Vous souffrez sûrement de phobie. La phobie désigne la crainte excessive, maladive et irraisonnée de certains objets, actes, situations ou idées. Cet état d’angoisse se manifeste en présence de l’objet et s’apaise en son absence. Rassurez-vous, d’après les statistiques, 12 % d’entre nous sont ou seront touchés par une phobie au cours de leur vie. Et le phénomène concerne particulièrement la gent féminine puisque deux femmes sur trois sont phobiques. Si certaines peurs ne sont pas vraiment gênantes, d’autres en revanche peuvent littéralement nous gâcher la vie. Néanmoins, elles ne constituent pas une fatalité, et il est possible d’en guérir grace aux thérapies comportementales. La peur est une émotion naturelle et utile. Au même titre que la douleur, c’est une fonction de l’organisme qui alerte notre conscience qu’il y a danger. « Quelqu’un qui n’a pas peur, moi, il me fait peur », plaisante Hervé Magnin, psychothérapeute, avant d’ajouter que « la peur est normale et nécessaire. Le monde est dangereux. Il y a des risques, et ces risques vont déclencher un signal d’alarme ». En clair, la peur tend à nous éloigner de l’objet inquiétant. C’est, par exemple, la crainte toute naturelle que nous inspire un lion, appréhension qui freine notre envie d’aller le caresser comme s’il ne s’agissait que d’un gentil chaton.
Mais parfois, notre peur prend des proportions qui dépassent l’entendement, devenant une véritable phobie, une angoisse irraisonnée. Dans ces cas-là , comme le dit Hervé Magnin, « c’est notre trouillomètre qui est déréglé ! Notre conscience des dangers est exacerbée de manière considérable. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun risque, mais que ce risque est surestimé ». Certes, il y a danger, mais il est mal apprécié. Comment expliquer cette surévaluation ? « Vraisemblablement, les phobies viennent d’un ou de plusieurs événements très traumatiques qui ont engendré un stress extrêmement intense », observe le psychothérapeute. Pour certains, un événement précis et connu a déclenché leur peur, comme une morsure, dans le cas d’une phobie des chiens. Pour d’autres, l’élément déclencheur reste profondément enfoui dans l’inconscient. Certains phobiques ont développé de véritables stratégies pour ne pas avoir à affronter l’objet de leur appréhension. Une personne souffrant d’herpétophobie, la peur des serpents, pourra facilement choisir de ne pas mettre les pieds dans le vivarium du zoo qu’elle est en train de visiter. Les cynophobes, qui éprouvent une peur panique à la vue d’un chien, risquent en revanche d’avoir du mal à se promener dans la rue sans croiser un animal du genre canin. « Si les gens arrivent à éviter l’objet de leur phobie, que cela ne les empêche pas de vivre et qu’ils sont heureux, où est le problème ? »
demande Hervé Magnin, qui ne prône pas la thérapie à tout prix. Pour envisager une éventuelle prise en charge, il faut tenir compte du caractère invalidant de la phobie ;
une personne agoraphobe qui ne sort pas de chez elle parce qu’elle a peur de la foule a tout intérêt à envisager une aide. Hervé Magnin pratique la thérapie cognitivo-comportementale qui consiste à agir à la fois sur la pensée à l’origine de la phobie et sur le comportement. Pour guérir, la personne doit reconnaître sa peur, mais surtout elle doit l’accepter. Car les phobiques ont souvent honte de leur peur. « La société n’est pas tendre, analyse Hervé Magnin. Elle renvoie une image extrêmement péjorative de la peur et du trouillard. » Certains la cachent et développent un sentiment de culpabilité, et ce n’est qu’une fois la phobie acceptée qu’une action sur le comportement peut commencer. Cela peut sembler paradoxal, mais la meilleure façon d’en finir avec une phobie, c’est de l’affronter. Mais attention, pas n’importe comment. Il faut y aller très progressivement et en douceur afin de l’apprivoiser. À cette fin, Hervé Magnin établit une liste de défis à relever. Pour une personne qui veut vaincre sa peur du vide, cela consiste à se tenir debout d’abord sur une chaise, ensuite sur une table, puis sur une échelle, enfin oser regarder en bas depuis le balcon du deuxième étage, et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on soit capable de s’approcher d’un précipice. Il est capital que cette démarche soit encadrée par un spécialiste, seul à même de prendre toutes les précautions qui s’imposent. Car partir à l’assaut de sa pire crainte n’est pas dans danger. « À vouloir mettre la barre trop haut, les personnes qui prennent un risque trop important pourraient au contraire renforcer leur phobie, prévient Hervé Magnin. Mieux vaut ne pas jouer les kamikazes et y aller crescendo. L’idée, c’est vraiment de remplacer la peur par la prudence. » Ainsi, pour vaincre cette angoisse, le mieux est donc de s’y confronter. « Il n’y a pas de courage sans peur », se plaît à dire le psychothérapeute. Le courageux n’est donc pas celui qui ne connaît pas la peur, mais bien celui qui parvient à la braver. Bien sûr, ce n’est pas toujours facile d’y parvenir, et il faut parfois s’armer de patience. Mais quelle satisfaction de pouvoir dire un jour à ses amis que l’on a terrassé sa pire crainte !
Yara JREISSATY SOUAID


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