Une participante à la marche, en mini-jupe, à côté d'une pancarte sur laquelle on peut lire : "Crois-le ou pas, ma courte jupe n'a rien à voir avec toi". MANAN VATSYAYANA/
Des centaines de femmes ont défilé dimanche à New Delhi pour la première "marche des salopes" jamais organisée en Inde, visant à alerter l'opinion sur une hausse inquiétante du nombre d'agressions sexuelles et l'accroissement de l'insécurité.
Au cours des "marches des salopes" qui ont lieu dans d'autres pays -plusieurs ont déjà été organisées à Séoul, Londres ou Boston-, les femmes s'habillent de façon volontairement provocante pour tourner en dérision l'idée selon laquelle les victimes d'agressions sexuelles ne doivent s'en prendre qu'à elles-mêmes. Mais dans la capitale indienne, la plupart des femmes qui participaient à la manifestation avaient opté pour des tee-shirts et des pantalons, jugeant la cause encore plus importante que la tenue vestimentaire. "Il est temps pour les femmes en Inde de s'exprimer et de lutter pour leur propre sécurité. Les Indiennes ne sont pas des salopes et les hommes n'ont pas le droit de nous traiter comme telles", a déclaré à l'AFP, Ashima Awal, une étudiante âgée de 22 ans.
Selon une étude menée en 2010 par la municipalité de Delhi, les Nations unies et le groupe défense des droits de la Femme Jagori ("Femmes réveillez-vous" en hindi), 85% des femmes craignent d'être harcelées et 45% évitent de sortir seules à la nuit tombée.
"Même si nous sommes couvertes de la tête aux pieds, nous sommes agressées. Les hommes nous agressent dans n'importe quelle circonstance", regrette Raksha Gupta, une femme au foyer qui a pris part à la marche en compagnie de son mari. "Peloter les femmes et les regarder avec insistance dans les lieux publics est un sport national dans la capitale, bien des hommes pourraient gagner une médaille d'or dans ce domaine", ironise Uma Jaysingh, une étudiante qui utilise les transports publics pour se rendre à l'université. "Je respire un grand coup quand je monte dans l'autobus, et je garde en permanence dans mon sac une bombe d'autodéfense", raconte Jaysingh, qui estime que se défendre contre les agressions sexuelles est la meilleure façon de lutter contre elles.
Selon des chiffres de la police, la capitale fédérale figure désormais en tête des villes les moins sûres du pays, avec 489 affaires de viols en 2010, contre 459 en 2009.
Un certain nombre d'hommes s'étaient joints à leurs femmes, petites amies, filles et nièces dans la marche de protestation. "Je ne veux pas que ma fille ait à subir une agression sexuelle. Des hommes doivent dire à d'autres hommes d'arrêter ces comportements criminels", déclare Ajay Mathur, le père de deux adolescentes.
La croissance économique rapide de l'Inde a permis aux femmes de s'émanciper sur les plans professionnel et personnel, en ayant par exemple des relations sexuelles avant le mariage, même si ces changements se sont surtout produits au sein de la classe moyenne dans les grandes villes. Mais les femmes considérées comme modernes et indépendantes se plaignent d'être traitées par les hommes de femmes "faciles".
"La marche des salopes" a été critiquée en Inde, certains dénonçant le choix des termes, scandaleux pour une partie de l'opinion conservatrice. "Les gens devraient s'opposer aux actions criminelles contre les femmes et non pas aux termes +Marche des salopes+", réplique Umang Sabharwal, une étudiante en journalisme âgée de 19 ans qui a organisé la marche de dimanche.
La "marche des salopes" est un mouvement né au Canada en réaction aux déclarations d'un policier de Toronto, Michael Sanguinetti, qui, devant des étudiants, avait conseillé aux femmes d'"éviter de s'habiller comme des traînées si elles ne voulaient pas se faire agresser".

