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À La Une - La Chronique De Nagib Aoun

Les raisins de la colère

Chassez le naturel, il revient au galop, ainsi en est-il du confessionnalisme au Liban, ainsi en est-il du communautarisme qui lui emboîte naturellement le pas. Un incident, un désaccord, une spoliation, et voilà le diable qui surgit de sa boîte, brouille les cartes, jette de l’huile sur le feu. En bonus : des bras d’honneur adressés à tous ceux qui s’abritent encore derrière la justice et qui se retrouvent, en fin de parcours, bernés, floués, Gros-Jean comme devant.
Contraints, contrits, ils se résignent alors à donner du temps au temps. Argument massue : la paix civile en dépend ! Ainsi se perdent les droits, ainsi s’accumulent les frustrations, se préparent les règlements de comptes à venir. Une inconséquence dont se rendent coupables autant les instances politiques que religieuses, toutes soumises au même chantage, celui du dérapage sécuritaire incontrôlé...
Faut-il toujours se cacher derrière son petit doigt, croire naïvement que la réalité confessionnelle dans ses aspects les plus hideux appartient définitivement au passé, qu’elle est paisiblement enfouie dans les bas-fonds d’une amnésie criminelle ? L’arbre agité aujourd’hui comme un épouvantail ne cache-t-il pas une véritable forêt qui pourrait s’embraser à la première provocation, sur simple télécommande ? Toutes les parties, bien évidemment, se défendent de tout noir dessein, mais l’enfer, comme toujours, n’est-il pas pavé des meilleures intentions ?
De guerres meurtrières en expéditions punitives, de razzias urbaines en humiliations et vexations répétées, les années écoulées ont semé les germes de la discorde civile, ont ensemencé les raisins de la colère dans un terrain fertile. Chrétiens et musulmans, sunnites, chiites, maronites : un équilibre fragile, une mosaïque inédite qui, au fil des ans, au gré des manipulations et des alliances, a généré des centres de pouvoir, des hégémonies sources de frustrations et de désirs de vengeance.
Un triptyque infernal qui a vu successivement la communauté sunnite s’offrir un blindage palestinien, le maronitisme politique s’acoquiner, pour sa survie, avec le diable israélien et le chiisme prendre sa revanche sur l’histoire, sur des décennies de « déshérence », en s’alliant à l’Iran expansionniste, en se plaçant sous la protection du Hezbollah, un parti fort autant de son arsenal militaire que de son intimité avec la parole divine...
Attention danger ! L’extrémisme entraîne l’extrémisme, le fanatisme pousse au fanatisme : une fois de plus les leçons du passé ne sont pas retenues, une fois de plus les erreurs du passé sont réitérées. Arrogance, impunité confortée par la possession des armes, déni de justice : la morgue se manifeste par le dédain à l’égard du Tribunal spécial pour le Liban, par le refus de se placer sous le giron sécuritaire de la légalité, par les atteintes aux biens de l’État et des particuliers dans la banlieue sud et par les abus flagrants enregistrés à Lassa, dans la région de Jbeil.
Dans un pays pluriel où la préservation des équilibres est fondamentale, une telle dérive est forcément dangereuse parce que génératrice de ressentiments, de fractures sociales dangereuses. Une dérive qui intervient alors même que la Syrie sombre dans l’anarchie et dans le désastre des haines intercommunautaires, une situation critique qui ne peut rester sans conséquences sur la stabilité au Liban.
Depuis le 11-Septembre de triste mémoire, depuis la chute des Twin Towers à New York, le monde est devenu fou, a basculé dans les délires extrémistes, indicibles, comme l’a démontré l’horreur qui vient de s’abattre sur la Norvège, le pays le plus paisible de la planète.
Le Liban, pris aujourd’hui en otage, réussira-t-il à éviter la contagion, lui qui sait si bien ce qu’il en coûte de céder aux pulsions suicidaires, ou sera-t-il victime, une fois de plus, de la tuméfaction de sa pluralité, d’un hégémonisme conséquent, celui assuré par la force des armes ?
Sans détour, c’est le Hezbollah qui détient la réponse... pour le grand malheur d’une légalité contrainte de composer avec ses propres fossoyeurs.
Chassez le naturel, il revient au galop, ainsi en est-il du confessionnalisme au Liban, ainsi en est-il du communautarisme qui lui emboîte naturellement le pas. Un incident, un désaccord, une spoliation, et voilà le diable qui surgit de sa boîte, brouille les cartes, jette de l’huile sur le feu. En bonus : des bras d’honneur adressés à tous ceux qui s’abritent encore derrière la justice et qui se retrouvent, en fin de parcours, bernés, floués, Gros-Jean comme devant.Contraints, contrits, ils se résignent alors à donner du temps au temps. Argument massue : la paix civile en dépend ! Ainsi se perdent les droits, ainsi s’accumulent les frustrations, se préparent les règlements de comptes à venir. Une inconséquence dont se rendent coupables autant les instances politiques que religieuses, toutes soumises au même...
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