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Nos lecteurs ont la parole

Pour une poignée de dollars

Par Ralda KARAM
Ils se croient voleurs de sacs. Ce sont des voleurs de vie. De lâches voleurs de vie qui incarnent la banalité du mal qui gangrène Beyrouth depuis trop longtemps. Leurs victimes n’ont pas d’âge, juste un potentiel pour assouvir leur besoin du billet vert.
Il y a de quoi se désoler sur l’époque où porter son sac en bandoulière n’était pas forcément un signe ostentatoire de richesse. Mais si une société se juge à la manière dont elle traite ses citoyens, celle d’aujourd’hui ne mérite pas qu’on la regarde dans les yeux, tant la honte met le rouge aux joues.
Madame X comme tant d’autres était, selon le code pénal, une personne vulnérable, pour le voisinage une mère idéale, pour son fils une proie facile, et une bonne affaire pour les voleurs assassins. Madame X a été handicapée pour une poignée de dollars, martyrisée par le bitume sur lequel elle avait été violemment projetée.
Et voilà que mon tour arrive... Mais, grâce à Dieu, je l’ai bien échappée car, avec le temps, les techniques se diversifient : faut bien suivre l’évolution, la technologie avance à grands pas, ne l’oublions pas !
Bien calée dans ma voiture, prise dans un embouteillage, fredonnant un de mes airs préférés de monsieur Aznavour (Emporte-moi). Emportée, je l’ai été l’espace de quelques secondes quand je vois Fantômas qui braque ses yeux sur la vitre à peine relevée, tend son avant-bras velu et, comme par magie, enlève mon sac à main qui reposait sur le siège, pour disparaître comme par magie, lesté de mon pauvre sac rembourré de tout ce qu’un coffre-fort pourrait contenir.
Encore sous le choc, il me fallut quelques minutes pour commencer à crier, mais peine perdue, mon ravisseur n’a probablement reçu qu’un lointain écho qui a dû le faire sourire, puisqu’ il peut se pavaner en héros, pour un exploit digne d’Arsène Lupin.
Que faire maintenant ? Il faut bien réagir pour mettre les cartes de crédit en opposition en appelant l’agence bancaire, suspendre la ligne de téléphone mobile, déposer plainte, même si cela ne sert à rien. C’est inévitable, la photocopie servira de papier d’identité provisoire. Avec un peu de chance, Fantômas aura balancé mon portefeuille derrière un buisson et le gentil lieutenant mal rasé auquel j’ai eu affaire le retrouvera. Peut-être même que le photomaton que j’ai fait avec la meilleure copine quand j’étais en classe de sixième y sera encore !
Une fois mon devoir de citoyenne anonyme accompli, je ne vous cache pas que jamais affliction n’a été si profonde ni si vive, surtout qu’au fond de moi, vu le déroulement des faits, j’avais la certitude que celui qui en paix se baladait, son forfait accompli, n’avait pas à craindre d’être puni.
Ils se croient voleurs de sacs. Ce sont des voleurs de vie. De lâches voleurs de vie qui incarnent la banalité du mal qui gangrène Beyrouth depuis trop longtemps. Leurs victimes n’ont pas d’âge, juste un potentiel pour assouvir leur besoin du billet vert.Il y a de quoi se désoler sur l’époque où porter son sac en bandoulière n’était pas forcément un signe ostentatoire de richesse. Mais si une société se juge à la manière dont elle traite ses citoyens, celle d’aujourd’hui ne mérite pas qu’on la regarde dans les yeux, tant la honte met le rouge aux joues.Madame X comme tant d’autres était, selon le code pénal, une personne vulnérable, pour le voisinage une mère idéale, pour son fils une proie facile, et une bonne affaire pour les voleurs assassins. Madame X a été handicapée pour une poignée de...
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