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L’identité retrouvée

Un Liban qui y voit plus clair désormais en lui-même, un Liban qui se redécouvre tel qu'il est en réalité, tel que l'y destinait sa vocation naturelle : voilà sans doute le résultat le plus significatif - et le plus réconfortant - des élections du 7 juin.

 

Non point bien sûr que ce Liban-là se satisfasse entièrement de la précarité de sa condition, qu'il soit viscéralement réfractaire à toute évolution, à tout progrès. Il a seulement rejeté le boniment que s'égosillaient à débiter les démarcheurs de certain changement. Et quel changement !

 

À ce pays de négoce et de services, au minuscule territoire mais aux immenses horizons, voilà en effet qu'on ne cessait de seriner, ces dernières années, qu'il était plutôt fait pour une glorieuse confrontation régionale, qu'il en était même le fer de lance tout désigné. Que la majorité parlementaire issue du scrutin de 2005 était factice et fictive, et qu'on allait voir bientôt ce qu'on allait voir. Qu'il était malséant d'accepter l'amitié et le soutien de l'Occident, alors que fleurissent plus près de nous des démocraties aussi authentiques et séduisantes que la syrienne et l'iranienne. Que c'était trahir la cause sacrée que de s'en remettre aux résolutions internationales pour parachever la libération du territoire national, mais qu'il n'y avait en revanche absolument rien à redire sur les négociations indirectes syro-israéliennes ou sur les dialogues engagés avec Washington par Damas, comme par Téhéran.

 

On lui a rebattu les oreilles en outre, ce pays, avec la promesse d'une république nouvelle, sachant pourtant qu'il ne peut exister de république tant qu'il y a un État dans l'État. Et pour comble, ce sont une milice notoirement financée de l'étranger, une sous-milice avantageusement recyclée dans les affaires ainsi qu'un courant politique nanti d'un fort substantiel trésor de guerre et pratiquant ouvertement le népotisme qui se sont approprié le noble et séduisant thème de la lutte contre la corruption.

 

C'est cet outrecuidant discours que vient de désavouer en somme le gros des Libanais en ramenant à l'Assemblée une majorité encore plus consistante que par le passé. Que ce phénomène ait été observé surtout dans les circonscriptions à population majoritairement chrétienne, centre de gravité de cette consultation, n'est guère surprenant. Bien que disposant toujours d'un bloc respectable au sein du Parlement, le Courant patriotique libre est loin ainsi d'avoir réédité son raz-de-marée de 2005. Maître du Kesrouan, affichant un score plus qu'honorable dans le Metn-Nord, le CPL doit sa victoire à Jbeil et dans le Metn-Sud à l'apport massif de suffrages chiites. En revanche, et lourdement pénalisé cette fois par ses alliances, Michel Aoun essuie un échec cuisant à Zahlé, à Batroun, dans le Koura et surtout à Beyrouth I : si bien qu'après un tel rééquilibrage des forces, il ne peut plus décemment désormais se poser en patriarche politique des chrétiens.

 

Exemplaire de régularité sous l'œil vigilant du superministre de l'Intérieur Ziyad Baroud, le scrutin de dimanche a finalement remis les pendules à l'heure. Reste à récupérer tout le temps (et les énergies) perdus en querelles, souvent violentes, sur les subtilités de la démocratie consensuelle libanaise. On saluera volontiers, certes, la sérénité avec laquelle plus d'un chef de l'opposition a accepté le verdict des urnes. Une chose cependant est de reconnaître ce fait, une autre est de se soumettre effectivement aux astreintes et obligations institutionnelles qui en découlent. Car décréter non négociable la question de l'armement du Hezbollah, ou encore persister à distinguer entre majorité parlementaire et majorité populaire (autrement dit la loi du nombre), comme l'a fait hier Hassan Nasrallah, c'est risquer de condamner à l'impasse le dialogue national.

 

En revanche, c'est un gros effort - d'imagination, notamment - qui est requis de la majorité ancienne et nouvelle pour tenter de concilier, autant que possible, ces deux impératifs : la plus grande détermination dans la défense des idéaux de la révolution du Cèdre, qu'il s'agisse de la souveraineté ou de la coopération avec le Tribunal spécial pour le Liban ; et un large esprit d'ouverture sur toutes les autres ramures de l'arbre national.

 

Issa Goraieb

igor@lorient-lejour.com.lb

Un Liban qui y voit plus clair désormais en lui-même, un Liban qui se redécouvre tel qu'il est en réalité, tel que l'y destinait sa vocation naturelle : voilà sans doute le résultat le plus significatif - et le plus réconfortant - des élections du 7 juin.
 
Non point bien sûr que ce Liban-là se satisfasse entièrement de la précarité de sa condition, qu'il soit viscéralement réfractaire à toute évolution, à tout progrès. Il a seulement rejeté le boniment que s'égosillaient à débiter les démarcheurs de certain changement. Et quel changement !
 
À ce pays de négoce et de services, au minuscule territoire mais aux immenses horizons,...