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À La Une - Éclairage

Le Liban et la fièvre syrienne...

Une petite phrase lancée par un responsable du Golfe inquiète les dirigeants libanais. Ce responsable aurait déclaré que les Libanais doivent suivre attentivement les développements en Syrie. Lorsque les affrontements y deviendront confessionnels, ils s’étendront forcément à leur pays... De fait, les rapports sécuritaires en provenance du Liban-Nord font état d’une mobilisation confessionnelle maximale et qualifient la situation de « poudrière ». L’armée et les services de l’ordre sont parvenus jusqu’à présent à maintenir le calme et à s’interposer aussi rapidement que possible entre d’éventuels belligérants. Mais chaque vendredi, la tension monte d’un cran après la prière et il devient de plus en plus difficile d’éviter les incidents, qui opposent ceux qui appuient la révolte populaire et les partisans du régime syrien. Si les partisans du courant du Futur ne participent pas en masse aux manifestations en faveur de l’opposition syrienne, leurs alliés islamistes le font et sont souvent encouragés à le faire.
À plus de cinq mois du début des émeutes en Syrie, ce pays reste ainsi au centre des préoccupations libanaises. Les spéculations vont bon train et elles sont aux antipodes l’une de l’autre, selon les tendances politiques. Le camp du 14 Mars, et particulièrement le courant du Futur, est ainsi sûr que le régime syrien va sauter dans les prochaines semaines et la première conséquence de ce changement sera un renversement en sa faveur du rapport de force au Liban et en Syrie. La majorité, elle, reste convaincue que cinq mois après le début des émeutes, le régime tient bon et il ne risque pas d’être renversé, alors que c’est l’opposition qui s’essouffle, peinant à trouver une tête de pont à l’intérieur du territoire syrien et à présenter un programme cohérent, alors que l’armée est toujours unie autour du président.
Même la récente et très médiatisée visite du ministre turc des AE Ahmed Daoud Oglou à Damas est interprétée différemment par chaque camp. Ce qui est certain, c’est que le ministre turc voulait se rendre à Damas à la fin de la semaine. Mais prétextant l’absence de son homologue syrien Walid Moallem, le président Assad l’a reportée jusqu’à mardi, pour se donner le temps « d’achever l’opération de Hama ». Finalement, la visite a bel et bien eu lieu et les entretiens ont duré près de six heures. Pour les médias du régime, Oglou aurait donné un délai au président Assad pour lancer concrètement le processus de réformes, et pour les autres, aucun délai n’a été accordé, les Turcs voulant, au contraire, en finir avec le régime syrien. L’armée turque a d’ailleurs rappelé ses réservistes et ses officiers à la retraite en prévision d’un coup de force dans le nord de la Syrie. D’ailleurs, chaque fois que le régime croit avoir pacifié une zone, les émeutes s’étendent à une autre. Après Hama, c’est ainsi le tour de Lattquié... Il est donc de plus en plus épuisé, alors que l’étau international se resserre autour de lui. Les sanctions se multiplient et l’affaire finira par aller au Conseil de sécurité de l’ONU, qui, à son tour, déférera le président syrien et ses adjoints devant la Cour internationale.
Pour les partisans du régime syrien, le temps joue au contraire en faveur de celui-ci qui a montré sa cohésion et sa solidité. Il continue à avoir de solides appuis au sein de l’État et de la société. Même ceux qui misaient sur son affaiblissement en raison de la crise économique due aux sanctions et à la saison touristique pourrie ont dû déchanter, l’Iran et l’Irak en la personne du premier ministre Nouri al-Maliki, n’hésitant pas à multiplier les transactions économiques avec la Syrie. Ils estiment aussi que la position turque a changé en faveur du régime, malgré les pressions occidentales. Les partisans du régime révèlent aussi que le président Assad a remis au ministre turc des AE des documents sur les actions des rebelles et leurs attaques contre les bâtiments publics et contre les forces de l’ordre. Selon certaines informations, le ministre turc aurait réitéré sa proposition d’une période transitoire suivie d’élections qui permettraient aux Frères musulmans (selon le modèle turc) de participer au pouvoir. Assad de son côté a rejeté l’intégration au pouvoir des Frères musulmans, mais la tenue d’élections est prévue dans son agenda de réformes. Il a plaidé en faveur de l’arrestation « de ceux qui veulent comploter contre le régime et qui commettent des violences contre la population et les forces de l’ordre ». Il a aussi expliqué à son interlocuteur que l’armée ne réprime que ceux qui cherchent à semer les troubles, non les manifestants en faveur de plus de liberté et de démocratie...
En somme, à plus de cinq mois du début du soulèvement, on en est encore au même point. Le régime, qui croyait qu’il viendrait rapidement à bout de la rébellion, a vu que l’affaire est en train de traîner et l’opposition qui bénéficie d’un appui médiatique et politique international croyait pouvoir marquer des points rapidement. Les prochaines semaines devraient être cruciales, car d’importantes échéances attendent la région à l’automne. Parmi elles, la détermination des Palestiniens à demander une reconnaissance de leur État par l’Assemblée générale des Nations unies. Selon leurs propres estimations, ils auraient déjà 132 votes favorables sur 193. Mais Israël, évidemment, ainsi que les États-Unis devraient voter contre. Or, cette position est assez inconfortable pour l’administration américaine qui voudrait ne pas en arriver là tout comme elle voudrait obtenir une prolongation de la présence de ses troupes en Irak pour une période de deux ans, qui commencerait à la fin de 2011. C’est donc sur fond d’horizon bouché et de dossiers qui s’accumulent que la tension est en train de monter. En attendant un développement majeur en Syrie, dans un sens ou dans l’autre...
Une petite phrase lancée par un responsable du Golfe inquiète les dirigeants libanais. Ce responsable aurait déclaré que les Libanais doivent suivre attentivement les développements en Syrie. Lorsque les affrontements y deviendront confessionnels, ils s’étendront forcément à leur pays... De fait, les rapports sécuritaires en provenance du Liban-Nord font état d’une mobilisation confessionnelle maximale et qualifient la situation de « poudrière ». L’armée et les services de l’ordre sont parvenus jusqu’à présent à maintenir le calme et à s’interposer aussi rapidement que possible entre d’éventuels belligérants. Mais chaque vendredi, la tension monte d’un cran après la prière et il devient de plus en plus difficile d’éviter les incidents, qui opposent ceux qui appuient la révolte populaire et les...
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