nous sommes « connectés » ! Quand nous en avons assez de l’ordinateur, c’est la télé qui remplace, sinon les jeux de console interactifs avec (ou contre ?) des tas de gens qu’on ne connaît pas. Les nouvelles acquisitions ? L’amitié cybernétique, l’amour cybernétique, la formation et le travail cybernétiques. À la fois la meilleure et la pire des choses. Nous sommes informés, au courant de tout et de tous, mais nous vivons de plus en plus dans des bulles, et pour passer de l’une à l’autre, nous avons quand même le temps de vivre un petit peu. Dans ces espaces de vie réelle, de moins en moins étendus, nous côtoyons des gens, nous entrons en relation, nous partageons des expériences et nous nous rendons compte que nous comprenons moins notre monde « qui aurait tellement changé ! ».
Cette nouvelle génération !
dit-on. Mais la nouvelle génération n’est rien d’autre que le produit de l’ancienne. Cela, nous omettons de le mentionner. Qu’est-ce qui ne va plus ? En se croyant affranchi de toute barrière, voici que de nouvelles barrières se dressent. Les limites physiques dépassées ont engendré des obstacles d’un nouvel ordre, plus pernicieux, plus vicieux.
L’incompréhension mutuelle s’élargit à tous les champs de vie ; les échelons de l’ambition n’atteignent que les sommets de la vacuité et de la désespérance existentielle ; les couples, contrariés dans leurs aspirations, cachent bien mal une insatisfaction qui devient chronique ; les rapports parentaux, amicaux, sociopolitiques et syndicaux sont désabusés ; le carriérisme aliène ;
la course vers des stéréotypes de bonheur, totalitaire et axé sur la performance, reste vide ;
la rapidité technologique déçoit ; la répression des sentiments au profit de la raison et celle de la foi au profit de la science frustrent ; l’amitié par un clic sur la toile, le chacun pour soi, la consommation à outrance, tout cela ne semble plus répondre au besoin de bien-être et de bonheur qui gît au fond de chacun de nous. Nous avons besoin de savoir qu’on existe. L’être humain n’est pas né pour vivre seul : il a besoin de convivialité, de solidarité, d’entraide. C’est un être de relation. Il doit être soutenu, encouragé, aidé pour vivre en sécurité.
Il n’y a jamais eu autant de moyens de communication qu’aujourd’hui, et pourtant les gens ne se sont jamais sentis aussi « seuls au monde ». Le virtuel ne comble pas le vide de la solitude.
Comment avons-nous pu perdre cette touche d’humanité qui faisait que, dans le temps, nous nous disputions et nous nous pardonnions, nous nous aidions et entraidions, nous parlions et écoutions, nous prenions notre temps, nous donnions gratuitement, nous nous contentions d’aimer et d’être aimés ? Nous communiquions vraiment et nous aimions plus. Plus que maintenant, les gens avaient besoin les uns des autres et ils le montraient dans leurs échanges. Où ont disparu le don de soi, la patience, le respect de l’autre, la compassion, l’empathie ? Démodés, scande-t-on pour se donner des airs de modernité et pour mieux se barricader derrière des cloisons fictives. Il est vrai qu’à notre époque, à force de communiquer n’importe comment, nous ne communiquons plus vraiment.
Mais comment faire pour se réapproprier sa vie ? Comment sortir de sa solitude tout en étant entouré par des multitudes ? Comment construire des relations solides et authentiques ?
Souvenons-nous de ce qu’en disait Saint-Exupéry dans Le petit Prince : « On ne connaît que les choses qu’on apprivoise. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites, chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, il faut commencer par l’apprivoiser... »
Carla BEJJANI ARAMOUNI


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