Sandra Dagher et Lamia Joreige, le duo initiateur et codirigeant du BAC. Photo DR
Sa cousine Karine Wehbé et un copain, Wadih Saffieddine, ayant entrepris de monter des expositions ponctuelles dans un étage de l’immeuble Souhaïl Dagher (avenue Charles Hélou) qu’ils avaient baptisé « L’espace SD », ils lui proposent, à son retour de l’étranger en 1998, de collaborer avec eux. Tentée par l’idée de « promouvoir des talents artistiques », elle se lance dans l’aventure avec eux, jusqu’à ce qu’en 2000, accaparés par leurs métiers respectifs, le duo laisse tomber L’espace SD. Sandra le reprend alors toute seule et commence par y installer une programmation d’expositions régulières. Très rapidement, elle entreprend d’en élargir le concept en aménageant, graduellement, un espace créateurs (designers et stylistes libanais), un autre d’art expérimental (Le Labo), puis en créant un ciné-club et en organisant des événements et des concerts.
Dès le départ, plutôt que d’instaurer une galerie conventionnelle, elle préfère œuvrer de sorte à offrir « une vitrine des artistes libanais et, plus particulièrement, des artistes émergents ». Elle lancera ainsi pas mal de peintres, plasticiens, photographes, aujourd’hui connus, en leur organisant leur première exposition individuelle à L’espace SD. À l’instar de Flavia Codsi, son frère Fulvio, Zéna el-Khalil, Joe Kesrouani...
Un espace à but non lucratif
Quatre ans plus tard, désormais prise au jeu de ce métier dans lequel elle a débarqué par hasard, Sandra Dagher décide de développer L’espace SD. Elle envisage, notamment, l’élaboration d’une médiathèque. Et contacte, fin 2004, pour monter ce projet, Lamia Joreige, plasticienne et vidéaste. Rencontre déterminante. Car c’est de leurs discussions et rêves communs que naîtra le concept du BAC. « À savoir, un espace à but non lucratif qui puisse accueillir des expositions d’art contemporain sans contraintes commerciales. Et où l’on pourrait enfin présenter les nouvelles pratiques artistiques de plasticiens libanais qui ne trouvaient pas naturellement leur place dans les galeries. Mais aussi, un lieu incluant une médiathèque et un auditorium, pour y développer des activités parallèles et créer une dynamique autour des expositions. »
Trois ans – et les sombres événements que l’on connaît – plus tard, la jeune galeriste met la clé sous la porte de L’espace SD pour se lancer totalement dans son nouveau projet avec Lamia Joreige.
Le temps de trouver le lieu idéal, c’est-à-dire un vaste espace qui puisse s’adapter aux besoins des artistes et se prêter à de multiples transformations en fonction des performances, ainsi que le financement (donations et sponsoring), le BAC ouvre ses portes, en janvier 2009, dans une ancienne usine de 1500 m2 sur deux niveaux, à Jisr-el-Wati.
Ce centre d’art contemporain, au statut d’association à but non lucratif, sera naturellement codirigé par ses deux initiatrices, Sandra Dagher et Lamia Joreige. Mais c’est avec les trois autres membres du comité exécutif (Rabih Mroué, Maria Ousseimi et Nathalie Khoury) que se décide la sélection des projets à produire.
« Le choix des artistes se fait collectivement par rapport à des propositions et à des envies communes, indique Sandra Dagher. Mais on suit également un programme assez précis. L’année est ponctuée par “ 4 grands moments ”. Soit 4 expositions : un accrochage thématique regroupant des artistes locaux, régionaux et internationaux ; deux solos et enfin “ Exposure ” , l’exposition annuelle d’artistes émergents libanais ou vivant au Liban, organisée sur appel à projets et couronnée d’un prix permettant au lauréat de produire une œuvre. Et autour de chaque exposition gravite un ou une série d’événements : concerts, conférences ou encore projections de films qui tissent des parallèles avec l’œuvre ou le thème qu’elle présente. » « Il nous arrive aussi d’accueillir une ou deux expositions organisées par d’autres organisations ou acteurs culturels, poursuit la jeune femme. Cela a été le cas cette année avec Ashkal Alwan pour “ Homework ” ou Saleh Barakat pour le grand accrochage de peintures sur le thème de la guerre civile, mais dans ces cas-là nous ne produisons pas l’expo et nous n’intervenons pas sur le choix précis de son contenu. »
Programme éducationnel...
En presque trois ans, le BAC a consacré des expositions à Akram Zaatari, Bernard Khoury, Walid Sadek – « l’exemple même de l’artiste très conceptuel dont l’œuvre n’a pas sa place dans une galerie commerciale » – , Paola Yaacoub, Mona Hatoum, Emily Jacir, Harun Farocki, Chris Marker...Sans compter l’accrochage actuel qui revient sur l’œuvre photographique de Fouad el-Khoury. « En ce qui concerne les artistes étrangers, on essaye de présenter, outre de grands noms, ceux dont les thématiques se rapprochent de certaines thématiques traitées au Liban, à l’instar du rapport à l’image, à l’identité, au travail sur le documentaire et l’archivage... »
Sandra Dagher peut se targuer d’avoir contribué à l’édification d’un maillon indispensable au développement de la scène artistique libanaise : un lieu où la présentation de l’art est libérée des contingences matérielles. « Même si, pour pouvoir réunir un peu de fonds par nous-mêmes et diversifier un peu nos sources de revenus, nous faisons des expositions commerciales dans le Bac Design, nous louons l’espace pour des événements corporatifs et nous avons récemment ouvert un café-snack », tient-elle à signaler.
Un espace qui donne la priorité à l’expression artistique et qui offre au public la possibilité de découvrir des expositions différentes. Plus conceptuelles, expérimentales et pédagogiques que ce que l’on peut voir dans des galeries traditionnelles.
Le rêve concrétisé, quels pourraient être les prochains objectifs de Sandra Dagher ?
« Tout simplement continuer dans cette voie, assurer la pérennité de cet espace, mais aussi développer un programme éducationnel, avec notamment des ateliers d’initiation, pour pouvoir aussi atteindre un plus large public et notamment chez les plus jeunes », affirme la jeune femme devenue, entre-temps, toute jeune maman !

