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Moyen Orient et Monde - Le Point

La voix de la déraison

Attitude posée, voix calme, gestes a minima, David Cameron s’adresse ce jour-là à la Chambre des communes, convoquée d’urgence. Les parlementaires viennent d’interrompre leurs vacances d’été pour écouter un exposé sur les heures terribles que vient de vivre le royaume. Le Premier ministre trouve les mots qu’il faut pour tirer la leçon de cette semaine noire : « La Grande-Bretagne, dit-il, ne laissera pas une culture de la peur s’installer dans ses rues. » Nous ne renoncerons à aucune mesure pour rétablir l’ordre, dit-il, y compris le recours, au besoin, aux... canons à eau. Le tombeur des travaillistes de Gordon Brown sait que les troubles n’ont rien à voir avec la conjoncture politique, encore moins avec des revendications d’ordre socio-économique. Il ne s’agit de rien d’autre, soutient-il, que d’une glorification de la violence. Contre celle-ci, une arme anodine en apparence, brandie par le libéral-démocrate Nick Clegg, numéro deux du gouvernement : les émeutiers devront revêtir des survêtements jaunes et participer au nettoyage des rues. Ce sera pour eux, à l’en croire, une manière de payer pour leurs actes.
En d’autres temps, d’autres régimes auraient opté pour la manière forte : sentences lourdes, expéditions punitives, expulsions d’immigrants. Au Royaume-Uni, on préfère l’homéopathie à la chirurgie, tant il est vrai que ne pas plier face à la terreur, c’est surtout ne pas céder à la tentation d’allumer des contre-feux destinés à rassurer une population traumatisée. Cela s’appelle, n’en déplaise à ceux qui pensent le contraire, la démocratie.
Deux semaines auparavant, à moins d’un millier de kilomètres des côtes anglaises et de l’autre côté de la mer du Nord, une tragédie s’était jouée avec pour principal acteur non pas le produit d’une greffe manquée, mais une désolante illustration d’un modèle nordique enviée par le monde entier. En Norvège, comment l’oublier, prévalent un pouvoir qui a constamment évité de s’appesantir, une faible disparité dans les revenus, une égalité idyllique hommes-femmes, un traitement généreux des travailleurs étrangers. C’est pourtant dans ce ciel serein qu’a éclaté, un vendredi 22 juillet, le coup de tonnerre qui a secoué le monde, provoqué par un homme de 32 ans, Anders Behring Breivik, un extrémiste de droite. Réaction immédiate du Premier ministre Jens Stoltenberg aux boucheries d’Oslo puis de la paisible île d’Utoeya : « Ces attaques sont dirigées contre notre démocratie, notre système politique (...). Après ce qui vient de se passer, notre pays ne sera plus jamais le même, mais nous n’épargnerons aucun effort pour demeurer une société ouverte. » Là aussi, il s’agit de ne pas abdiquer face à la terreur qui n’hésite pas à dire son nom, même si l’étiquette dont elle se pare a changé, de ne pas opérer un repli sur soi qui signifierait une mort lente par étouffement.
Dans un manifeste de 1 500 pages, Breivik, fondamentaliste chrétien hanté par le multiculturalisme et la menace représentée à ses yeux par l’immigration musulmane, annonçait son intention d’écouter en boucle, tout au long de sa folle action, Lux Aeterna, une pièce de musique de Clint Mansell, qui a servi de thème au film Requiem for a Dream, œuvre retraçant le parcours menant à l’addiction. Histoire, selon ses dires, de dissiper tout sentiment de peur qui pourrait s’emparer de lui.
Depuis le massacre de Columbine, dans le Colorado, jusqu’à celui d’Oslo, en passant par le 11-Septembre new-yorkais, la tuerie de Malmö en Suède et de nombreux autres cas, le monde a connu ces douze dernières années un nombre inquiétant de meurtres collectifs, commis par des aliénés mentaux aux motifs les plus divers tout autant qu’inexplicables. Appels à des mesures de sécurité accrues, danger des extrémismes locaux le plus souvent de droite, et même références au risque représenté par Marilyn Manson et sa musique ( ! ) : les arguments, parfois les plus farfelus, n’ont jamais manqué pour tenter d’analyser les mobiles qui poussent certains membres de la société à s’en prendre à leurs semblables. À chaque fois, les appels à la raison ont été les plus forts, illustrés hier encore par l’admirable refus de s’abandonner à la contre-violence.
Sauf ces temps-ci dans certaines de nos contrées – hier en Égypte, aujourd’hui encore au Yémen, en Libye, en Syrie – où, étrangement, c’est l’État qui s’ingénie à inspirer la terreur via des baltaguis ou des chabbiha, comme si, pour lui, la peur ne peut qu’être bonne conseillère. Il faut croire que bonne conseillère, elle l’est, puisque les peuples continuent à braver des maîtres autoproclamés qui lui ont dérobé sa liberté et sa dignité.
Attitude posée, voix calme, gestes a minima, David Cameron s’adresse ce jour-là à la Chambre des communes, convoquée d’urgence. Les parlementaires viennent d’interrompre leurs vacances d’été pour écouter un exposé sur les heures terribles que vient de vivre le royaume. Le Premier ministre trouve les mots qu’il faut pour tirer la leçon de cette semaine noire : « La Grande-Bretagne, dit-il, ne laissera pas une culture de la peur s’installer dans ses rues. » Nous ne renoncerons à aucune mesure pour rétablir l’ordre, dit-il, y compris le recours, au besoin, aux... canons à eau. Le tombeur des travaillistes de Gordon Brown sait que les troubles n’ont rien à voir avec la conjoncture politique, encore moins avec des revendications d’ordre socio-économique. Il ne s’agit de rien d’autre, soutient-il, que...
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