Le problème que veut traiter cet article n’est pas le tribunal, qui n’est plus une question purement libanaise, mais c’est plutôt l’accord du 17 mai 1983.
Avant de s’attarder sur l’accord du 17 mai, il semble important de présenter la seule convention entre le Liban et Israël qui remonte au 23 mars 1949, juste après la fin de la guerre qui a débuté le 15 mai 1948. Il s’agit de la convention d’armistice libano-israélienne, dont un des buts principaux préconisait que « les forces armées de terre, de mer ou de l’air de l’une quelconque des parties n’entreprendront ni ne projetteront aucune action agressive contre la population ou les forces armées de l’autre partie ». En effet, cette convention, qui n’a jamais été dénoncée et qui figure dans les accords de Taëf de 1989, se préoccupe de l’activité des armées, du rôle de la ligne de démarcation et de son tracé, du sort des prisonniers de guerre et de la constitution de la Commission mixte d’armistice. Il est à noter que cet accord a été signé par des officiers et traite des problèmes militaires sans faire référence à l’intégrité territoriale et au respect réciproque des frontières. Il est de même placé sous l’égide des résolutions de l’ONU et sous le patronage du Conseil de sécurité.
Cette convention n’a pas été respectée par le Liban puisqu’il accueillait toujours sur son territoire deux armées en guerre avec Israël : l’armée syrienne et l’OLP.
De ce fait, plusieurs opérations ont été menées par Israël contre le Liban dont notamment la « Paix pour la Galilée » qui s’est achevée par le débarquement au Liban d’une force multinationale d’interposition le 21 août 1982.
C’est à cet effet que le 22 août, Menahem Beghin, à la veille de l’élection de Béchir Gemayel à la tête de l’État, a annoncé que son gouvernement allait entreprendre une action « pour l’établissement d’une paix générale au Proche-Orient telle qu’elle a été définie à Camp David ».
C’est en fait le président Amine Gemayel, élu après l’assassinat de Béchir, qui va répondre à cette offre de négociation.
Ces négociations entre l’ambassadeur libanais Antoine Fattal, le directeur du ministère israélien des Affaires étrangères, David Kimche, et le sous-secrétaire d’État américain Morris Draper avaient comme but d’empêcher les hostilités menées par des forces étrangères installées sur le sol libanais contre Israël, tout en supposant l’éviction des fedayine palestiniens et le départ des troupes syriennes suivi par celui de l’armée israélienne.
Cet accord stipule que les gouvernements libanais et israélien admettent « de déclarer la cessation de l’état de guerre entre eux » et confirme que « l’état de guerre entre le Liban et Israël a pris fin et n’existe plus ». Il s’agit donc que les deux pays respectent leur souveraineté, l’intégrité territoriale, les frontières communes et la mise en œuvre des arrangements de sécurité. En d’autres termes, on parle de cessation des hostilités. Mais ce qui est encore plus important, c’est l’empêchement de leur reprise par n’importe quelle partie.
De son côté, le Liban s’engage à retirer toutes les forces étrangères de son territoire, mais cela fait que le retrait israélien est devenu lié au retrait syrien et palestinien, sachant que les Syriens ont refusé tout retrait en même temps que les Israéliens.
Contrairement à la convention d’armistice, l’accord du 17 Mai a été négocié à un niveau diplomatique et a inclus, en plus de l’accord militaire, un accord politique susceptible de mettre fin à la guerre entre les deux pays. Il prévoit en outre des mouvements de personnes et de marchandises, et un « bureau de liaison » entre les deux pays.
L’accord a été approuvé par le gouvernement libanais à l’unanimité le 22 mai 1983 et par 80 députés présents sur 91 qui ont soutenu le gouvernement. S’y sont opposés les Palestiniens et les Syriens, puis l’opposition libanaise menée par Walid Joumblatt et le Front de salut national, selon qui le Liban a signé sous la contrainte, et la représentativité des autorités libanaises était sujette à caution (presque les mêmes arguments utilisés pour refuser le tribunal).
Pour Hafez el-Assad, « l’analyse objective qui ressort de ces discussions montre que le projet d’accord a été imposé au Liban par les États-Unis et Israël, qu’il constitue une prime à l’invasion israélienne au Liban, qu’il lèse la souveraineté et l’indépendance du Liban, qu’il impose une hégémonie israélienne au Liban, qu’il rompt les engagements arabes du Liban, enfin qu’il nuit à la sécurité de la Syrie et de la nation arabe ».
Le seul problème aux yeux de la Syrie, c’est que cet accord, comme l’accord de Camp David, a été négocié sans elle. De ce fait, un Liban en paix avec Israël représente un danger réel pour la Syrie pour trois raisons majeures : tout d’abord, il lui enlève une carte principale dans ses négociations et ses guerres indirectes avec Israël, étant donné que la Syrie a décidé de renoncer à la confrontation à partir de ses propres territoires. Ensuite, avec un Liban libre de toute occupation étrangère, la Syrie verrait ses manœuvres réduites puisqu’elle ne pourrait plus influencer les différents belligérants libanais. Enfin, la Syrie, qui n’avait pas reconnu le Liban encore (d’ailleurs elle ne l’a pas encore fait), se voit dans le cas d’un accord libano-israélien comme étant obligée de considérer le Liban un pays indépendant. C’est pour cela qu’il est toujours interdit au Liban de négocier seul avec Israël étant donné que la Syrie et le Hezbollah se sont bien réparti les tâches ; la première négocie, même en pleine guerre de juillet 2006, et le second essaye avec tous les moyens irano-syriens de gagner du terrain afin d’augmenter les chances des négociations syriennes.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef