1941 : le général de Gaulle fait son entrée à Beyrouth. Tel était le grand titre du quotidien L’Orient en date du 25 juillet de cette année et qui promettait un avenir brillant pour l’indépendance du pays. Dans sa résidence particulière, le général déclara : « Nous sommes venus dans la ferme intention d’assurer à ce Liban, lié à la France par des siècles de la plus sûre amitié, son indépendance totale et sa souveraineté. Pour nous comme pour vous, malgré les changements de personnes, la France demeure, la France continue. »
Aujourd’hui, soixante-dix ans après ce discours historique qui fut le prélude à un nouveau Liban indépendant et grâce surtout à la solidarité des Libanais réunis, musulmans et chrétiens, comme un seul cœur, qu’il est regrettable de voir le pays ainsi divisé et les leaders du 8 ou 14 Mars, chacun à son tour, choisissant depuis les années 1980 comme ultime refuge Paris pour mener bataille contre le clan adverse et assurer ainsi un retour d’exil dans le but non d’unifier mais de diviser plus le pays. Depuis les changements des responsables dans les deux pays au lendemmain de l’indépendance, combien nous sentons le besoin d’un général de Gaulle unificateur et, pour notre politique locale, de grands hommes à l’instar de Bechara el-Khoury et Riad el-Solh, rassembleurs de diverses entités et communautés qui forment ce pays.
Enfin, loin de la politique, il y a lieu de noter qu’en cette même année 1941, le conseil de l’ordre des avocats de Beyrouth décida d’accepter les jeunes filles et les dames licenciées en droit au sein du barreau. Et dire qu’actuellement, aucune femme ne figure dans l’actuel gouvernement. Toujours en 1941, une commission des transports en commun fut créée, un service aujourd’hui presque inexistant. Il n’est pas le seul d’ailleurs...
Antoine SABBAGHA
Une enfance volée
Ils n’avaient pas plus de dix ans, ils étaient plusieurs, éparpilles çà et là, dans l’ombre de la nuit, longeant les murs des restaurants, des night-clubs, quelques roses à la main, espérant s’en débarrasser au plus vite, guettant un signe d’approbation avec leur visage d’où a disparu depuis bien longtemps le sourire, remplacé par l’échine courbée que donne l’angoisse habituelle observée chez les condamnés et les malades désespérés.
Un d’entre eux attira particulièrement mon attention : haut comme trois pommes, il n’avait certainement pas plus de quatre ans, d’une maigreur effrayante, ses grands yeux enfoncés dans une sorte d’ombre profonde, presque éteints à force d’avoir pleuré. Ses jambes étaient rouges et grêles, le creux de ses clavicules était à pleurer. Toute sa personne, son attitude, le son de sa voix, les intervalles entre un mot et l’autre, son regard, son silence, son moindre geste exprimaient et traduisaient une seule idée : la crainte.
A-t-on le droit d’assister à manque de responsabilité aussi flagrant ? A-t-on le droit, tout en étant témoins de ce drame, de se taire, de ne pas réagir aux cris d’alerte étouffés de ces enfants innocents, tristes, privés de tendresse et d’amour, à qui on a volé le droit de rêver, de jouer, de s’épanouir et de vivre ? A-t-on le droit de couvrir l’enfance du voile de l’offense ?
En définitive, à chacun de faire sa propre introspection pour agir en conséquence, car une chose est sûre : nous avons le devoir moral de dénoncer la souffrance de ces enfants, de lutter pour leur liberté. Sinon, au tribunal de l’histoire, notre culpabilité sera sans équivoque, car le crime qui nous fera comparaître devant lui se nommera silence.
Ralda KARAM


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve