Quand, dans un pays démocratique, doit se mettre en place une résistance ?
1. Quand les libertés sont menacées, de quelque nature qu’elles soient : liberté de se mouvoir, de se conduire, de penser, de réagir, de dire, d’écrire, de pratiquer sa religion et d’effectuer des choix politiques ou civiques.
2. Quand pèse sur les citoyens la menace constante des armes, autorisant l’occupation d’un centre-ville durant environ deux années et la clôture de l’Assemblé nationale d’un pays pendant une vingtaine de mois, paralysant à la fois l’activité économique du pays et sa vie législative.
3. Quand, par décision arbitraire, certaines régions du pays sont littéralement occupées et interdites d’accès à l’autorité légale. Comme si ces territoires étaient mis hors la loi ou placés sous une autre loi.
4. Quand les personnes, compte tenu de leur diversité d’appartenance, ne sont plus acceptées dans leur statut et leurs différences.
5. Quand la terre est spoliée et le principe sacro-saint du respect de la propriété privée ostensiblement bafoué. Si la Palestine est occupée et que le Hezb se propose de la récupérer manu militari, quelle justification peut-il donner à l’occupation des propriétés privées au Liban même, aux constructions illicites dans des régions multiples et même sur des biens appartenant depuis des siècles à des institutions patentées ? Ces territoires ne sont-ils pas à libérer et à récupérer par leurs ayants droit ?
C’est dire, en évoquant rapidement ces quelques situations, combien le pays est en danger et combien il devient urgent de parler d’une véritable résistance à organiser. Mais qui doit résister et comment ?
Tout d’abord, la communauté chiite qui depuis des décennies est étouffée par la dictature évidente du parti de Dieu. La question qui se pose d’ailleurs et de savoir de quel Dieu il s’agit ! Cette communauté, nous savons qu’elle regroupe des intellectuels, des penseurs, des hommes de droit et des hommes libres qui ne doivent plus vivre sous la férule exclusive du Sayyed et de son infaillibilité autoproclamée. C’est au nom des principes émis plus haut que des chiites libres devraient commencer leur « printemps arabe » ou leur été libanais.
Ce sont ensuite les autres communautés musulmanes, attachées à la démocratie, qui devraient manifester leur volonté claire de ne pas accepter de se diriger vers la conception d’une société – plurale par essence – qui serait soumise à la charia coranique.
C’est également une communauté, bien que très minoritaire, d’obédience druze, qui devrait se libérer du syncrétisme hautement dangereux d’un leader prestigieux qui allie à la fois la féodalité, au socialisme progressiste, à l’appartenance à l’Internationale socialiste, au discours antisyrien le plus violent parfois, et soumis, à d’autres moments, de la manière la plus humiliante, aux dictats d’un autocrate, négateur de son propre peuple.
Puis vient le tour des communautés chrétiennes, à l’exception d’un courant aveuglé par une passion mégalomaniaque, qui devraient encore davantage, dans un mouvement d’ensemble, poursuivre cette œuvre de résistance contre vents et marées et ne pas se laisser impressionner par tous ceux qui tiennent des discours creux de vantardise et de menaces. Pour que le droit triomphe, il est nécessaire qu’il soit constamment proclamé : en Tunisie, en Égypte, en Libye, en Syrie, on l’a compris et on continue à mourir pour la dignité et la liberté.
De quelle résistance parlons-nous ? Il n’y a pas de doute, la priorité est donnée à la résistance pacifique que permet, en principe, tout régime démocratique. Mais sommes-nous encore en démocratie ? Sommes-nous encore, dans le conflit grave actuel, où deux visions totalement opposées du Liban s’affrontent, à armes égales ? D’un côté existe le processus DAP (Démographie, Armement, Pouvoir), option profonde, implicite ou explicite du Hezbollah ; de l’autre la vision d’un Liban pérenne, démocratique, plural, tolérant et ouvert, épris de liberté et de volonté de vie commune : une partie d’un Liban armé, face à un Liban pacifiste. Une conclusion rapide permettrait de dire qu’il y a là quelque chose de l’ordre du non viable. Alors ?
Le parti de Dieu ne sait pas à quel point ses erreurs et ses exactions pourraient pousser l’autre partie à s’armer et à organiser une résistance dans la violence. Mais peut-être le sait-il et le souhaite-t-il. Jusqu’à quand éviter de tomber dans le piège ?
Pr Mounir CHAMOUN


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Excellente analyse mais la solution est peut-être utopique car vous n'êtes pas sans ignorer que la résistance nationale à une résistance confessionnalisée dans un Etat confessionnel ne peut se concrétiser en sectorisant et confessionnalisant son action...! Il faudrait plutôt mener une action multiconfessionnelle inspirée par la Sigha mais portée laiquement par des citoyens qui refusent toutes les initiatives entreprises sur le terrain par le Hezbollah et dont l'objectif stratégique consiste à diluer progressivement les infrastructures basiques de la formule de 1943 en faveur d'un Etat monochrome et religieux. Pour ce faire ils doivent s'opposer en bloquant systématiquement sur le terrain toutes les exactions où dérapages en question avec ou sans l'appui des institutions,et tout retard dans la réaction rend la situation plus inextricable...
03 h 33, le 30 août 2011