Il est évident qu’à la suite des scandales boursiers qui jalonnent notre vie depuis 1990 (le dernier en date étant la crise des subprimes de 2008, en Amérique, faisant intervenir la Fed, et qui a rejailli sur une grande partie des banques européennes) ;
le secteur financier sera le premier à être atteint par le virus de la transparence. Les États ont donc réalisé, face à la globalisation des crises, qu’il fallait mettre un terme à l’enrichissement illicite (comme la pyramide de Ponzi utilisée par Bernard Madoff, lequel aura escroqué à certains investisseurs la somme de 50 milliards de dollars et dont la chute spectaculaire a entraîné avec lui de grands noms de la haute couture, de l’industrie, du commerce, etc.). Il importait aussi, ont constaté ces États, de mettre le holà à la spéculation des traders à des fins personnelles (comme Jérôme Kerviel qui a fait perdre à la Société générale 4,9 milliards d’euros en dissimulant des positions frauduleuses). Ils ont exigé en outre la suppression des parachutes dorés, qui souvent s’élevaient à des sommes faramineuses. D’autre part, le G20, en 2009, a déclaré la guerre à ces paradis fiscaux où se réfugie un tiers de la richesse mondiale (un manque équivalent à 600 milliards d’euros d’aide pour les pays sous-développés).
La richesse d’un pays ne peut s’édifier seulement sur ses avoirs en liquidités et en actions (il ne suffit pas de reconduire le mandat du gouverneur de la Banque centrale libanaise pour favoriser l’économie du pays). De même que « la vision des spéculations sur les marchés est opposée à la vision d’une croissance dans l’économie d’un pays, celle-ci nécessitant une marge de réflexion dans la planification et l’étude des développements ». Nous avons en exemple le cas de l’Islande, dont les trois principales banques se sont effondrées, entraînant la faillite du pays qui n’avait pas su développer d’autres ressources. L’argent dans les banques ne doit pas seulement servir à la spéculation de produits structurés, aux microcrédits ménagers ou aux macrocrédits des oligarques qui amassent des fortunes, protégés par les pouvoirs en place, grâce au système de privatisation. Ce fut, on le sait, le cas de la Russie de Poutine, en guerre contre les oligarchies qui s’étaient appropriées les ressources de l’État après la chute du communisme (le cas de Youkos, la compagnie de pétrole et son PDG, Mikhaïl Khodorkovsky...). Ce sera bientôt le cas de la Grèce qui, déjà, commence à privatiser son patrimoine en le vendant à des sociétés étrangères.
Cet excès de libéralisme a porté atteinte au capitalisme et à la conception de la démocratie dans le monde. C’est ainsi que Joseph Stiglitz, dans son livre Un autre monde, met en relief la perspective d’un nouvel idéal démocratique, « véritable équilibre entre les marchés l’État et la croissance ». D’autre part, il insiste sur le droit fondamental pour un peuple de savoir tout sur les actes de son gouvernement. La transparence provient d’un échange entre les citoyens et leurs dirigeants. J’espère que le nouvel exécutif tiendra compte de cette qualité indispensable à la bonne marche des ministères. C’est ce désir de savoir qui, entre autres, a favorisé la chute des dictatures qui nous entourent, avec une question primordiale posée par les foules : où vont les ressources du pays, alors que le peuple s’appauvrit, sans emplois, sans salaires ? Résultat : la révolte ! Contre des familles entières de dictateurs qui se partagent à eux seul le butin d’un pays : pétrole, gaz, uranium, plutonium...
Notre pays, devrait tirer les leçons de ce qui arrive à son environnement géopolitique, réinvestir dans la croissance en favorisant l’industrie libanaise (comme l’avait fait notre député ministre et martyr Pierre Gemayel), en protégeant l’agriculture, en créant des emplois pour les jeunes pour empêcher la fuite de ces valeurs humaines vers d’autres cieux, en encourageant le tourisme. Le gouvernement devra combattre la cherté de vie pour assurer une existence respectable à tous les Libanais, quelle que soit leur situation. Pour cela, il faudrait réduire les taxes sur les produits de première nécessité, à charge pour l’État de taxer les spéculations bancaires pour diversifier des ressources. Nonobstant le fait que cet État continue d’être confronté à une situation intérieure perturbée, à une conjoncture régionale en ébullition, et avec la perspective d’une action gouvernementale orientée vers les priorités populaires, il n’y a aucun doute que, du moins en apparence, nous allons vers une démocratie réelle, véritable reflet d’une démocratie parlementaire ; pourvue d’une majorité gouvernante et d’une minorité d’opposition.
Il semble qu’a l’heure actuelle, le Liban continue à être tiraillé entre deux pôles, l’un tourné vers le passé, attaché à des régimes statiques pratiquant un dirigisme total sur leur peuple, et l’autre ouvert sur l’Occident, profitant des expériences favorables à l’évolution des cultures et des civilisations.
Le nouveau gouvernement pourra-t-il composer avec ces deux courants pour l’édification d’un État moderne en harmonie avec les besoins du siècle ?
Molly SELWAN


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef