Ce gouvernement aura pourtant le mérite de nous plonger dans les années 90. Années où l’on voit apparaître Uma Thurman qui crève l’écran dans Pulp Fiction ou encore Tom Hanks, infatigable dans Forest Gump. Une véritable cure de jouvence que nous offre la nouvelle majorité, qui lance (pour brouiller ses véritables intentions) une croisade contre la corruption alimentée de scoops médiatiques. L’objectif est d’incarner le changement et la réforme mais avec d’anciennes figures de proue de la tutelle syrienne des années 90 aux côtés de sexagénaires visiblement fatigués par l’exercice de leurs fonctions. Original. Ce gouvernement est pour ainsi dire à l’image de ces voitures que l’on revisite aujourd’hui, de vieux prototypes remis au goût du jour. Tendance rétro oblige.
Pour autant, la chasse aux sorcières est lancée, la kleptocratie dans le collimateur. Celle qui permettait à certains de puiser au besoin dans les caisses. Seulement, la corruption n’est pas une personne identifiable. Elle est encore moins l’apanage d’une seule communauté. C’est une maladie qui ronge le corps malade de l’État quand celui-ci n’est pas renforcé par un système immunitaire résistant. Pour l’éradiquer, il incombe donc de disposer d’une organisation stricte des institutions, protégée par un pouvoir exécutif faisant respecter l’ordre. Or on en est loin au Liban, car tant que subsisteront des îlots territoriaux, nul ne peut prétendre combattre la corruption ou réformer l’État. Réformer signifie passer par la signature d’un pacte social, instaurer une Constitution interprétable exclusivement par un Conseil constitutionnel apte à trancher et enfin ériger une seule et unique armée. Sans ces principes de base, tous les discours de réforme n’ont aucune crédibilité, quelles que soient leurs intonations.
L’autre aberration qui marque l’actualité est l’alternance. Tout le monde s’accorde à dire qu’elle représente un principe sain dans une démocratie. Elle permet l’émergence d’idées nouvelles qui inspireraient une meilleure gouvernance. Les gouvernements se succéderaient dès lors en débattant d’idées, sur fond de velléités de réforme. Mais encore une fois, on n’en est pas là au Liban car faire pression sur l’orientation et les choix de certains acteurs politiques pour remporter la majorité n’est en rien démocratique. C’est précisément ce qui marque la différence entre l’alternance au pouvoir et un coup d’État maladroitement maquillé.
Cette année, on l’aura compris, la tendance est au « rétro ». Pourvu que les mentalités ne régressent pas pour autant.
Ralph E. NEHMÉ


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