Rechercher
Rechercher

Liban

Le projet de crédits au ministère de l’Énergie envenime la séance...

En quatre heures de débats, les députés ont adopté quatre projets de loi, dont un, présenté par le général Aoun, au sujet de l’ouverture de crédits pour la construction de prisons au Nord et au Sud, un autre sur la prolongation de l’effet de la loi sur les loyers et un troisième sur la promotion des officiers. La Chambre a rejeté le projet sur l’octroi d’un crédit de 1,2 milliard de dollars au ministère de l’Énergie pour la production de 700 mégawatts.

Ce qui a fait monter encore plus la tension entre les deux camps, le ministre de l’Énergie estimant que sans ce crédit le Liban pourrait très bientôt être dans le noir. Le ministre de l’Énergie Gebran Bassil, appuyé par les députés de son bloc et par ceux du Hezbollah, a longuement défendu sa position, assurant que tous les Libanais profiteront du courant électrique, alors que l’opposition menée par l’ancien Premier ministre Fouad Siniora a estimé que le projet soumis aux députés est du jamais-vu car il est incomplet et donne une sorte de pleins pouvoirs au ministre.
Finalement, c’est le député membre du bloc des Forces libanaises, Georges Adwan, qui a proposé une issue à ce débat en suggérant que le gouvernement reprenne son projet et le représente dans un délai déterminé sous une version détaillée. Ce qui lui a valu le surnom de « père des compromis » de la part de Ali Ammar. La suggestion a été reprise par Berry et le clash évité de justesse, mais les députés sont restés déchaînés.
Il était clair dès le début de l’examen des projets de loi que les députés des deux camps n’avaient pas assouvi leur soif de critiques. Ils attendaient le moindre prétexte pour se lancer des pointes. Et lorsque Berry a soumis au vote le projet de loi sur la promotion des officiers de l’armée qui avait fait l’objet d’un long débat la semaine dernière, avant d’être réglé par les commissions au cours d’une réunion tenue mardi, le chef du bloc du Futur Fouad Siniora a voulu relancer le débat. Et c’est le député Robert Ghanem qui s’est chargé de lui expliquer la formule trouvée qui demande au ministre de la Défense de faire suivre la loi par un décret sur les cadres, qui devrait être adopté dans trois mois et appliqué dans trois ans.
Le projet de loi sur l’octroi d’un nouveau grade aux fonctionnaires et contractuels du ministère des Télécoms a été adopté, alors que celui de l’octroi de certains privilèges fiscaux aux déplacés qui bénéficient de crédits bancaires pour reconstruire ou réhabiliter leurs maisons a été l’occasion d’un nouveau débat, avant d’être renvoyé à la commission des Finances. Le projet sur la prolongation de la loi sur les loyers a été adopté jusqu’au 30 mars 2012. Le projet de loi pour l’ouverture de crédits destinés à la construction de prisons au Nord et au Sud a été l’occasion d’ouvrir de nouveau le dossier des prisons. Mais il était clair que l’affaire était plus politique, le bloc du Changement et de la Réforme se mobilisant pour le projet présenté par son chef et le 14 Mars préférant ne pas l’adopter facilement. Ce qui a permis à Hassan Fadllallah d’évoquer les onze milliards dépensés par les gouvernements de Siniora sans qu’on sache pour quelle raison, alors que les 19 milliards requis pour les prisons font l’objet d’un débat... Mais c’est avec le projet de loi sur l’octroi d’un crédit d’1,2 milliard de dollars au ministère de l’Énergie pour la production de 700 mégawatts qui a fait exploser la séance. Il était d’ailleurs clair que l’opposition attendait ce projet pour déverser toutes ses critiques sur le gouvernement et en particulier sur le ministre Gebran Bassil.
Le Premier ministre Nagib Mikati a prononcé une petite introduction dans laquelle il a rappelé que ce projet s’inscrit dans le plan pour l’EDL adopté par le précédent gouvernement. Le signal de l’opposition au projet a été donné par Fouad Siniora qui a rappelé que les fonds arabes étaient prêts à financer la production de 500 mégawatts, mais le ministre actuel qui était également ministre à l’époque avait refusé. « Tous les Libanais veulent de l’électricité, a-t-il dit, mais ils veulent aussi de la transparence », a-t-il déclaré, se demandant pourquoi le ministre refuse de créer l’organisme de régulation de l’EDL et lançant au passage une pique sur « les ministres qui croient que le savoir commence avec eux et se termine avec eux ». Le ministre Gebran Bassil a longuement répondu, expliquant que ce projet est le résultat d’études approfondies et que lui-même ne connaissait pas le sujet. Il s’est informé et a consulté les spécialistes, et finalement, c’est ce projet qui est né et qui avait obtenu l’aval du précédent gouvernement, dans le cadre d’un plan global pour l’EDL. Il a aussi expliqué que le temps presse et que si rien n’est fait, deux milliards de dollars seront perdus chaque année, 500 millions de dollars par mois et 12 000 dollars chaque minute. Selon lui, le problème de l’EDL ne peut plus être réglé par des mesures partielles.
Marwan Hamadé a été le premier à répondre au ministre assurant qu’il s’agit d’un projet qui ne respecte pas les usages et la forme requis. C’est un peu, selon lui, si les députés accordaient un blanc-seing au ministre. Robert Fadel et Boutros Harb sont entrés dans le débat, le dernier demandant au Premier ministre comment il exige de vérifier chaque dépense et il réclame en même temps de tels crédits, sans donner d’explications sur leur utilisation. Ibrahim Kanaan a défendu Bassil mais Akram Chehayeb a estimé que le projet exige d’être mieux étudié. C’est alors que Ali Ammar a pris la parole et d’un ton théâtral a rappelé le long calvaire des Libanais avec l’électricité qui a déjà tant coûté au Trésor et aux citoyens. Il a précisé qu’il ne s’agit pas du projet de loi d’une partie, mais d’une question d’intérêt général. Il a égratigné au passage les gouvernements précédents présidés par Fouad Siniora sans le nommer. Et comme ce dernier voulait répondre, il a précisé qu’il n’avait cité personne. Abbas Hachem a rappelé à ceux qui rejettent ce projet qu’ils ne cessent de réclamer le courant électrique dans leurs régions. Samy Gemayel a dit qu’il était prêt à appuyer le gouvernement dans ses initiatives sociales et économiques qui servent les citoyens, mais il estime que ce projet n’est pas explicite. Il a été finalement convenu de le maintenir à l’ordre du jour tout en donnant un délai de deux semaines au gouvernement pour apporter les précisions requises. Prochain rendez-vous mercredi prochain, mais sans discours politique cette fois...

 

S. H.

Ce qui a fait monter encore plus la tension entre les deux camps, le ministre de l’Énergie estimant que sans ce crédit le Liban pourrait très bientôt être dans le noir. Le ministre de l’Énergie Gebran Bassil, appuyé par les députés de son bloc et par ceux du Hezbollah, a longuement défendu sa position, assurant que tous les Libanais profiteront du courant électrique, alors que l’opposition menée par l’ancien Premier ministre Fouad Siniora a estimé que le projet soumis aux députés est du jamais-vu car il est incomplet et donne une sorte de pleins pouvoirs au ministre. Finalement, c’est le député membre du bloc des Forces libanaises, Georges Adwan, qui a proposé une issue à ce débat en suggérant que le gouvernement reprenne son projet et le représente dans un délai déterminé sous une version détaillée....
commentaires (5)

Mais le blanc-seing M. Hamadé, c'est le gouvernement précédent qui se l'est accordé sans vergogne plusieurs années durant, avec pour seul résultat tangible, une dette colossale toujours inexpliquée à ce jour! Votre programme politique aura été de laisser tout bonnement les Libanais se débattre dans le noir total. Mais cette fois-ci, la lumière sera, et pas par vos soins, Dieu merci!

Tina Chamoun

04 h 37, le 11 août 2011

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Mais le blanc-seing M. Hamadé, c'est le gouvernement précédent qui se l'est accordé sans vergogne plusieurs années durant, avec pour seul résultat tangible, une dette colossale toujours inexpliquée à ce jour! Votre programme politique aura été de laisser tout bonnement les Libanais se débattre dans le noir total. Mais cette fois-ci, la lumière sera, et pas par vos soins, Dieu merci!

    Tina Chamoun

    04 h 37, le 11 août 2011

  • Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Qui est majoritaire au Parlement? Le 8 Mars qui est au pouvoir ou le 14 Mars qui est dans l'opposition. Il n'y aurait pas une erreur de casting?

    nabih hajjar

    04 h 34, le 11 août 2011

  • Le raisonnement tautologique echappe a certains visiblement: l'opposition etant minoritaire au Parlement, si le projet de M. Bassil a ete rejete (ou reporte pour etre precis) c'est que la majorite s'est elle-meme sabotee... Les aounistes feraient mieux de commencer par s'occuper de leurs pseudo-allies (cf Akram Chehayeb) s'ils veulent avancer leur agenda. Si la minorite est celle de la honte (dixit un lecteur), leurs allies le sont tout autant. Soyons coherents un minimum sur ce point... Certains realisent-ils la difficulte que cela fut d'avoir un gouvernement de consensus a present?

    Khoueiry Marc

    04 h 14, le 11 août 2011

  • Inquiétants les calculs de M Bassil : deux milliards par an font 166 666 666 par mois et 3734 par minute. Peut-être que les chiffres annoncés comportaient-ils quelqu'obscures dépenses qu'on n'expose jamais au Parlement?

    Paul-René Safa

    02 h 12, le 11 août 2011

  • L'opposition de la médiocrité s'est transformé en opposition de la honte. Roy ALLAM

    roy ALLAM

    21 h 29, le 10 août 2011

Retour en haut