30 juillet 2011 : dans ce qui a aussitôt pris la forme d’un acte de reddition sans précédent dans l’histoire d’une République presque centenaire, les quatre chefs militaires démissionnent, un geste qui ouvre la voix à la nomination de leurs successeurs, une semaine plus tard, à l’issue de quatre réunions du Yüksek askeri sûra (YAS, le commandement suprême). L’opinion publique attendait au mieux un bras de fer, au pire un putsch. Il n’y aura ni l’un ni l’autre, et le quotidien Hurriyet parlera d’une « armée édentée » tandis que Sabah titrera : « Un séisme quatre étoiles ». Il faut croire que les temps ne sont plus ce qu’ils étaient pour une institution qui, en un demi-siècle, avait renversé trois régimes (en 1961, 1971 et 1980) et poussé – un peu trop fermement – à la démission, le 28 février 1997, le cabinet de Necmettin Erbakan, « père » spirituel de l’actuel chef de gouvernement.
De Recep Tayyip Erdogan, on peut dire qu’il a réussi un beau doublé : parvenir depuis 2003 à accréditer la thèse qu’au Moyen-Orient, il est possible d’instaurer un système basé sur un islam modéré et opérer un véritable pronunciamiento civil, après avoir déféré devant les tribunaux 250 militaires, dont plus de quarante généraux ou amiraux, accusés d’avoir trempé dans un fumeux complot Balyoz où il était question d’en finir avec le parti AKP après avoir détruit aux explosifs deux mosquées et poussé l’aviation grecque à abattre un appareil turc. Pour une partie de l’opinion publique, les preuves accumulées par l’accusation ont été montées de toutes pièces ; pour une autre partie, elles trahissent chez le Premier ministre une inquiétante tendance à l’autoritarisme.
Par-delà ces jugements sur le modus operandi du nouvel homme fort de la Turquie, il reste qu’un nouveau chapitre vient de s’ouvrir dans la vie du pays, quatre-vingt-huit ans après l’instauration de la République sur les ruines encore fumantes de l’Empire ottoman. Un parti politique ouvertement religieux est venu à bout d’une armée considérée comme garante de la laïcité de l’État et gardienne de l’héritage profondément nationaliste de Mustafa Kemal.
Ces derniers temps, les militaires ont dû assumer à leur corps défendant la responsabilité des mauvaises séquences qui ont marqué la vide publique et surtout, s’agissant du problème kurde, une déplorable gestion d’un conflit qui a déjà fait 40 000 victimes. Et la tendance est à l’escalade, comme le prouve l’incident du 14 juillet dernier dans la province de Diyarbakir, quand une ambulance a été prise pour cible par des éléments du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Bilan : treize militaire abattus. Il existe, accuse-t-on à Ankara, une volonté délibérée de faire traîner les choses, de laisser s’installer une sorte de pourrissement qui jette le discrédit sur l’État, accusé de ne pas laisser les coudées franches aux militaires.
La désignation des généraux Necdet Ozel (état-major), Hayri Kivrikoglu (armée de terre), Mehmet Erten (aviation) et Emin Murat Bilgel (marine) représente certes une victoire pour les civils. Pour autant, elle ne réduit pas le fossé entre islamistes et tenants de la ligne Atatürk. Il faut croire aussi qu’elle ne représente pas une pièce supplémentaire à verser au dossier de la demande d’adhésion à l’Union européenne, même si l’une des conditions posées par Bruxelles est un strict contrôle par l’État de l’appareil militaire. Erdogan n’en poursuit pas moins son bonhomme de chemin, fidèle à la tactique des petits pas inaugurée lors de ses années à la tête de la mairie d’Istanbul. Fort de son succès électoral de juin, il va s’atteler à l’élaboration d’une Constitution d’où sera bannie toute trace de l’influence militaire sur la vie publique, « notre plus grand défi », a-t-il reconnu samedi dernier dans un message relayé par la radio. Il lui faudra pour cela trouver l’apport de voix lui permettant d’atteindre la majorité requise des deux tiers. Mais dans ses voiles souffle le vent d’une économie florissante qui lui permet, en politique étrangère, de durcir le ton sur des sujets aussi divers que les rapports avec l’Arménie, la division de Chypre ou encore les rapports avec Israël. À son actif aussi, l’image qu’il donne aux voisins arabes, fascinés par les succès qu’il accumule.
Le mot de la (presque) fin des journées que la Turquie vient de vivre appartient au président de la République Abdullah Gül : « Il ne faut pas croire que la crise persiste, a-t-il dit. Tout est rentré dans l’ordre. » Les paris sont ouverts.


Erdogan a reussi a accrediter la these qu'il est possible d'instaurer un systeme non seulement modere, mais democratique. C'est plus grace a cette polititiqe qu'a une quete humiliante d'adhesion a l'UE, et parce qu'il represente le seul contre- modele face a l'Iran dans la region qu'il y constitue aussi le principal contre- poids credible face a la volonte hegemonique de ce dernier aux yeux de l'Occident et des Arabes sunnites. Dans ces condition il est probable que seule une mediation turque permette une sortie de crise en Syrie a supposer qu'elle soit encore possible et que le spectre d'une guerre civile soit eloigne
03 h 34, le 09 août 2011