Ce sont d'autres chaleurs et ardeurs, guerrières notamment, qui préoccupent l'homme de la rue. Rien ne laissait pressentir ainsi la cataclysmique guerre de juillet 2006 ; bien au contraire, partis politiques et experts économiques s'accordaient à prédire une saison estivale à tout casser. Et c'est littéralement ce qui arriva, comme on sait hélas, pour les habitations et infrastructures libanaises, sauvagement bombardées par l'ennemi israélien. À l'inverse, se prend-on à espérer, le canon risque-t-il vraiment de tonner quand on se répand en menaces de guerre, comme s'y est employé ces derniers temps l'État hébreu à propos des missiles Scud prétendument livrés au Hezbollah par la Syrie ? Le pouvoir de dissuasion de ces engins, s'ils existent réellement, ne vient-il pas au fond rétablir l'équilibre de la terreur, rendant d'autant moins probable une aventure militaire ? Qui pourrait jurer néanmoins que, de manœuvres militaires, telles celles qu'Israël entreprend dès demain à notre frontière, en mobilisation préventive de la milice chiite, l'affaire restera circonscrite à un réciproque étalage de force ?
Toutes ces interrogations seront évoquées lors des entretiens qu'aura durant les prochains jours à Washington le Premier ministre Saad Hariri. Singulière rencontre, en vérité, que celle qu'il aura lundi avec Barack Obama. Ici, en effet, un chef de gouvernement libanais soucieux de s'assurer la sollicitude active des États-Unis face au péril israélien, sans pour autant paraître se désolidariser de la Syrie, avec laquelle il vient tout juste de renouer ; et là, un président américain qui n'a pas encore digéré les affronts répétés de Benjamin Netanyahu et qui, pour des raisons de tranquillité interne, est néanmoins tenu de manifester son souci de la sécurité d'Israël en offrant à ce dernier un système de protection antimisssile pour s'en louer devant une quarantaine d'élus démocrates juifs qu'il a reçus à la Maison-Blanche.
Hariri ne manquera sans doute pas d'invoquer à son tour des impératifs de stabilité interne. Et d'en appeler à la compréhension du jury pour le vote négatif que le Liban, président en exercice du Conseil de sécurité de l'ONU, devra bon gré, mal gré opposer au projet de résolution d'inspiration américaine décrétant un nouveau train de sanctions internationales contre l'Iran. Agréé par les puissances, Chine et Russie comprises, le texte se passera fort bien dans tous les cas de l'appui de notre pays, lequel n'a nul besoin de défier Téhéran et ses protégés locaux.
Une fois contournés ces écueils, c'est une mer démontée qui menace de se présenter à l'automne, avec la publication annoncée de l'acte d'accusation du procureur près le Tribunal spécial pour le Liban, Daniel Bellemare. La galère du gouvernement d'unité nationale pourra-t-elle encaisser les lames de fond que ne manquera pas de susciter une vérité internationale contestée d'emblée par d'aucuns, notamment par un Hezbollah décidément omniprésent ?
La cigale libanaise a tout le bel été pour méditer la question.
Issa GORAIEB
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