Devant ce spectacle affligeant qui engloutit tous les jours davantage ce pays dans la médiocrité et la schizophrénie collective, j’ai cherché l’inspiration en relisant certaines parties du Nouveau Testament et je suis tombé, non sans quelque ironie, sur un paragraphe de la Lettre de saint Jacques intitulée : « Tenez votre langue. » Je vous en reproduis son contenu intégralement. C’est en l’appliquant peut-être que les torts subis par le peuple libanais depuis si longtemps, à cause des dérapages du « verbe », pourront être exorcisés et que cette spirale du mal pourra enfin être atténuée. À bon entendeur donc, salut.
« Mes frères, ne soyez pas nombreux à vouloir enseigner, sachant que nous serons jugés plus sévèrement. Car tous nous pêchons sur bien de points. Mais si quelqu’un ne pêche pas en paroles, c’est un homme parfait, capable aussi de brider son corps tout entier. Si nous mettons aux chevaux un mors dans la bouche pour qu’ils nous obéissent, nous dirigeons tout l’animal. Voyez encore les navires : quoique de grandes dimensions et poussés par des vents impétueux, ils sont dirigés par un minuscule gouvernail au gré du pilote. De même la langue, un si petit membre, peut se vanter de grandes choses. Voyez quel petit feu suffit pour embraser une grande forêt ! La langue aussi est un feu, un monde d’iniquité. La langue qui a sa place parmi nos membres est capable d’infecter le corps entier et d’embraser le cours de notre vie, embrasée qu’elle est elle-même du feu de la géhenne. Toutes les espèces de bêtes sauvages, d’oiseaux, de reptiles et d’animaux marins peuvent être domptées par le génie de l’homme, mais la langue, aucun homme ne peut la dompter, c’est un fléau qu’on ne peut arrêter, elle est emplie d’un venin mortel. Par elle, nous bénissons le Seigneur, notre Père, et par elle, nous maudissons les hommes, créés à l’image de Dieu. De la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Il ne faut pas mes frères qu’il en soit ainsi. Jaillit-il d’une source, par le même orifice, l’eau douce et l’eau amère ? Le figuier peut-il, mes frères, donner des olives, ou la vigne des figues ? Une source salée ne donnera donc pas de l’eau douce.
Quelqu’un est-il sage et expérimenté parmi vous ? Qu’il en donne la preuve par sa bonne conduite, par des œuvres empreintes de douceur et de sagesse. Mais si vous avez au cœur un zèle amer et un esprit de rivalité, ne vous vantez pas et ne mentez pas contre la vérité. Une telle sagesse ne vient pas d’en haut : c’est une sagesse terrestre, charnelle, diabolique. Car là où il y a jalousie et dispute, il y a aussi désordre et toute espèce de mal. Mais la sagesse qui vient d’en haut est d’abord pure, ensuite pacifique, indulgente, accommodante, pleine de miséricorde et féconde en bonnes œuvres, sans partialité, sans hypocrisie. Le fruit de la justice se sème dans la paix pour ceux qui pratiquent la paix. »
Salim F. DAHDAH

