Un roman dans la pure tradition des personnages paumés et mauvais, sans que cela soit forcément comme la pellicule de Pour une poignée de dollars de Sergio Leone avec Clint Eastwood (aussi sublime acteur, alors qu’aujourd’hui remarquable réalisateur) ou les agressives narrations de Scorcese ou Tarantino. Mais il y a un peu de tout cela, avec un plus : ce lyrisme moderne, lancinant et strident, pour des antihéros presque blasés. Des antihéros qui se battent quand même encore pour leur survie, qui ont le cœur gangrené, mais l’espoir intact. Espoir de sortir de l’enfer du quotidien qui ronge la vie comme ce cancer qui bouffe les poumons de Roy Cady, lancé sur les routes pour fuir un « boss » proxénète et « dealer ».
L’auteur Nic Pizzolatto, originaire de la Nouvelle-Orléans et vivant aujourd’hui avec sa femme et sa fille à Los Angeles, a écrit surtout des nouvelles et des récits publiés dans des magazines et des revues. Avant de s’atteler à son premier roman, Galveston, qui plante le décor de l’action justement à la Nouvelle-Orléans en 1987 : on ne décrit bien que ce que l’on connaît le mieux, disait Cocteau !
C’est de là que partent ses trois personnages, Roy, Rocky, la jeune prostituée, et Tiffany, une gosse de quatre ans. À leur trousse, des tueurs pour récupérer documents compromettants et forcer au silence celui qui en connaît beaucoup (ou trop) sur la mort des autres... Cocktail explosif pour une randonnée folle, pimentée de crimes, de sexe facile et de violence sans états d’âme...
Un peu grossie au fusain, cette narration corsée et tirée par les cheveux. Une narration qui a les atouts de bons dialogues entre « mecs » et la douceur de certains passages, où la tendresse a la couleur des immensités des déserts américains.
Vite et facilement lu dans ses rebondissements multiples et ses descriptions qui ne manquent pas de piquant, ce roman charnu et bouillonnant de vie. Un roman qui se laisse dévorer comme un bon film à suspense avec hémoglobine, sexe à la sauvette et adroits coups de poings.
Langue simple et facile pour une histoire dont on imagine déjà la transformation en scénario bien ficelé. Reste le casting. Là aussi on est tenté d’imaginer Johnny Deep en fuyard futé et malade, Kyra Knighly en femme déchue et une Brook Shield en herbe pour la moue de la petite Tiffany. Quant au reste des personnages mafieux, sales, bêtes et méchants, la liste serait bien embarrassante pour un choix aussi copieux.


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