Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch (deuxième à gauche), et le PDG de Shell, Peter Voser (deuxième à droite), ont signé hier un accord. Photo AFP
L’Ukraine tente depuis des mois de renégocier le prix du gaz acheté à la Russie, qui s’élève actuellement à presque 400 dollars les 1 000 mètres cubes, selon Kiev. De son côté, le Kremlin se dit prêt à baisser le prix à condition que Kiev accepte d’entrer dans l’Union douanière formée par la Russie, le Belarus et le Kazakhstan, et de fusionner sa société publique Naftogaz avec le géant russe Gazprom. Kiev a maintes fois rejeté cette proposition. « La Russie nous dit : entrez dans l’Union douanière et vous obtiendrez une remise. Nous n’avons pas besoin de remise. Il nous faut un accord normal, aux termes duquel le prix du gaz ne dépasserait pas, par exemple, celui payé par l’Allemagne », a déclaré M. Azarov jeudi.
Les relations entre Kiev et Moscou dans le domaine énergétique sont suivies de près par l’Union européenne, dont l’approvisionnement a été perturbé lors des précédents conflits gaziers ukraino-russes, 80 % du gaz russe destiné à l’Europe transitant par l’Ukraine. Le ministre russe de l’Énergie, Sergueï Chmatko, a exclu hier l’éventualité d’une interruption du transit de gaz russe vers l’Europe, mais les experts sont divisés. Le géant russe « Gazprom ne veut pas nuire à sa réputation en Europe, qui sera inévitablement compromise en cas de conflit », a déclaré l’analyste Ildar Gazizoulline du Centre international des recherches stratégiques à Kiev. Mais Artiom Kontchine, analyste de la banque d’investissement UniCredit Securities à Moscou, n’est pas du même avis. « La Russie peut couper le gaz à l’Ukraine sans nuire à sa réputation car le gazoduc Nordstream, voie alternative pour livrer le gaz russe à l’Europe, sera mis en service à la fin de l’année », rétorque-t-il.
En revanche, tous sont d’accord pour dire que Kiev n’est pas en position de force. Le pouvoir actuel ukrainien, dont l’électorat est prorusse, « n’a aucun intérêt dans une détérioration de ses relations avec Moscou, surtout à l’approche des législatives » de 2012, relève M. Gazizoulline. Faute de sources d’énergie alternatives, Kiev « n’a pas de marge de manœuvre », souligne de son côté M. Kontchine. Les Ukrainiens peuvent bien contester les accords en justice, mais la longueur de la procédure ne leur permettra pas d’avoir une décision rapide, ajoute-t-il.
Kiev, qui cherche à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou, a signé hier un accord avec la compagnie anglo-néerlandaise Shell qui pourrait investir jusqu’à 800 millions de dollars dans la production de gaz de schiste en Ukraine, mais sa réalisation prendra encore des années.
(Source : AFP)

