Gouvernant la Libye d’une main de fer depuis bientôt 42 ans, Mouammar Kadhafi est le plus ancien dirigeant arabe et africain. Selon sa propre légende, il serait né sous une tente bédouine dans le désert de Syrte en 1942. Filippo Monteforte/AFP
En Libye, la décision a été accueillie par des scènes de liesse à Benghazi et Misrata, certains tirant en l’air, beaucoup agitant les drapeaux de la rébellion. « Justice a été rendue », s’est félicité le président du Conseil national de transition, organe politique des rebelles, Moustapha Abdeljalil.
La délivrance des mandats d’arrêt « souligne une fois de plus l’isolement croissant du régime », selon le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen. Le président français Nicolas Sarkozy a de nouveau appelé M. Kadhafi à quitter le pouvoir, affirmant que le dirigeant libyen « sait parfaitement ce qu’il faut faire pour que la paix revienne » dans son pays, tandis que pour le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, la question n’est pas de savoir si M. Kadhafi doit quitter le pouvoir, « mais comment et quand ». Pour Bernard Valero, porte-parole du Quai d’Orsay, « il résulte de cette décision (de la CPI), d’une signification majeure, la confirmation que M. Kadhafi a perdu toute légitimité et qu’il est entièrement isolé ». Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a pressé l’entourage de M. Kadhafi à « le lâcher » ou « à rendre des comptes ». De son côté, Jay Carney, porte-parole de la Maison-Blanche, a estimé « qu’il s’agit d’un nouvel indice du fait qu’il (Kadhafi) a perdu sa légitimité ». Les États-Unis sont convaincus que « le vent a désormais tourné » contre le régime Kadhafi, a déclaré William Burns, secrétaire d’État adjoint chargé des Affaires politiques. Il a souligné que Washington est déterminé, avec ses alliés, à « maintenir la pression » contre le régime libyen car « seul un départ de M. Kadhafi peut assurer un avenir stable à la Libye ». « Ne pas arrêter et ne pas poursuivre les hommes accusés enverrait un message troublant », a de son côté soutenu Michael Bochenek, de l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International. L’ONG Human Rights Watch a, quant à elle, estimé qu’en délivrant de tels mandats, la CPI « démontre que le droit peut même rattraper ceux que l’on a longtemps crus » intouchables.
Les efforts diplomatiques se poursuivent
Seule voix discordante, celle du président sud-africain Jacob Zuma qui s’est dit désappointé par la décision de la CPI. Cette décision intervient en effet au lendemain d’une réunion des médiateurs de l’Union africaine (UA) sur la Libye, dimanche à Pretoria. Les médiateurs ont annoncé, dans un communiqué publié à l’issue de cette réunion, « la décision du colonel Kadhafi de ne pas faire partie du processus de négociations » sur l’issue du conflit, y voyant une concession de la part du dirigeant libyen. M. Zuma craint donc que les efforts de l’UA ne soient maintenant sapés.
Par ailleurs, les efforts diplomatiques se poursuivent. L’envoyé spécial libyen Slimane Chahoumi, arrivé dimanche à Alger en provenance de Tunisie, a été reçu hier par les présidents du Sénat, Abdelkader Bensalah, et de l’Assemblée nationale populaire, Abdelaziz Ziari, a rapporté l’agence APS. Des discussions ont actuellement lieu dans le sud de la Tunisie, à Djerba, sur l’avenir de la Libye. Deux ministres libyens y ont rejoint le ministre des Affaires étrangères Abdellatif al-Obeïdi, a rapporté hier l’agence tunisienne TAP. Concernant ces négociations, l’UE a souligné que toute solution au conflit libyen impliquant le colonel Kadhafi « n’est pas acceptable ». « Il faut que Kadhafi se retire » avant toute négociation et il faut un cessez-le-feu « sans condition », a dit Michael Mann, porte-parole de la chef de la diplomatie Catherine Ashton.
(Source : agences)


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