Nabih Berry s’est découvert un stakhanovisme acharné, en plein mois d’août...
En dépit des joutes verbales échangées par les députés et les ministres, la majorité et l’opposition passant un laps de temps assez important à se rejeter mutuellement la faute sur les erreurs commises, les parlementaires se sont entendus sur la nécessité de défendre les droits du Liban sur ses ressources en hydrocarbures.
La tension était montée ces dernières semaines entre le Liban et l’État hébreu, après que le gouvernement israélien a soumis début juillet à l’ONU, chargée d’une médiation, un tracé de ses frontières maritimes différent de celui proposé l’année dernière par le Liban.
Les autorités libanaises assurent que leur tracé est conforme à l’accord d’armistice signé en 1949 et qu’Israël n’a pas contesté. Elles estiment aussi qu’un accord de délimitation de l’espace maritime entre Israël et Chypre, signé en 2010, ne fixe pas les mêmes limites que celles envisagées en 2007 dans le cadre de l’accord entre le Liban et Chypre (non encore signé), contrairement à ce qu’affirme l’État hébreu.
Dans son intervention, le Premier ministre, Nagib Mikati, a expliqué que des discussions avaient eu lieu au sujet des frontières maritimes avec des juristes internationaux et que la semaine prochaine une compagnie spécialisée en matière de topographie est attendue au Liban.
S’insurgeant contre ce qu’il a estimé être de la précipitation, le député Sami Gemayel s’est demandé : « Comment allons-nous apporter nos observations sur une loi qui date d’un quart d’heure ? »
Le président de la Chambre, Nabih Berry, lui a répondu, non sans sarcasme : « Cela fait un bon moment qu’on discute de cette loi. D’ailleurs, à Chypre et en Israël, ils ont commencé le forage du pétrole, alors que nous essayons seulement de terminer l’étude de cette loi », a ajouté M. Berry, assurant au passage que cette loi est « extraordinaire ».
Nawwaf Moussaoui, député du Hezbollah, est alors intervenu pour souligner que le Liban tente actuellement de se préparer au conflit qui l’attend, étant donné que le tracé fait par les Israéliens est différent de celui proposé par l’ONU, qui est plus favorable pour le Liban.
« Le gouvernement doit-il se contenter de faire les délimitations nécessaires ou doit-il intervenir aux niveaux législatif et technique ? »
s’est-il demandé. « Je propose que vous preniez en compte ce qui suit : il faut que la zone économique, quelle que soit la façon dont elle va être délimitée, comprenne le point 23 (le point de litige dans les eaux maritimes entre le Liban et Israël) », a-t-il dit.
Le ministre de l’Énergie, Gebran Bassil, a considéré pour sa part que le fait de consacrer par un texte de loi le tracé des frontières est facultatif selon les pays. « L’important est le fait que nous sommes tous d’accord que cette région nous appartient », a-t-il dit, soulignant que le travail effectué en cette séance parlementaire « vaut quatre ans ». Ce commentaire a cependant suscité le courroux de l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, qui a vu dans ces propos une attaque contre un laxisme supposé des gouvernements précédents à ce sujet, ce qu’il a contesté.
Au terme du débat sur les frontières maritimes, M. Siniora a invité le chef du gouvernement à former un organisme pour gérer les ressources en hydrocarbures. « Nous en avons parlé avec le ministre concerné et il va s’atteler à la tâche », a répondu M. Berry.
L’ancien chef de gouvernement a quand même insisté sur le fait que c’est tout le gouvernement qui doit plancher là-dessus.
Le Liban et l’ONU
Plusieurs autres textes de loi étaient à l’ordre du jour et ont été votés, notamment une législation qui pénalise le trafic des êtres humains. Le député Boutros Harb a rappelé les engagements du Liban dans ce sens et l’image que doit donner le pays à la communauté internationale dans la mesure où « il est accusé de ne pas punir ceux qui s’attellent à ce trafic ».
D’autres textes de loi ont été rejetés faute d’accord, en particulier le projet relatif à la réduction de l’année pénitentiaire de douze à dix mois.
Sur un autre plan, l’ancien ministre Marwan Hamadé a tenu à revenir sur l’attitude adoptée par le Liban la veille à l’ONU.
M. Hamadé a considéré « honteux » le fait que le Liban, membre non permanent du Conseil de sécurité, se soit « dissocié » de la déclaration condamnant l’usage de la force contre les civils par les autorités syriennes et souligné que, de ce fait, le Liban s’est « démarqué de l’ensemble de la communauté internationale ».
Le président de la Chambre a répliqué en affirmant que ces propos étaient « injustes » et que le Liban ne s’était pas opposé à la volonté de la communauté internationale, dans une allusion au fait que Beyrouth s’était contenté de « se dissocier » de la déclaration du Conseil de sécurité et non pas de s’y opposer.
Au terme de cette journée de débats incessants, M. Berry a annoncé la tenue d’une nouvelle séance législative mercredi prochain.


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Lorsqu'il s'agit de sujets si importants et si vitaux pour notre pays, il est bon de voir une certaine unanimité se former autour de l'intérêt national.
06 h 46, le 05 août 2011