Tout d’abord, il ne doit plus chercher à gommer le TSL, ce qui est du reste impossible. Il est en effet évident qu’il ne servirait à rien de retirer les juges libanais ni d’imposer la cessation du versement de la quote-part libanaise (49 %) dans le financement du tribunal. Le Hezb, qui en fait déjà des tonnes en refusant de livrer les quatre suspects issus de ses rangs, doit se contenter d’enregistrer son hostilité à la cour. Et de faire consigner les arguments de riposte, les indices, les vidéos qu’expose Nasrallah.
C’est ce que le parti avait fait sous les gouvernements Siniora et Hariri. En tout cas, aussi puissant qu’il soit, il ne peut rayer d’un trait les engagements internationaux du Liban, que le président de la République et le président du Conseil tiennent à honorer. Bien obligés, d’ailleurs, pour ne pas mettre le pays au ban de la communauté internationale et lui faire couper les vivres. Voire, subir des sanctions, alors même qu’il est économiquement exsangue.
Dès lors, le Hezb se trouve juridiquement devant un choix simple : soit se retirer du gouvernement, si, contre son avis propre, la majorité ministérielle appuie le TSL. Soit s’incliner, par égard pour l’intérêt national, et international, du Liban. En d’autres termes, selon la formule célèbre de Jean-Pierre Chevènement, tout comme un ministre face à un dilemme, le Hezbollah doit se soumettre ou se démettre.
Cette histoire est une véritable pierre de touche. Le Hezbollah a sans doute le droit de ne pas coopérer avec le TSL, peut-être même de refuser de livrer les prévenus. Mais la majorité ministérielle a encore plus le droit de suivre la ligne tracée par le chef du gouvernement, Nagib Mikati. C’est-à-dire de coopérer avec le TSL et de tenter d’exécuter ses mandats d’arrêt. Le légalisme lui impose en tout cas de ne pas applaudir le secrétaire général du Hezbollah quand il affirme que la livraison ne se ferait ni maintenant ni dans 300 ans. Sous prétexte que le tribunal est un instrument israélo-américain créé pour lui nuire. Une assertion avancée avant que l’on n’ait rien vu du TSL, en tant que juge, l’acte d’accusation n’ayant pas portée, ou valeur, de verdict, tant s’en faut. Sans compter que ce document, remis à Fransen, on n’en connaît toujours pas la teneur globale.
Deuxième point, encore plus important : le Hezbollah ne doit pas garder, par rapport au problème de son arsenal, la même attitude qu’avant la 1701, qui en ordonne l’abandon. Cette résolution, il l’avait appelée de ses vœux les plus pressants au plus fort du matraquage israélien, en juillet 2006. Il doit en principe veiller à l’appliquer. Pour confirmer ainsi que c’est bien Israël qui viole cette résolution, tous les jours, par ses survols ou en mer. Et en refusant de rendre Chebaa, Kfarchouba et Ghajar.
Du moment que la 1701 interdit l’usage des armes dans la zone au sud du Litani où l’armée et la Finul sont déployées, ainsi du reste qu’à l’intérieur du pays, le Hezbollah ne peut les garder, comme il le fait, sans aucun arrangement. Il doit les mettre à la disposition des autorités.
À cause, pour commencer, d’une déclaration ministérielle équivoque sur la question du TSL. Et à cause, pour finir, de la 1701 et du désarmement de la milice.
Dans cet esprit, le Hezbollah doit cesser de refuser qu’on en discute à la table de dialogue national et ne plus rejeter l’offre du président Michel Sleiman de réactiver ce processus.


M. Canan a bien raison. Jean-Pierre Chevènement a bel et bien dit : "Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne". En revanche, c'est Léon Gambetta qui a dit: « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre. » C'est agréable de lire des citations exactes dans L'Orient-Le Jour.
08 h 42, le 21 juillet 2011