Toutes ces questions doivent être posées. N’empêche que l’initiative était heureuse, quoiqu’elle n’ait eu lieu qu’en dernière minute avant le vote au Parlement et qu’elle n’ait été mentionnée que trop hâtivement par un ministre surmené et harassé de toutes parts.
Et là, j’en viens à une troisième question, que je me suis posée et qui à mon avis prime toutes les autres. La réponse à cette question pourrait non seulement servir à résoudre le dilemme de l’électricité, mais contient également en ses germes le remède à nombre de maux dont souffre notre malheureux pays.
Qu’attendons-nous pour faire intervenir le peuple dans la plupart des situations que nous avons héritées depuis les premiers jours de l’indépendance et qui restent, à ce jour, sans solution ?
Pourquoi ne prenons-nous pas l’avis de ce peuple qui, malgré tout ce que l’on dit à son sujet, s’est montré de loin plus avisé, plus réfléchi que beaucoup d’autres peuples dans la région et ailleurs ?
Beaucoup de nos voisins arabes nous envient pour notre maturité et notre intelligence. Et pourtant, les Libanais, refusant de s’en rendre compte, ne cessent de se sous-estimer et persistent à s’en remettre aveuglément pour tout ce qui les concerne à des dirigeants qui ne le méritent pas.
Mais en quoi cette discussion concerne-t-elle le problème de l’électricité, me répondrez-vous ?
C’est bien simple, le problème de l’électricité, comme bien d’autres d’ailleurs, concerne essentiellement et avant tout le citoyen.
Le meilleur moyen de le résoudre devrait être de passer par lui avant les autres institutions, gouvernement, Chambre de députés ou président de République. C’est le peuple qui devrait donner son avis car il est le premier concerné.
Mais pour ce faire, il faudrait qu’il soit mieux informé au préalable. Le dossier de l’électricité, quoiqu’en apparence touffu et bourré de points techniques et légaux qui sont du ressort d’experts qualifiés, peut en définitive se résumer en quelques arguments bien simples qui seraient établis par des spécialistes de la communication – et il y en a beaucoup au Liban. Ces arguments seraient présentés au peuple sous forme de questions scientifiquement posées auxquelles on demanderait aux citoyens de répondre. Le résultat serait ensuite transmis à nos élus qui seront forcés d’en tenir compte lors de la prise de décision finale.
Mais holà ! Je constate que je viens de commettre une hérésie. Comment voulez-vous demander au peuple, me dira-t-on ? Quel peuple ? Il n’est pas à même ni de comprendre ni de décider.
Voilà exactement où nous en sommes. C’est à nous de trancher. Sommes-nous un peuple capable d’adopter certains jugements cruciaux pour nous-mêmes et pour notre avenir, ou resterons-nous à jamais à la merci de dirigeants qui persistent à conserver le monopole des décisions ?
Se pourrait-il que la crise gouvernementale qui risque d’être provoquée par le projet Bassil de réforme de l’électricité ne soit, en fin de compte, que le résultat d’une campagne de relations publiques qui gagnerait à être focalisée sur le citoyen ? Ce projet qui traîne dans les dossiers de l’administration depuis plus de deux décennies n’en finit plus de susciter des controverses de toutes sortes, quoique, en apparence du moins, on pourrait le résumer en une déclaration et une question : « Nous manquons d’électricité au Liban. Qu’attendons-nous pour réagir ? » La réponse a cette simple question se fait attendre, chacun voulant apporter son grain de sel à un mets qui n’en manque pas.Dans tout autre pays que le Liban, les responsables des différences tendances politiques, réalisant l’urgence du...
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