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Couverture spéciale de la révolte en Syrie - Analyse

Syrie: le Hezbollah libanais en posture difficile

L'inquiétude grandit au sein du Hezbollah libanais face à la contestation qui secoue le régime syrien, son grand allié, poussant le puissant parti armé à adopter un discours plus prudent, selon les analystes.

"La marge de manoeuvre du Hezbollah est très limitée puisque l'axe stratégique Iran-Syrie-Hezbollah est remis en cause par la contestation, ce qui l'oblige à avoir une attitude de grande prudence", affirme à l'AFP Agnès Levallois, consultante spécialiste du Proche-Orient.

Au cours des dernières années, le Hezbollah a gagné en puissance politique. Son camp domine actuellement le gouvernement, et l'opposition pro-occidentale l'accuse de dicter sa volonté sur le Liban. Mais la révolte syrienne contre le régime de Bachar al-Assad semble l'avoir pris de court.

"Au début, le Hezbollah pensait que le régime réussirait à mater rapidement la révolte et qu'il n'y aurait pas d'incidence sur lui", souligne Mme Levallois.

"Voyant que les manifestations ne faiblissent pas, il se rend compte qu'il doit se préserver, et parler de la Syrie le moins possible pour ne pas être en porte-à-faux par rapport à la situation sur le terrain", poursuit l'experte.

Le parti chiite adopte la version officielle syrienne en affirmant que des "gangs armés et fanatiques" sont à l'origine des troubles, mais cet appui prononcé au régime a suscité la fureur des manifestants syriens.

Chose impensable il y a quelques mois, des photos du chef charismatique du parti, Hassan Nasrallah, visibles partout à Damas aux côtés de celles de M. Assad, ont été brûlées et piétinées lors de manifestations, selon des vidéos diffusées par les militants (http://www.youtube.com/watch?v=YCRaVbh9Q3o).

D'autres ont comparé M. Nasrallah à un "présentateur à la télévision syrienne" et depuis, les commentaires du Hezbollah se sont fait de plus en plus discrets.

"Le régime syrien s'est rendu compte que la popularité de Nasrallah ne servait pas ses intérêts dans ce cas, au contraire", estime Paul Salem, directeur du centre Carnegie pour le Moyen-Orient, basé à Beyrouth.

Le Hezbollah, bête noire d'Israël et classé sur la liste américaine des organisations terroristes, est accusé de posséder des dizaines de milliers de roquettes que l'Iran, son parrain politico-militaire, lui fait parvenir à travers le territoire syrien.

"Ils (Hezbollah) sont inquiets sans aucun doute, car si le régime s'effondre, stratégiquement parlant, ils seront touchés au coeur, surtout si le nouveau régime est animé d'un esprit de vengeance contre l'Iran ou le Hezbollah", souligne M. Salem.

"S'il y a chaos, un nouveau régime ou une continuation de ce régime mais affaibli, tous ces scénarios ne sont pas bons pour le Hezbollah", ajoute-t-il.

En plus de la dimension stratégique, c'est l'image du parti qui pourrait devenir embarrassante.

"Nasrallah est vraiment tiraillé entre le soutien au régime et son image de résistant et de défenseur de droits nationaux", explique Mme Levallois.

Le quotidien libanais An Nahar, critique du Hezbollah, s'interrogeait dimanche: "Demain, quand le régime syrien partira -- et il partira --, que dira le Hezbollah qui a soutenu les assassins des femmes, des enfants et des personnes âgées?"

"Le pouvoir du Hezbollah est fondé sur une base morale avec de grands mots comme la liberté", souligne Nadim Shéhadé de Chatham House, à Londres. "Il a soutenu le +printemps arabe+ en Egypte, en Tunisie, en Libye, à Bahreïn... Partout sauf en Syrie. C'est contradictoire et ce n'est pas convaincant".

Pour le moment, le parti devrait surtout tenter de calmer le jeu et d'éviter la surenchère.

"On a pensé que Damas demanderait au Hezbollah de tenter une opération contre Israël pour détourner l'attention" de la révolte, selon Mme Levallois. "Mais le régime syrien a compris qu'il peut tout perdre et ne pas maîtriser la situation comme à chaque fois, car il est trop faible".

L'inquiétude grandit au sein du Hezbollah libanais face à la contestation qui secoue le régime syrien, son grand allié, poussant le puissant parti armé à adopter un discours plus prudent, selon les analystes.
"La marge de manoeuvre du Hezbollah est très limitée puisque l'axe stratégique Iran-Syrie-Hezbollah est remis en cause par la contestation, ce qui l'oblige à avoir une attitude de grande prudence", affirme à l'AFP Agnès Levallois, consultante spécialiste du Proche-Orient.
Au cours des dernières années, le Hezbollah a gagné en puissance politique. Son camp domine actuellement le gouvernement, et l'opposition pro-occidentale l'accuse de dicter sa volonté sur le Liban. Mais la révolte syrienne contre le régime de Bachar al-Assad semble l'avoir pris de court.
"Au début, le Hezbollah pensait que le régime réussirait...