Au moment où le gouvernement se réunissait à Baabda pour mettre au point le texte définitif de la déclaration ministérielle, toutes les chaînes de télévision annonçaient la remise par une délégation du TSL aux autorités judiciaires libanaises compétentes d’une partie de l’acte d’accusation dont le contenu n’a pas été divulgué, seuls les noms de quatre accusés libanais ont été annoncés et les délais pour leur arrestation par les autorités du pays fixés à trente jours.
Cette décision est certainement historique à plus d’un titre. Elle est la conséquence d’une action mise en place pour voler au secours d’un petit pays qui a subi pendant plus de trente ans les affres de la guerre, l’humiliation de la tutelle et de la mainmise étrangère sur tout ou partie de son territoire. Elle pallie largement une justice nationale prise en otage et devenue de ce fait hybride et inefficiente. Elle intervient contre vents et marées sur des terrains « piégés », et prend tous les risques pour retracer de façon objective, preuves à l’appui, tous les méandres de ce chapelet d’assassinats horribles. Elle le fait par devant un tribunal international dont la structure et le corps magistral sont remarquables quant aux moyens mis à la disposition de la défense et quant à la qualité au-dessus de tout soupçon des magistrats en charge de ce dossier hors du commun.
C’est pourquoi elle doit être dignement et respectueusement saluée par les représentants de la République. Elle doit être aussi l’objet de reconnaissance de la part de tous les citoyens démocrates en quête de vérité et de justice. C’est pour ces raisons d’ailleurs que toutes les parties réunies doivent sans exception se mobiliser pour agir avec beaucoup de retenue, d’humilité et de décence, afin que la justice soit rendue dans la sérénité, l’objectivité et le respect du droit et des accusés.
Au-delà donc de cette démarche ardue et strictement professionnelle, le peuple libanais dans son ensemble doit mesurer à l’occasion de cette initiative l’attachement du monde à l’existence et à la pérennité de l’État du Cèdre. Cet événement est en effet un gage de reconnaissance des traditions démocratiques sur lesquelles le modèle libanais a été bâti et des valeurs humaines, culturelles et morales qu’il a toujours cherché à maintenir et à respecter pour réaliser et affirmer sa vocation multiconfessionnelle et multiculturelle.
Le nouveau gouvernement et la nouvelle majorité se doivent quant à eux de se montrer dignes de cette confiance internationale. C’est pourquoi ils auraient dû être très attentifs et agir avec sagesse et responsabilité à l’occasion de la rédaction de l’alinéa relatif au TSL, à l’intérieur de la déclaration ministérielle. Mais malheureusement, ce ne fut pas le cas. Le président Mikati assumera le premier les conséquences de cette fuite en avant, quand bien même son gouvernement venait à obtenir l’investiture, car au vu de l’histoire, il a choisi pour le règlement de ce dossier de rentrer par la petite porte, et risque de ce fait d’en sortir profondément affaibli et critiqué. Comment peut-on en toute objectivité embarquer le peuple libanais sur un « navire obsolète » appelé à aller sur une mer démontée comme c’est le cas au Liban aujourd’hui, sans s’attendre à subir des vents contraires capables de le retourner et de noyer tous ses passagers. En d’autres termes, comment le gouvernement pourra-t-il, avec une telle déclaration non conforme aux termes de l’accord avec l’ONU et aux obligations qui lui sont imparties, se soustraire à ses responsabilités et endiguer les conséquences désastreuses d’une éventuelle application de l’article 7. Les belles paroles et les bonnes intentions du Premier ministre ne peuvent en aucun cas se substituer aux décisions gouvernementales, surtout que la presse avait rapporté les désaccords qui avaient éclaté à ce sujet lors de la réunion de Baabda entre les différents pôles, ce qui avait nécessité un vote pour l’adoption du texte définitif de ladite déclaration. Cette attitude n’est pas pour rasséréner le peuple libanais, car une fois de plus, c’est l’avis des « accusés » de l’assassinat et leurs alliés indéfectibles, les chrétiens du CPL, qui a pris le dessus sur les autres.
Jusqu’à quand l’État libanais et ses citoyens devront-ils continuer à subir le diktat d’une formation dont les origines politiques sont opaques, l’identité partisane équivoque et les objectifs flous et inquiétants ? Jusqu’où celui qui fut jusqu’en 1989, pour beaucoup de citoyens patriotes et honnêtes, la conscience du Liban pourra-t-il cautionner cet allié envahissant, despotique et arrogant, qui n’a pas hésité à obliger le chef de sa propre autorité communautaire religieuse à se rétracter et à revenir sur ses positions après avoir dûment signé et agréé le texte final des recommandations adoptées à l’unanimité des présents lors de la réunion du sommet religieux qui s’était tenu à Bkerké au lendemain de la nomination du nouveau patriarche, Mar Béchara Boutros Raï ?
Les printemps arabes sont encore là et leurs mouvements se répandent un peu partout, personne n’est à l’abri, le temps est venu, après plus de trente ans de guerre, de luttes intestines, de morts et de destruction, pour que toutes les parties prennent enfin conscience des intérêts supérieurs de la nation, de ses constantes fondamentales et du devoir de se ranger sous le seul drapeau libanais afin de semer la paix dans les têtes et les cœurs et reconstruire, main dans la main, leur destin national et l’avenir de leurs enfants, loin de toutes allégeances extérieures
Salim F. DAHDAH


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