J’ai reçu il y a quelques jours un carton d’invitation du beau village de Hattoun, situé dans les hauteurs de Batroun, m’invitant à la journée du patriarche Youssef al-Tyan al-Hattouny.
Sachant qu’il n’y avait qu’un seul patriarche Tyan, j’ai consulté des historiens locaux et non des moindres, ceux qui font profil bas, fuyant avec humilité toute publicité. Ils sont catégoriques : le patriarche Youssef Tyan est né le 15 mars 1760 à Beyrouth, où sa famille était établie depuis beaucoup plus d’un siècle.
Ce grand patriarche, qui de lui-même a mis fin dignement à sa mission, délaissant les honneurs que lui conféraient sa charge et sa position, s’appelle Youssef Tyan, sans autre mention ou ajout.
Je remercie les doctes personnes qui ont fait des recherches sur l’origine de la famille et l’honneur qu’ils lui font en remontant le passé des six ou sept derniers siècles, soutenant mordicus que les Tyan sont originaires du gentil village de Hattoun.
Mais la vérité est tout autre. Je ne ferais pas ici l’apologie ni l’historique de ma famille qui, au fait, est l’une des plus anciennes familles maronites établies à Beyrouth, bien qu’à l’instar de nombreuses familles beyrouthines, si elle vient assurément d’une montagne, ou d’ailleurs, elle n’est pas originaire de ce beau village qu’est Hattoun.
À moins que ce qui se passe à Lassa, village situé sur les hauteurs (jurd) de Byblos, n’ait donné aux organisateurs de cet événement l’idée d’aller fouiner dans le patrimoine de familles qui a priori ne poseraient pas problèmes, s’appropriant indûment un héritage qui ne leur revient pas.
Chacun peut interpréter et écrire l’histoire à sa guise. Mais s’élever contre une distorsion du passé, alors que dans le présent des peuples se font massacrer pour leur liberté, n’est peut-être pas de mise, valait mieux certes prendre position et abreuver d’invectives ces régimes rétrogrades pour qui répression équivaut à longévité et déni de toute forme de démocratie.
Eh bien, non !
Si un procès est à intenter, c’est uniquement aux puissances qui ont permis à ces dictateurs de se maintenir au pouvoir, non quelques mois ou quelques courtes années, mais d’interminables décennies, tant que cela faisait leurs affaires et confortait leurs intérêts régionaux.
Des siècles durant, les habitants des pays du tiers-monde, comme ils les appellent, étaient tenus pour qualité négligeable, pour mieux les asservir, endormir leurs velléités d’expansion, on leur a donné ce qu’ils méritaient, des dictateurs qui, avec leur entourage et leurs sbires disséminés un peu partout, gouvernaient sans partage, par la terreur.
Aux pays comme le nôtre, carrefour des civilisations, perméable à la culture, créateur du verbe, havre de paix, abri de toutes les religions célestes, berceau par excellence de la démocratie, il fut donné un voisinage exécrable, qui n’a jamais eu de cesse de tenter de se l’approprier.
Faut-il préciser que, vu leur culture, leur aptitude à parler les langues, leur ouverture sur le monde, les Libanais ont toujours été prompts à épouser toutes les causes du monde, sauf la leur, allant jusqu’à s’engager dans des batailles rangées, souvent au canon, pour la pérennité de l’étendard de leur champion, oubliant que leur unique oriflamme doit être notre drapeau national, rouge, blanc, rouge, frappé d’un cède vert en son milieu ?
Je n’exagère rien en précisant qu’en 30 ans de guerres pour les autres au Liban, je n’ai pas souvenance que dans les pays limitrophes, il y n’ait eu guère plus que des vœux pieux pour que la violence cesse, vœux pieux prononcés du bout des lèvres par ceux-là mêmes qui, à qui mieux mieux, attisaient notre feu.
Le passé est un trésor inestimable, il faut perpétuellement y puiser pour prévenir l’avenir, éviter les faux pas, se méfier, ne pas donner dans le panneau de ceux qui vous caressent dans le sens du poil. Ceux-là avaient naguère adjugé votre avenir, justement à ceux qu’ils placent aujourd’hui sur la sellette de l’histoire, les vouant aux pires gémonies.
Bien entendu, il faut tirer profit des conjonctures favorables, elles ne reviennent que rarement, mais y a-t-il dans ce pays des responsables avec assez de discernement pour saisir l’occasion au vol ?
La réponse se trouve dans la question.
Georges TYAN


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Merci pour cet article vrai,objectif...avec vous je pose la question lapidaire : " y a-t-il dans ce pays des responsables avec assez de discernement pour saisir l'occasion au vol ??? HELAS...PAUVRE LIBANAIS ...
05 h 27, le 12 août 2011