"Le temps presse", a lancé M. Obama au cours d’une conférence de presse, vendredi, à la Maison-Blanche. Mandel NGAN/
La réforme de la finance progresse lentement aux États-Unis et cet énorme chantier prend du retard sur le calendrier pluriannuel de sa mise en oeuvre.
Un an après la promulgation de la loi "de réforme de Wall Street et de protection du consommateur", le 21 juillet 2010, les autorités de réglementation chargées de sa mise en application ont publié des centaines de projets de directives, mais une quarantaine de directives seulement sont entrées en vigueur. "Il nous reste encore du travail", a reconnu jeudi un haut responsable du Trésor sous le couvert de l'anonymat.
Censée marquer la présidence de Barack Obama au même titre que la réforme de la santé, la loi Dodd-Frank (du nom de ses instigateurs) prévoit, à la lumière des enseignements de la dernière crise, d'étendre et d'accroître le contrôle des autorités sur le système financier.
Peu de mesures emblématiques de ce texte de plus de 2 200 pages sont entrées en application. Certaines ont d'ores et déjà été reportées à plus tard. Ainsi, l'entrée en vigueur, prévue pour le 16 juillet, de nouvelles règles destinées à mettre un peu d'ordre sur le marché gigantesque des produits financiers dérivés échangés de gré à gré en en soumettant un certain nombre à des chambres de compensation, a été repoussée sine die. L'obligation faite aux émetteurs pratiquant la transformation de prêts en titres financiers (titrisation) de retenir au moins 5% du risque attaché à ces prêts, accumule les retards. Censée entrer en vigueur à la mi-avril, cette disposition devant réduire la dissémination du risque dans le système ne sera désormais appliquée au mieux qu'à l'automne. D'autres points avancent, comme la mise en place du dispositif qui permettra à l'État de démanteler les plus grandes entreprises financières qui viendraient à s'écrouler, afin d'empêcher le sauvetage coûteux de grands groupes par les contribuables comme pendant la dernière crise.
L'agence d'évaluation financière Standard & Poor's a néanmoins estimé mardi que la fin des renflouages d'entreprises dites systémiques par temps de troubles n'avait rien d'acquis. Autre création majeure de la loi Dodd-Frank, le Conseil de surveillance de la stabilité financière (FSOC) fonctionne. Il tarde cependant à publier la liste des groupes systémiques devant être soumis à des obligations plus strictes que la moyenne. Encore une émanation de la loi, le Bureau de protection financière des consommateurs (CFPB) doit commencer à surveiller les pratiques des grandes banques à compter du 21 juillet. Il lui faut encore embaucher des centaines d'inspecteurs, ce qui n'est pas gagné d'avance.
Le groupe d'influence des banques accentue ouvertement sa pression pour tenter de diminuer les effets de la loi ou de retarder son application. Il bénéficie d'un relais à la Chambre des représentants depuis que les républicains en ont repris le contrôle en janvier. Ces derniers tentent par tous les moyens de saper le travail en cours en essayant de réduire les budgets des organismes chargés d'appliquer la loi. L'Union européenne s'est inquiétée récemment du fait que les États-Unis puissent faire machine arrière. La Maison Blanche a indiqué mercredi qu'elle comptait opposer un veto présidentiel à toute "loi sapant la loi Dodd-Frank".
La réglementation dite "Volcker", qui doit interdire aux banques de spéculer pour leur propre compte, ne doit entrer en vigueur qu'à l'été 2012, et les grandes banques ont obtenu un délai de deux ans pour s'y conformer, mais plusieurs d'entre elles, comme Citigroup, JPMorgan et Morgan Stanley, ont commencé à se réorganiser en vue de s'y adapter.

