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Nos lecteurs ont la parole

II – De quel État est le chef de l’État ?

Par Pr Mounir CHAMOUN
Sur un autre plan, le chef de l’État est également le chef suprême des forces armées, comme dans beaucoup de républiques démocratiques (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 18 août 2011).
Pour la circonstance, un président consensuel devrait, plus que tout autre, mettre à profit cette qualité particulière et obtenir des forces armées diverses, plus en tant que chef de l’État qu’en ancien général en chef de l’armée libanaise, qu’elles soient réellement mobilisées pour le maintien de l’ordre public. Cette position lui serait d’autant plus facilitée qu’il n’a en principe aucune formation politique à favoriser ou à consolider. Or, que voyons-nous ? Pour les quelques rares occasions où la troupe intervient pour ouvrir une route ou poursuivre des délinquants, à d’autres moments, soldats et FSI se font remarquer par leur discrétion, leur absence ou par une présence attentiste et passive sous la double injonction de l’interdiction d’intervenir ou de la peur d’accomplir pourtant un devoir sacré. C’est là que se vérifie, une fois de plus, la nocivité du consensuel et du centrisme mal compris, ainsi que leurs conséquences flagrantes : la paralysie de l’action des institutions étatiques et la négation du bien-être des citoyens. Et si sur ce point, j’abordais la question de la sécurité routière ou du respect du code de la route, je risque de tomber dans le banal ; il m’arrive de parcourir des distances importantes en une seule journée sans jamais rencontrer un seul agent, un seul gendarme susceptible de verbaliser un contrevenant, ou d’arrêter un motard sans papiers et sans casque. Vous me direz qu’une seule personne ne peut tout faire et que c’est pas bien là le rôle d’un président de la République. C’est certain ;
mais ce qu’il est demandé au chef de l’État, c’est de donner l’impulsion première du redressement et de la rigueur, lui qui préside pratiquement tous les Conseils des ministres, c’est de signifier cette exigence qui pourrait aider à reconstruire ou à restaurer l’autorité défaillante du pouvoir exécutif et qui donnerait au tout venant la conviction que le pays est gouverné, que l’État existe.
Mais plus que tout, la question que pose en ce moment tout Libanais conscient de vouloir appartenir à une nation où les libertés sont respectées et à un pays où l’État est réellement dirigé est la suivante : qui est véritablement le chef de l’État ? Est-ce le président Michel Sleiman ou le secrétaire général du parti de Dieu, sayyed Hassan Nasrallah ? Ce dernier, loin d’être consensuel, est de couleur monochrome, volontairement noire, vassal de wilayat al-faqih sise à Téhéran et en voie de vassalisation, à son tour, de l’ensemble de la vie politique et sociale libanaise. C’est lui qui détient, par le truchement des armes, le droit de déclarer la guerre à l’ennemi israélien, de menacer l’État hébreu de ses missiles en cas de spoliation de nos frontières maritimes pétrolifères ou gazifières ; c’est lui qui défait ou refait les majorités parlementaires, qui pétrifie, quand il le désire ou sous l’injonction de Damas, les gouvernements, les nominations, les mutations. C’est lui qui refuse de livrer les suspects désignés par le TSL, lui et les siens qui sont prêts à les béatifier et à les canoniser, lui qui couvre les spoliations de terrains, les constructions illégales ; lui qui contrôle une partie de l’aéroport et qui interdit aux militaires et aux agents de la sécurité d’entrer en banlieue pour y appliquer la loi ou, éventuellement, d’accompagner les agents de l’EDL qui essaient de mettre fin aux fraudes du courant électrique. Face à tous ces abus, rien ne se passe en haut lieu, pas même une mise au point ou un rappel des principes essentiels. Nous sommes loin d’ignorer qu’après Taëf le chef de l’État ne dispose plus que d’un pouvoir exécutif réduit au profit du Conseil des ministres réuni ; mais au moins que ce pouvoir restreint soit effectivement exercé !
Face aux jeunes qui sans cesse nous interpellent et qui veulent savoir s’il faut rester au Liban ou émigrer pour vivre dans des pays où le droit est respecté, que pouvons-nous dire, nous qui sommes engagés depuis des décennies dans la plus digne des missions, celle de l’enseignement supérieur ? Nous continuons à leur dire que l’État n’est pas totalement inexistant, mais qu’il est volontairement et honteusement absent et que c’est bien de cela que découlent tous les malheurs actuels de notre pays, de notre nation et que c’est bien là aussi que réside la fracture profonde de notre société. Il est grand temps de réduire l’équivoque, et que l’ascendant pris par le bunker de la Dahyié, comme centre exclusif de décision, par la force des armes et la perversion de la démocratie, sur la présidence à Baabda, soit aboli ou du moins clairement dénoncé pour que la confiance des Libanais en un État pour lequel on doit allégeance et fidélité, puisse être ravivée. Interrogez le premier venu au coin d’une rue, vous l’entendrez vous répondre : « Il n’y a pas d’État ; ma fi dawlé. » C’est triste à en pleurer.
Sur un autre plan, le chef de l’État est également le chef suprême des forces armées, comme dans beaucoup de républiques démocratiques (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 18 août 2011).Pour la circonstance, un président consensuel devrait, plus que tout autre, mettre à profit cette qualité particulière et obtenir des forces armées diverses, plus en tant que chef de l’État qu’en ancien général en chef de l’armée libanaise, qu’elles soient réellement mobilisées pour le maintien de l’ordre public. Cette position lui serait d’autant plus facilitée qu’il n’a en principe aucune formation politique à favoriser ou à consolider. Or, que voyons-nous ? Pour les quelques rares occasions où la troupe intervient pour ouvrir une route ou poursuivre des délinquants, à d’autres moments, soldats et FSI se font...
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