Malgré le fossé qui les oppose politiquement, les députés Ali Ammar et Samy Gemayel s’appellent « mon ami ».Photo Marwan Assaf
Avant d’entrer dans le vif du sujet, Samy Gemayel a évoqué le dossier des détenus libanais en Syrie, regrettant que nul au Liban ne prenne la peine d’évoquer leur cas avec l’État syrien.
Après avoir affirmé que le pays fait face à « une crise de système beaucoup plus qu’à des crises ministérielles », M. Gemayel a déclaré que « lorsque deux principes fondateurs de l’État sont sur la sellette, en l’occurrence la justice et l’égalité entre les citoyens, il est impossible de discuter des détails ».
La justice
Le principe de la justice concerne les assassinats qui ont frappé depuis 2005 plusieurs responsables politiques, a-t-il dit, rappelant que le cabinet Hariri a été renversé en raison de l’affaire dite des « faux témoins », le gouvernement refusant à l’époque de déférer ce dossier devant la Cour de justice. « Où a disparu cette question des “ faux témoins ” ? Pourtant, vous avez renversé un cabinet pour cette raison et en avez formé un autre. Or elle n’est mentionnée nulle part dans la déclaration ministérielle. Rien que pour cela, je refuse d’accorder la confiance au gouvernement », a-t-il lancé, provoquant des rires et des applaudissements dans l’hémicycle. « Elle est bien, celle-là », lancera de son côté Nabih Berry, avant que M. Gemayel ne poursuive à l’égard du 8 Mars : « Le prétexte pour lequel vous avez fait chuter le cabinet est caduc, puisqu’il est inexistant. » « Le cabinet a en réalité été renversé en raison de son attachement au tribunal international », a-t-il noté.
« Beaucoup affirment qu’il vaut mieux ne pas détruire le pays pour le tribunal et nous appellent à mettre de côté les martyrs », a-t-il dit, avant de citer les propos de Winston Churchill à Neville Chamberlain après la conférence de Munich de 1938 : « Vous aviez le choix entre le déshonneur et la guerre, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre. » Samy Gemayel a ensuite procédé à une analogie entre cette formule et l’équation actuellement proposée au 14 Mars : la justice ou la paix civile. « Le gouvernement actuel a décidé d’outrepasser la question de la justice pour préserver la paix civile, ce qui nous rappelle l’accord du Caire en 1969, lorsque l’État libanais, par crainte pour la paix civile, a accepté les conditions posées par l’OLP. Notre souveraineté nationale a été humiliée, et cela n’a pas empêché la guerre d’éclater en 1975, a-t-il souligné. C’est en réalité un choix entre la justice et la reddition que l’on nous propose. »
Samy Gemayel a ensuite pris la défense du TSL, décortiquant les prétextes avancés par le Hezbollah pour porter atteinte à la crédibilité du TSL et faire passer cette instance pour « politisée ». Il a ainsi évoqué les photos satellites présentées à la télévision par le secrétaire général du Hezbollah pour tenter de prouver qu’Israël suivait Rafic Hariri à la trace. « Ces photos datent d’avant 1997, or Hariri a été assassiné en 2005 », a-t-il dit. Il a ensuite rejeté l’argument présenté par Nasrallah selon lequel le président du TSL, Antonio Cassese, serait un « ami d’Israël », avant de décrédibiliser l’argument du secrétaire général sur les 97 ordinateurs et le document de l’Onust. « Tous ces arguments, dont voici quelques exemples seulement, visent à torpiller l’image du TSL, mais ils sont caducs », a-t-il dit. « Le tribunal international est le meilleur cadre judiciaire pour votre défense », a-t-il dit à l’adresse des députés du Hezbollah, indiquant que ses séances seraient retransmises en direct à la télévision et seraient suivies par des milliers de téléspectateurs, puis que ses décisions seraient décortiquées par des centaines de spécialistes et de professeurs d’université. « Il s’agit de la meilleure garantie pour vous, puisque cela vous aidera à débusquer les tentatives de politisation », a-t-il dit. « D’ordinaire, ceux qui mettent en doute la crédibilité des tribunaux, ce sont les accusés. Si chaque accusé va refuser de reconnaître la crédibilité de son procès et de comparaître devant les tribunaux, ou encore d’en provoquer la chute... oublions le principe même de justice », a ajouté M. Gemayel.
L’égalité et les privilèges du Hezbollah
S’attaquant au deuxième principe fondamental de la République, qui est, selon lui, actuellement foulé au pied – l’égalité –, Samy Gemayel a énuméré les « privilèges » dont le Hezbollah jouit exclusivement aujourd’hui. « Une partie se comporte comme si elle avait des droits et des privilèges interdits aux autres, à tous les niveaux, a-t-il dit. Le Hezbollah a le droit de décider à notre place ce que nous devons voir, écouter, lire. Il interdit les films qui ne lui plaisent pas. Il interdit, par voie de fait, les spectacles qui lui déplaisent de se produire au Liban. Les expositions qu’il n’aime pas sont interdites. Et il en est de même pour les livres. Et il ne le fait même pas par le biais de l’État libanais, mais en menaçant et en haussant le ton, a-t-il souligné. Il impose la loi qu’il veut dans les régions où il le souhaite, en interdisant les débits d’alcool, ou bien en construisant sur les terrains des autres », a-t-il poursuivi, provoquant la colère des députés du Hezbollah, et tout particulièrement de Ali Ammar, qui l’a interrompu pour tenter d’obtenir un droit de réponse, avant d’être stoppé net par Nabih Berry.
« Le Hezbollah a exclusivement le droit d’imposer le tiers de blocage au cabinet. Il a exclusivement le droit de former un gouvernement de majorité. Lorsqu’un élément du Hezb tue un officier de l’armée libanaise, il entre neuf mois en prison puis en ressort. Le Hezb a seul le droit de ne pas respecter les décisions de l’État, comme celle de rejeter le limogeage de Wafic Choucair. Le Hezb a seul le droit de déclarer la guerre, outrepassant ainsi les prérogatives de la Chambre et du Conseil des ministres. Le Hezbollah a seul le droit de posséder des réseaux d’espionnage dans les autres pays, comme l’Égypte, et de porter atteinte aux relations du Liban avec d’autres pays. Il a seul le droit de créer un réseau de télécommunications propre à lui. Il a seul le droit de négocier avec l’ennemi pour recouvrer les corps de ses combattants, alors que l’État n’a même pas le droit de mener des négociations indirectes pour libérer son territoire. Le Hezbollah a le droit d’arrêter et d’interroger des Libanais à sa guise si leurs têtes ne lui reviennent pas. En d’autres termes, il a un droit de vie ou de mort sur eux, et il peut les kidnapper pendant 48h et décider ensuite, s’il juge qu’ils sont innocents, de les remettre à l’État s’il le souhaite », a-t-il ensuite martelé. « Mais comment cela peut-il être possible. Qui vous a donné le droit d’arrêter des Libanais et de les interroger ? » s’est indigné M. Gemayel, sous les regards d’une Assemblée médusée.
Samy Gemayel a remarqué qu’il existe aujourd’hui au Liban deux catégories de citoyens : une catégorie supérieure, « achraf el-nass » (les citoyens « les plus honorables », appellation donnée par le Hezb à son public), et les citoyens « normaux, de seconde catégorie, comme nous ». « Achraf el-nass font ce qu’ils veulent et portent les armes, alors que les autres Libanais vivent en dessous de la loi. Ces derniers paient leurs factures de courant électrique lorsque le percepteur se présente, alors que, chez achraf el-nass, le percepteur est chassé et l’agent des FSI frappé s’il tente de stopper une contravention. Il y a un Libanais soumis et un autre qui fait ce qu’il lui plaît », a-t-il noté.
Évoquant ensuite les rapports entretenus par le Hezbollah avec le TSL, Samy Gemayel a posé trois hypothèses. Imaginons que, d’abord, les accusés des attentats soient des cadres responsables du Hezbollah ; que le Hezb leur assure une couverture et annonce au gouvernement libanais qu’il ne les livrera pas, même dans 300 ans ; et que le Hezb soit un élément fondamental du gouvernement, qu’il a contribué à former, a indiqué Samy Gemayel. « En se basant sur ces trois hypothèses, l’on conclurait qu’il est demandé à un cabinet formé par le Hezbollah d’arrêter des cadres du Hezbollah pour les remettre à une justice que le Hezb ne reconnaît pas. Partant, celui qui doit appliquer l’acte d’accusation est l’accusé. C’est comme si nous disions à une personne de s’autoarrêter et de se livrer à la justice, ce qui est une aberration », a-t-il poursuivi. Pour M. Gemayel, il est donc insensé que le nouveau cabinet comprenne des ministres du Hezb au moment où le TSL accuse des cadres de ce parti et que ce dernier leur assure une couverture.
Se déclarant opposé à « la voie de la vindicte », Samy Gemayel a déclaré : « Si vous êtes innocents, nous nous tiendrons à vos côtés. Je suis d’ailleurs certain que la plupart des membres du Hezbollah sont honorables, comme mes amis Ali Ammar, Nawwaf Moussaoui, Ali Fayad ou Nawwar Sahili (...). Mais vous avez commis une erreur mortelle lorsque vous avez affirmé, il y a quelques mois, qu’aucun de vos combattants ne pourrait être accusé. Vous avez affirmé qu’aucun des membres du Hezb ne peut se tromper. Une semaine plus tard, il s’est avéré que vous étiez noyautés et vous l’avez admis (...). Laissez-nous vous aider et laissons le tribunal le faire aussi. Pourquoi voulez-vous vous mettre dans une position de confrontation avec les familles des martyrs ? Si nous recherchons tous les deux la vérité, collaborez avec nous et lisons cet acte d’accusation. Pourquoi en faire le procès d’intention avant même de l’avoir lu ? Peut-être s’avérera-t-il qu’il existe des personnes infiltrées au sein du parti », a-t-il noté.
Il a enfin cité des propos tenus le 13 août 2007 par Walid Joumblatt – qui se trouvait dans l’hémicycle : « Je mets en garde toute partie locale ou internationale, individu ou État, contre toute tentative de concéder le tribunal au détriment de la justice, la souveraineté et la liberté. Nous ne leur permettrons pas d’entrer dans ce jeu sale, mais cela demande de notre part plus de détermination, de sacrifice, d’éveil et d’obstination. À l’instant même où nous pourrions être pris d’hésitation, de peur ou de désespoir, nous perdrons la bataille. L’histoire nous maudira à chaque instant. Puisons donc notre force de ceux qui nous ont précédés vers le martyre pour un Liban souverain et indépendant, pour la liberté et la justice. Traversons le pont vers un Liban nouveau, et peut-être un Orient nouveau. Et celui qui, dans nos rangs du 14 Mars, pourrait penser à sa manière, de près ou de loin, à un compromis quelconque serait un traître. Il sera condamné à la peine capitale sur le plan moral et politique. »
Au moment où M. Gemayel s’apprêtait à regagner son siège, Ali Ammar a pris la parole pour défendre les arguments de Hassan Nasrallah démystifiés par le jeune député Kataëb. Samy Gemayel a aussitôt répondu point par point au député du Hezbollah.


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A Mr. Sarkis: Ce que vous dites se defend mais les erreurs passees des kataeb ne doivent ni servir de pretexte ni justifier des erreurs comparables aujourd'hui de la part du hezbollah.
14 h 57, le 08 juillet 2011