Amine Gemayel prononçant son discours à l’occasion du 29e congrès annuel des Kataëb.
M. Gemayel a commencé par rappeler les principes fondamentaux du parti, « protcteur de la présence chrétienne, garant du pacte national et foyer de la pensée souverainiste », avant de rappeler les circonstances locales et régionales qui ponctuent la tenue du congrès et de s’y attarder. « Sur le plan libanais, le système confessionnel vacille ; sur le plan arabe, nous assistons à la chute de régimes totalitaires et, sur le plan international, c’est le système financier qui chancelle », a-t-il dit. Soulignant qu’au niveau régional, « on assiste à la naissance d’un nouveau monde, mais qui s’opère dans le sang », le chef des Kataëb a constaté que « le problème du monde arabe est que la locomotive du changement est tirée par deux chevaux dont chacun va dans une direction opposée à l’autre : l’un vers une société religieuse et l’autre, beaucoup plus faible, vers une société civile ».
S’arrêtant sur les événements en Syrie, il a affirmé avoir voulu qu’elle se « libanise en s’inspirant de notre régime démocratique qu’elle a tant miné et non en reprenant la discorde qu’elle a parrainée et alimentée sur notre sol pendant plus de trente ans ».
Un plan pour la consécration du mini-État ou la mainmise sur l’État
Après avoir rappelé que le Liban prend le contrepied du changement qui s’opère dans le monde arabe, « avec des groupes libanais qui s’évertuent à impliquer de force le Liban dans le contexte politiquement et culturellement arriéré d’où les révolutions arabes cherchent à sortir », il a insisté sur le fait que « la résistance à l’obscurantisme est un devoir aussi impérieux que la résistance à l’occupation ». « En réalité, a-t-il commenté, ces groupes ne sont que les vestiges de l’occupation et les ramifications de projets étrangers à l’environnement pluraliste de la société libanaise. » Et d’avertir : « Le Liban traverse une crise si grave qu’elle s’apparente à un état de guerre. Si tous les Libanais ne relèvent pas ce défi historique, rien ne garantit que le pays ne passe de la guerre froide à la guerre déclarée avec tout ce que cela implique pour son existence même. Jusqu’ici, je ne constate pas de prise de conscience de cette situation, je vois en revanche des groupes déterminés à poursuivre la course jusqu’au gouffre. Ils sont prisonniers de leurs positions et de leurs sentiments, et tiennent le Liban, sa terre, son peuple et son État en otages. » Il a énuméré dans ce contexte les dysfonctionnements attribués par l’opposition au 8 Mars et plus particulièrement au Hezbollah, en considérant que le fait de « placer le Liban en état de guerre relève d’un plan qui vise à récolter les bénéfices de la guerre sans avoir à la mener militairement pour aboutir (...) soit à la consécration du mini-État, soit à la mainmise sur l’État ». « Quel que soit le cas, a poursuivi le chef des Kataëb, cette faction expose les Libanais à deux autres dangers : la guerre ouverte ou la partition définitive. Tous doivent savoir cependant que notre choix est double : l’unité et l’État. Nous combattrons par tous les moyens et à tous les niveaux tous ces maux et leurs auteurs. »
« L’obstination du Hezbollah mènera tôt ou tard à une guerre régionale »
« Nous tenons à rassurer le Hezbollah que personne au Liban ne veut sa tête, mais nous n’accepterons pas que ses armes visent nos têtes. Nous comprenons les appréhensions de la base populaire du Hezbollah et nous sommes prêts, en tant que partenaire national libre ayant ses propres appréhensions sécuritaires et existentielles, à procéder à un échange d’assurances mutuelles par le biais d’un nouveau pacte national qui rendra les armes inutiles », a martelé M. Gemayel, partant du principe que « ce ne sont pas les alliances extérieures qui assureront au Hezbollah sa pérennité, mais le partenariat avec tous les autres Libanais ». Il a expliqué dans le même ordre d’idée que « le parti de Dieu aurait intérêt à accepter une solution libanaise pour son armement plutôt que d’affronter une solution non libanaise que nous ne pourrions ni empêcher ni endurer ». « Nous en avons vu les prémices dans la résolution 1701. L’obstination du Hezbollah mènera tôt ou tard à une guerre régionale en raison du refus libanais et du consensus international sur le désarmement de ce parti », a-t-il mis en garde, avant de demander au parti de Dieu de « mettre un terme à l’arrogance qui affecte le raisonnement et déforme la réalité, de reconnaître l’État libanais et son système démocratique en tant que seule source du pouvoir et des décisions, de s’en remettre à lui pour faire face à tout agresseur, de lui remettre les armes qu’il détient, de limiter son action aux activités politiques et sociales, et de livrer à la justice internationale les personnes soupçonnées d’implication dans les assassinats politiques ».
Sur ce point précis, M. Gemayel a expliqué l’attachement de son parti au Tribunal spécial sur le Liban par sa volonté de voir la stabilité instaurée. « Nous n’avons pas réclamé un tribunal international au nom de la souveraineté et de l’indépendance », mais en vue de la stabilité, a-t-il expliqué. « Si ceux qui rejettent le tribunal se rebellent contre la justice et troublent l’ordre et la stabilité, une nouvelle accusation sera portée contre eux qui confirmera par avance les accusations antérieures. S’il est vrai qu’il a été mis en place pour des considérations politiques relevant du complot, comment se fait-il que le Hezbollah, la Syrie et leurs alliés l’aient accepté au départ ? » s’est-il ensuite interrogé.
Le Liban dans l’œil du cyclone
S’arrêtant ensuite sur le gouvernement, il a relevé qu’avec sa formation, « le Liban est entré dans la phase de l’instabilité arabe et le pouvoir est exposé à un nouveau soulèvement pour y rétablir la démocratie ». « Les premières décisions et nominations du gouvernement, tout comme sa gestion des incidents sécuritaires – depuis l’enlèvement des sept Estoniens jusqu’aux agressions contre les habitants de Lassa et de leurs biens, en passant par l’attentat contre le convoi français de la Finul et l’explosion dans la banlieue sud –, tout cela démontre qu’il existe un pouvoir effectif en parallèle avec le gouvernement officiel », a déploré M. Gemayel.
Le chef du parti phalangiste a par ailleurs réitéré ses réserves au sujet de la reprise du dialogue national, souhaitée par le président Michel Sleiman. » À quoi servirait le dialogue, dans les circonstances actuelles, au sujet des armes alors qu’“ils” (le Hezbollah) considèrent cet arsenal comme sacré et éternel, ou au sujet du tribunal alors qu’ “ils” ont fait des suspects des saints, ou au sujet de la République alors qu’“ils” ont la leur, ou autour de la démocratie alors qu’ “ils” menacent de la renverser, ou au sujet du pacte national alors qu’“ils” lui opposent une doctrine exhaustive, ou sur l’égalité alors qu’“ils” croient en une citoyenneté hiérarchisée ? » s’est-il interrogé avant de commenter : « S’il se trouvait réellement des saints parmi eux, nous n’aurions pas eu à déplorer des martyrs. » M. Gemayel faisait ainsi allusion à une déclaration d’un député du parti de Dieu qui avait indiqué en substance que toute personne poursuivie par le TSL serait considérée comme étant sainte.
À ses yeux, reprendre le dialogue « serait, pour l’opposition, une reconnaissance et une légitimation du soulèvement. (...) La proposition de reprendre le dialogue national vise à normaliser le fait accompli et à accorder au gouvernement et à ses maîtres la confiance que nous avons refusé de leur accorder au Parlement ». « Un climat propice doit être assuré pour que le dialogue réussisse, car les conséquences de son échec seraient plus graves que celles de sa non-tenue », a-t-il enchaîné.
Sur un autre plan, M. Gemayel a plaidé vigoureusement en faveur de la neutralité du Liban, expliquant que celle-ci « représente le cadre constitutionnel qui garantit la liberté, la sécurité et la résistance, et les préserve des changements dans l’équilibre des forces ». Pour lui, « la stratégie de défense est l’une des garanties de la neutralité ».
Il s’est aussi prononcé pour une évolution du système politique libanais. Mais s’il a fait état d’un « accord déclaré sur trois grandes lignes : conserver la démocratie parlementaire, établir un État laïc – projet qu’il a vigoureusement défendu – et adopter la décentralisation élargie », le chef des Kataëb a constaté « des réticences à entreprendre les réformes souhaitées, en raison de divergences sur leur modalité et leur limite ». « Le Liban vit aujourd’hui dans une situation de non-système manifeste dans l’absence de décision, et le peuple libanais est soumis au fait accompli de la terreur des armes », a-t-il déploré. Il a mis en garde contre tout retard dans le changement, dans la mesure où celui-ci « aggrave la crise constitutionnelle et le clivage entre les Libanais ». « Certains, a-t-il cependant observé, souhaitent cette dégradation en attendant que la vague de divisions qui balaie le monde arabe atteigne le Liban. »


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Andre Jabbour a raison. Il faut attendre 2013. Ce qui est etonnant, c'est qu'il ne trouve pas curieux que ces memes regles ne se soient pas appliquees au 8 marsistes, qui eux ne veulent de la democratie que lorsque les resultats leurs conviennent, sinon c'est la pagaille, les armes, les sit-ins pendant 18 mois au centre-ville, blocage du gouvernment, fermetures de l'aeroport, decision de faire subir au pays une des pires destructions de son histoire en 2006... et j'en passe. Andre Jabbour a raison... pour une fois... j'espere qu'il se souviendra en 2013 de l'opinion qu'il vient d'emettre aujourd'hui, et ce quels que soient les resultats...
14 h 08, le 07 août 2011