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La diplomatie du tunnel

Nicolas Sarkozy l'a assuré à maintes reprises, suivi en cela par les principaux dirigeants français ; et c'est l'ambassadeur Denis Pietton qui, dans une de ses premières déclarations publiques depuis qu'il a rejoint son poste à Beyrouth, vient de le réaffirmer : dans son dialogue avec la Syrie, la France a toujours à l'esprit les intérêts libanais.

On le croit volontiers. On le croit même deux fois, plutôt qu'une. Car s'il est parfaitement naturel que la France, qui a porté le Liban sur les fonts baptismaux, continue d'entourer celui-ci de sa sollicitude, il va sans dire que dans tout échange avec le monde extérieur, c'est du Liban, encore lui, de ses propres intérêts dans ce pays, que veut débattre la Syrie.

De l'esprit dit pragmatique qui anime la démarche française, il a maintes fois été question dans ces colonnes : plutôt que de boycotter sans grand effet le cerbère syrien comme le faisait le mandat de Jacques Chirac, mieux vaut discuter avec lui, dans l'espoir de l'amener à de meilleurs sentiments en lui faisant miroiter les bénéfices d'une réhabilitation internationale. Or, c'est là que surgit ce paradoxe qui inquiète tant nombre de Libanais, comme aura toute latitude de le constater l'ambassadeur Pietton : cerbères, geôliers et autres preneurs d'otages ont déjà gagné à l'instant même où est amorcée la négociation. Du moins en sont-ils convaincus, ce qui ne les rend que plus âpres au gain, que plus décidés à obtenir bien davantage que ce qu'ils donnent.

À nos amis français qui ne manquent pas de s'en féliciter, le régime baassiste a concédé, l'an dernier, l'élection, au bout de plusieurs mois de blocage systématique, d'un président libanais, puis l'établissement de relations diplomatiques avec notre pays. Mais en réalité Damas n'a en rien desserré son emprise sur le Liban, comme l'illustre l'actuelle et non moins interminable crise ministérielle. En revanche, et sans évidemment que soient mises en doute les intentions de la France, c'est peu dire de la réhabilitation qu'elle est, d'ores et déjà, largement entamée. C'est ainsi qu'une visite officielle à Paris du président Bachar el-Assad est programmée pour bientôt ; gagnée à son tour aux vertus du dialogue, l'Union européenne a adouci par ailleurs les conditions qu'elle posait à un accord de partenariat avec Damas, et qui avaient trait au respect des libertés publiques : or, ce n'était pas encore assez pour les Syriens, et ils viennent de le montrer en procédant à de nouvelles arrestations de militants des droits de l'homme.

Par-dessus tout cependant, c'est l'influence syrienne au Liban que risque d'officialiser, sinon de légitimer, ce dialogue, quand bien même aurait-il pour cadre la négociation secrète, la crypto-diplomatie plutôt que la diplomatie classique. C'est un fait que la politique étrangère de la France a traditionnellement obéi aux orientations du président de la République. Mais jamais sans doute des dossiers aussi sensibles n'auront été confiés en quasi-exclusivité à un secrétaire général de l'Élysée, ce qui n'est pas du goût du Quai d'Orsay. La Syrie est le domaine ultraréservé de Claude Guéant, va même jusqu'à soutenir Le Nouvel Observateur qui, dans sa dernière édition, publie une substantielle enquête sur les missions forcément entourées de discrétion de ce brillant énarque néanmoins familier du monde de la police et du renseignement.

Demain arrivera à Beyrouth Bernard Kouchner. Il devait initialement se rendre aussi en Syrie, en Israël et en Palestine : étapes reportées en raison de problèmes d'organisation, a laconiquement indiqué un porte-parole. Le ministre aura toujours le loisir de se plonger dans 48 heures de totale désorganisation libanaise.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Nicolas Sarkozy l'a assuré à maintes reprises, suivi en cela par les principaux dirigeants français ; et c'est l'ambassadeur Denis Pietton qui, dans une de ses premières déclarations publiques depuis qu'il a rejoint son poste à Beyrouth, vient de le réaffirmer : dans son dialogue avec la Syrie, la France a toujours à l'esprit les intérêts libanais. On le croit volontiers. On le croit même deux fois, plutôt qu'une. Car s'il est parfaitement naturel que la France, qui a porté le Liban sur les fonts baptismaux, continue d'entourer celui-ci de sa sollicitude, il va sans dire que dans tout échange avec le monde extérieur, c'est du Liban, encore lui, de ses propres intérêts dans ce pays, que veut débattre la...