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Les spécialistes

Dans ce pays en rupture de logique, voué au règne de l'absurde, on croyait avoir tout vu, vécu les plus insensées des situations. Nous voilà pourtant guettant, le souffle court, le cœur battant telles des midinettes dans l'attente d'un premier rendez-vous amoureux, cette rencontre qui n'en finit plus d'arriver entre le roi d'Arabie et le président de Syrie : événement qu'on s'accorde à qualifier de providentiel car susceptible de mettre un terme à la crise libanaise.

D'où les deux illustres personnages tireraient-ils donc ce prodigieux pouvoir ? Et après tant de passes d'armes, quelle tardive convergence d'intérêts pousse-t-elle ces deux protagonistes, que tout semble séparer - et en premier lieu leurs positions à l'égard de l'Iran - à arrêter les frais, à se retrouver pour nous octroyer enfin la grâce d'une solution ?

Car comme on s'en doute, altruisme, esprit de solidarité arabe et nobles préoccupations démocratiques n'y sont strictement pour rien. Ici en effet, une dictature d'apparatchiks et de militaires ne se satisfaisant de rien moins que de 99,99 % des prétendus suffrages populaires et ne tolérant aucune forme d'opposition, comptant pour cela sur la redoutable efficacité des omniprésents services secrets, les Moukhabarate. Et là, une monarchie pétrolière ne s'aventurant qu'avec la plus grande circonspection sur la voie de la modernité, réservant aux milliers de princes le gros de ses phénoménales ressources et dotée d'un appareil sécuritaire non moins vigilant que celui du voisin.

Cela les regarde bien sûr. Là où nous sommes tristement concernés cependant, c'est que chacun de ces deux pays dispose sur place d'une clientèle libanaise. On arguera que le phénomène n'est pas bien nouveau, l'histoire tourmentée des trois derniers siècles étant marquée en effet par les liens tissés entre communautés religieuses locales et puissances étrangères. Ce qui est tragique néanmoins, c'est que cela continue de plus belle de nos jours. Et ce qui est remarquable, c'est qu'en ces temps de morcellement que vit cette partie du monde (regardez la Palestine arabe, regardez l'Irak), c'est sur les deux branches politiquement rivales de l'islam que paraît se concentrer désormais l'émulation extérieure en matière de parrainages et protections.

Qu'une entente sunnito-chiite soit essentielle pour la stabilité du Liban est l'évidence même. L'erreur serait de croire toutefois qu'elle peut suffire pour remettre à flot notre infortunée démocratie : infortunée certes, de par l'usage défectueux qu'en ont fait les Libanais eux-mêmes ; et infortunée dans le choix des guérisseurs appelés à son chevet, et qui ne comprennent rien à la démocratie. Appelés par qui, au fait ? Par les grandes démocraties occidentales revenues des années de confrontation et converties aux vertus du dialogue. Ce n'est pas là le moins paradoxal.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Dans ce pays en rupture de logique, voué au règne de l'absurde, on croyait avoir tout vu, vécu les plus insensées des situations. Nous voilà pourtant guettant, le souffle court, le cœur battant telles des midinettes dans l'attente d'un premier rendez-vous amoureux, cette rencontre qui n'en finit plus d'arriver entre le roi d'Arabie et le président de Syrie : événement qu'on s'accorde à qualifier de providentiel car susceptible de mettre un terme à la crise libanaise.D'où les deux illustres personnages tireraient-ils donc ce prodigieux pouvoir ? Et après tant de passes d'armes, quelle tardive convergence d'intérêts pousse-t-elle ces deux protagonistes, que tout semble séparer - et en premier lieu leurs positions à...