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Nos lecteurs ont la parole

II.- Vulnérable, le Liban, pourquoi ?

Par Chadi RAHI
C’est l’existence, d’une part, d’affinités ayant trait à la religion et à la culture entre des peuples, d’un concours d’intérêts entre les puissances extérieures et les leaders confessionnels locaux, de l’autre, qui permet à ces derniers, à cause des confusions qui existent dans l’esprit des Libanais, de tisser des alliances avec l’étranger. Ce tissage d’alliances, né d’intérêts politiques et économiques, se renforce et se « popularise » par l’éveil de sentiments latents qui résident dans l’inconscient des foules. Des sentiments d’appartenance commune avec la puissance externe, de défense des mêmes valeurs.
Ces sentiments, qui animent les foules, sacralisent l’action et font que les martyrs ne sont souvent pas ceux qui motivent les leaders, et beaucoup moins les puissances externes (voir L’Orient-Le Jour du mardi 2 août 2011).
À ce niveau, l’espace est laissé aux calculs stratégiques. Ce qui est perçu comme mission aux yeux des foules ne serait qu’un rôle à jouer pour le leader. Chaque rôle a son prix. Chaque jeu comporte des pertes et des gains. Plus le gain et la perte sont réalisables dans un régime qui partage le pouvoir entre les confessions, plus le jeu est simple, attractif et tentant. Le jeu du leader consiste alors à nourrir les illusions, les confusions, les pulsions primitives afin de convaincre la foule que ses intérêts sont les siens et que ces intérêts sont des droits, qu’il représente la confession pour défendre ces droits et que ses alliés externes œuvrent dans le même but. Pas d’environnement meilleur pour les ingérences externes. Des canaux pour être présents sur la scène libanaise, il y en a plein. Les réduire à certains chefs confessionnels manipulateurs serait simplificateur. Il existe désormais des canaux institutionnalisés, des partis internationaux, d’autres partis locaux mais entretenant des relations avec des puissances externes sans passer par l’État. Les ingérences ne sont plus contingentes, elles sont désormais ancrées dans le système, dans la culture, dans le mode de vie.
Cependant, dans ce pays où les gens réussissent à faire émerger du cœur même des tentatives d’institutionnalisation l’allégeance à la personne, les principaux acteurs libanais locaux restent les leaders qui basent leur popularité sur le confessionnalisme.
Chacune des caractéristiques de la place géographique du Liban, occupé plusieurs fois dans son histoire, a des implications majeures sur sa situation politique.
Tout d’abord, ses frontières avec la Syrie. Il s’agit de 376 kilomètres de frontières naturelles, constituées par les faîtes de la chaîne de montagnes libanaise orientale, non démarquées et toujours perméables aux flux d’armes, de combattants islamistes et de marchandises clandestines. La Syrie est consciente aussi bien du caractère vital qu’ont ses frontières pour l’économie libanaise que du dommage que causerait à ce pays l’entrée de groupes armés fondamentalistes. Aussi exerce-t-elle souvent des pressions pour atteindre ses objectifs.
Il faut toujours garder présent à l’esprit que l’occupation du Liban par la Syrie a duré environ trente ans et que tout au long de cette période, il s’agissait pour elle de se rendre indispensable. La Syrie n’a pas manqué d’utiliser tous les moyens pour étendre son hégémonie. L’annexion du Liban est pour elle un but historique. La Syrie est en fait un pays enclavé, amputé des deux tiers de sa façade maritime d’avant l’accord de Sykes-Picot. Le sandjak d’Alexandrette a été annexé par la Turquie et le Liban a eu son indépendance. De plus, le Liban est considéré par les Syriens comme le lieu de résidence estivale. Sans parler de sa richesse en eau ni de l’élévation stratégique de ses montagnes, qui dominent par ailleurs la capitale Damas. Des ambitions du genre de celles-ci trouvent des échos au Liban à travers soit des partis, soit des leaders communautaires. À ce niveau, on voit jouer à plein les chantages pour certains, car la profondeur syrienne est nécessaire pour des partis comme le Hezbollah, les intérêts et la corruption pour d’autres.
Il y a aussi les frontières avec Israël. Le Liban est le deuxième pays, après la Palestine, à subir depuis la guerre de 1948, les conséquences déstabilisantes de la création de l’État hébreu, dont la présence de centaines de milliers de réfugiés, avec tous les problèmes sociaux, économiques et politiques qui en découlent et auxquels le Liban, vu ses capacités et sa structure sociale, n’a pu faire face. Il y a eu, depuis, des attentats, des invasions et une occupation qui a duré jusqu’à la libération en l’an 2000.

(à suivre)
C’est l’existence, d’une part, d’affinités ayant trait à la religion et à la culture entre des peuples, d’un concours d’intérêts entre les puissances extérieures et les leaders confessionnels locaux, de l’autre, qui permet à ces derniers, à cause des confusions qui existent dans l’esprit des Libanais, de tisser des alliances avec l’étranger. Ce tissage d’alliances, né d’intérêts politiques et économiques, se renforce et se « popularise » par l’éveil de sentiments latents qui résident dans l’inconscient des foules. Des sentiments d’appartenance commune avec la puissance externe, de défense des mêmes valeurs. Ces sentiments, qui animent les foules, sacralisent l’action et font que les martyrs ne sont souvent pas ceux qui motivent les leaders, et beaucoup moins les puissances externes (voir...
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