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En toutes lettres

Le Liban, c'est bien connu, est le pays des contrastes. C'est bien ce qui lui donne un charme particulier. Là est aussi cependant son talon d'Achille, ce trop célèbre déficit immunitaire qui le rend si vulnérable face au virus du sectarisme. Voilà ce qu'il faut bien appeler des contrastes à double tranchant.

 

Or s'il est un terrain où peuvent être réunis ces contrastes sans blessures ou autres dommages et dans un cinglant démenti à la sulfureuse thèse du choc des civilisations, c'est bien celui des rencontres culturelles : la paix par la culture, celle-ci n'étant l'apanage d'aucun groupe, se sont épuisés à prêcher dans le désert libanais de grands humanistes, tel Pharès Zoghbi. Et s'il est à leur tour des rencontres culturelles qui touchent le plus grand nombre de citoyens, ce sont bien ces Salons du livre qui, bon an mal an, viennent agrémenter notre été indien.


L'actuelle édition ne déroge pas à la tradition. En croisant entre les stands, dont l'aménagement va du fonctionnel et attrayant au dénuement le plus inattendu, on trouve du frais mais aussi du réchauffé ; on retrouve des plumes confirmées, de grosses pointures, mais bien des talents nouveaux s'offrent aussi à la découverte. Le plus frappant toutefois reste cette régulière, réconfortante, généreuse affluence de visiteurs et visiteuses de tout âge, de toute appartenance, de toute catégorie sociale.


On n'achète pas toujours pour autant des masses de livres, mais le plus réconfortant est là : c'est cette curiosité intellectuelle, innée en tout Libanais, qui n'attend que l'occasion de s'exprimer et qui porte à croire que l'ami bouquin, qu'il soit de langue française, arabe, anglaise ou autre, n'est pas mort sous les coups conjugués des feuilletons télévisés, d'Internet et des autres gadgets électroniques.


Ajoutez à cet attrait pour l'écrit l'extrême vitalité des arts, sous toutes leurs formes, comme en témoigne cette profusion de festivals, de concerts et d'expositions, et c'est le plus déroutant des contrastes qui surgit : comment un tel bouillonnement, une telle exubérance de la flore culturelle peuvent-ils aller de pair avec l'effroyable sécheresse dont souffre la pensée politique dans ce pays ? Comment un peuple aussi ouvert sur l'extérieur, qui s'est aventuré dans les terres les plus lointaines, a-t-il pu se laisser enfermer dans une situation qui semble ne lui laisser d'autre choix que d'être le vassal des Syriens ou bien alors celui des Saoudiens ? Comment s'accommode-t-il, ce peuple si imaginatif, de tant de médiocrité ; de chefs dont la plupart n'ont cure de son bien-être, de son confort, de sa prospérité et de sa sécurité ; de chefs qui, tout à leurs intérêts personnels ou de clan (et même parfois familiaux), perpétuent à loisir une crise ministérielle déjà trop longue comme cela ?


Les réponses à ces lancinantes questions ne tiendraient pas dans plusieurs tomes. Mais, tout un Salon peut-être ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Le Liban, c'est bien connu, est le pays des contrastes. C'est bien ce qui lui donne un charme particulier. Là est aussi cependant son talon d'Achille, ce trop célèbre déficit immunitaire qui le rend si vulnérable face au virus du sectarisme. Voilà ce qu'il faut bien appeler des contrastes à double tranchant.
 
Or s'il est un terrain où peuvent être réunis ces contrastes sans blessures ou autres dommages et dans un cinglant démenti à la sulfureuse thèse du choc des civilisations, c'est bien celui des rencontres culturelles : la paix par la culture, celle-ci n'étant l'apanage d'aucun groupe, se sont épuisés à prêcher dans le désert libanais de grands humanistes, tel Pharès Zoghbi. Et s'il est...