La nouvelle est tombée comme une bombe dans les milieux libanais, à l’intérieur du pays comme à l’étranger : le mufti de la République rejette le projet de loi sur la protection de la femme contre la violence familiale.
Je m’adresse à vous car, avant d’apprendre cette nouvelle, j’étais déjà un peu perdue. Mais alors là, c’est le presque néant.
Faisant partie des millions de mes concitoyens résidant à l’étranger, et ayant passé récemment quelques jours au Liban, j’ai constaté qu’une partie des Libanais n’approuve pas votre nomination. Encore moins le gouvernement que vous avez formé.
Un petit conseil, si je puis me le permettre : donnez-leur rapidement la preuve que vous êtes à la bonne place, pour remettre le Liban sur ses pieds. Ils changeront d’avis.
J’ai observé, de loin certes, tous les efforts que vous avez déployés pour former un gouvernement qui ne satisfait pas tout le monde. Entre vous et moi, personne ne pourra réussir un tel tour de force. Mais bon, les insatisfaits feront avec.
Vous êtes à la tête d’un cabinet qui prend en charge un pays non seulement meurtri par les différentes occupations et guerres sur son territoire, mais surtout un pays rongé par une perte avancée des valeurs, par la corruption et par l’invasion des capitaux étrangers qui détruisent notre patrie en l’achetant, mètre carré par mètre carré.
Votre tâche et vos différentes missions sont et seront compliquées et complexes. Mais en tant qu’homme d’affaires de stature internationale, vous êtes habitué à vous « battre pour obtenir ».
Personnellement, je ne trouve aucun inconvénient, pour l’instant, à votre présence à la tête du pays. Mieux encore : je l’approuve, jusqu’à preuve du contraire.
Simplement, un sujet important me préoccupe depuis des années, par solidarité avec les victimes. Je m’explique. Il est connu, dans les milieux politiques et ceux des affaires internationales, que vos relations personnelles avec le régime syrien actuel sont au beau fixe. Il est connu aussi qu’il existe des Libanais de tous bords, enfermés dans les geôles syriennes depuis des années. Vous, Monsieur Mikati, que pensez-vous faire pour ces prisonniers ?
Est-il prévu ou inscrit dans votre agenda une réunion les concernant ? Je crois bien que votre devoir en tant que Premier ministre est d’engager les pourparlers, et le plus tôt possible, avec le régime syrien, pour la libération des nos compatriotes. Vous êtes bien placé pour le faire.
Vous avez une liste de dossiers importants sur votre bureau, comme par exemple celui de la religion. Séparer la religion de la politique devrait être un de ces dossiers dérangeants, mais inévitables. Nous ne devrions plus tolérer en 2011 que l’on s’immisce dans les droits civils de la société, concrètement ceux de la femme. Vous qui avez voyagé, vécu à l’étranger, vous qui avez connu un monde moderne et avancé qui respecte les droits de la femme, allez-vous tolérer cela ? La religion fait-elle une différence quant aux droits humains ?
Un autre dossier qui nous préoccupe est celui de la nationalité libanaise des enfants nés de mère libanaise et de père étranger. Comment accepter qu’une maman libanaise ne puisse pas donner sa propre nationalité à ses enfants ? C’est de la discrimination, une sorte de racisme.
Encore un dossier auquel il importe de s’attaquer urgemment : le vote des Libanais de l’étranger. Quand donc auront-ils le droit de voter dans les ambassades de leur pays de résidence ?
Là où le président de la République, vos prédécesseurs et tous les politiciens ont échoué, allez-vous réussir ? Ce serait la meilleure preuve que votre nomination au poste de Premier ministre était amplement méritée.
Bon courage.
Nayla TAHAN ATTIÉ

