Après trois jours de discours, vous avez accordé votre confiance au gouvernement de M. Nagib Mikati.
Cette confiance, nous savons clairement à qui vous avez décidé de l’accorder. À 29 ministres et à un Premier ministre qui a fait ses preuves dans le passé et que les 128 élus respectent en réalité, malgré les excès de langage de certains, excès destinés à la consommation publique.
Ce que nous ignorons, et ce qui malheureusement a été passé sous silence tout le long de ces longues heures de délibérations, c’est pour quoi cette confiance leur a été accordée.
Vous remarquerez que j’ai dit bien pour quoi et non pourquoi.
Car, dans le second cas, l’explication est bien simple. Les députés de la majorité ont accordé leur confiance à ce nouveau gouvernement tout simplement parce que, de leur point de vue, ils estiment qu’ils ont confiance en lui pour diriger le pays avec compétence, ou qu’ils ont été convaincus par d’autres de ce faire.
Cependant, nul de ces 128 représentants de la nation n’a pris la peine d’éclairer le peuple libanais qui les a élus et qui leur a donné en 2009 sa confiance, pour quoi ils ont décidé à leur tour d’accorder cette confiance au gouvernement de Nagib Mikati.
Par le terme pour quoi, j’entends préciser dans quel but, selon quelle charte, et vers quels horizons ce capitaine et son équipage vont-ils diriger le navire de la nation ? Ce but, bien sûr, nul n’a songé à l’évoquer. Je dis bien sûr car il ne fait aucun doute que s’ils ne le mentionnent pas, c’est tout simplement parce qu’ils l’ignorent.
Oui, ils l’ignorent. Ils sont anxieux de prendre possession du navire de l’État, mais ils ignorent encore vers quelle direction ce navire va appareiller.
Et là nous posons à nouveau la question que nous avions soulevée dans un article précédent : « Tout, en définitive, est une affaire de gros sous. » Si les quatre millions et demi de Libanais représentés par la majorité des 128 députés lui accordent leur confiance, dans quel but et avec quels moyens ce gouvernement compte-t-il justifier cette confiance ? Est-il possible que nul n’ait songé à répondre à une question aussi simple ?
Comment, ployant sous le poids d’une dette de soixante milliards de dollars qui nous coûte chaque année quelque quatre milliards de dollars en intérêts, que nous sommes incapables de payer, comment donc comptons-nous effectuer les réformes essentielles dont ce pays a besoin et financer la remise en état de notre infrastructure pour laquelle vingt nouveaux milliards de dollars sont exigés ?
D’autre part, que comptons-nous faire exactement au sujet de cette manne pétrolière et gazière présente dans notre sous-sol et à l’intérieur de notre espace maritime et comment, et avec quels moyens comptons-nous la réclamer et la développer après qu’elle nous ait été usurpée ?
Comment pouvons-nous espérer récupérer nos droits en adoptant, dès le départ, une attitude de défi et d’arrogance envers un grand nombre des membres de la communauté internationale dont l’appui nous est indispensable ?
Ces questions primordiales et essentielles qui concernent le devenir de quatre millions et demi d’hommes, d’enfants et de femmes du Liban, nul parmi les participants a cette auguste Assemblée n’a songé, au cours de ces délibérations, à les poser. Nul parmi les membres de l’équipe qui brigue le pouvoir et son leader n’a songé à y répondre et à présenter un plan de route pour ce long voyage semé d’embûches qu’ils envisagent de nous faire accomplir. Il se pourrait qu’un tel plan existe dans les bagages de la nouvelle majorité. Si c’est effectivement le cas, pourquoi donc ne le dévoilent-il pas aux citoyens, qui sont les premiers concernés ?
Il n’est plus étonnant, quand on mentionne devant les citoyens de ce pays les termes de peuple et d’État, que la question fuse instantanément : « Quel peuple ? Quel État ? »
George SABAT


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