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Nos lecteurs ont la parole

Les cheveux en quatre

Par Georges TYAN
De grâce qu’on ne se méprenne pas sur ce que je vais écrire. J’ai été, je suis et je resterai attaché à cet esprit de liberté, d’indépendance et de souveraineté que, comme beaucoup d’autres, j’ai fièrement ressenti un 14 mars 2005.
Si j’ai souvent critiqué vertement ceux qui se sont installés à la tête de ce mouvement, c’est justement pour ne pas en arriver au point où nous sommes et pleurer des acquis qu’au fil du temps nous avons perdus.
Inutile de lasser en ressassant les occasions passées, des élections législatives par deux fois remportées haut la main, deux fois perdues en concessions, sans nul avantage en retour.
Je suis sous l’impression qu’au cours des cinq dernières années, aucun effort n’a été épargné pour faire oublier jusqu’au souvenir même de Rafic Hariri et détruire l’édifice de l’entente communautaire qu’il avait si minutieusement créé.
Cela non seulement du fait de la hargne de ses contempteurs, mais plus sûrement encore par la maladresse de ceux-là mêmes qui ont détourné à leurs propres fins la moisson glanée lors de cette mémorable journée du 14 mars 2005.
Je ne vis pas dans le passé, mais combien ils nous manquent ceux qui, par leur opiniâtreté, leur prestance, leur charisme, auraient pu faire barrage à ce bouleversement. Je pense à Bachir le précurseur, à Pierre au sourire angélique mais déterminé, à Gebran le généreux, à Samir le penseur, à tous ces autres partis dans un déchirement atroce.
Ils n’étaient pas pollués, rien pour eux-mêmes, tout pour le Liban, avec pour seul horizon la pérennité de ce pays, son indépendance vis-à-vis des voisins comme des décideurs, dans le cadre très strict d’un échange de bons procédés, bâti sur le respect mutuel.
Désormais, nous en somme très loin. Je ne reviendrai pas sur les félicitations reçues quatre secondes après l’annonce de ce gouvernement dont la gestation a pris quatre mois, alors qu’il a fallu quatre minutes pour le former, ressenties comme un camouflet par les tenants de la nouvelle opposition, et d’une majorité de Libanais interloqués.
C’est à se couper les cheveux en quatre !
Toujours est-il qu’un clou chasse l’autre. Exit l’Europe et les États-Unis : l’Iran et la Syrie font irruption sous les hourras sur les planches de notre théâtre national, pour que la comédie reprenne son cours.
Espérons qu’elle ne tournera pas à la tragédie, comme le prévoient à longueur de journée les acteurs d’hier. Pourquoi, aujourd’hui, l’eau ne coule-t-elle pas à flots dans les robinets, où en est-on des promesses d’un courant électrique 24h/24, de la lutte contre la corruption, les passe-droits ? Pourquoi la gabegie à tous les niveaux est-elle encore omniprésente et la médecine hors de prix, la justice pour certains et pas pour d’autres ? Que faudrait-il pour que les zones de non-droit cessent d’exister et de servir d’excuse fallacieuse au maintien des armes illégales ?

Et j’en passe...
Le Liban se targue d’être le seul pays démocratique de la région. Or en démocratie, des élections législatives libres ont lieu en principe tous les quatre ans, desquelles sont issues une majorité qui dirige en formant un gouvernement et une minorité qui surveille son action. Sauf que chez nous, tous s’engouffrent dans le gouvernement, l’opposition s’y fait de l’intérieur et, cerise sur le gâteau, un nouveau concept politique a été inventé par ce peuple qui a créé l’alphabet, laissant dubitatifs les juristes les plus timorés : « la minorité de blocage », sorte de machine à implosion qui fait sauter un gouvernement sans besoin de démission ou de motion de censure.
Mais à quelque chose malheur est bon. En dépit de la manière fort peu cavalière dont se sont déroulées les choses, il est temps que nous retrouvions les valeurs démocratiques qui ont soutenu et l’indépendance, et la liberté et la souveraineté de notre pays. L’alternance du pouvoir est essentielle pour toute société qui veut s’émanciper et prétend avoir un rôle sur l’échiquier des nations.
L’histoire récente a démontré, au prix de larmes, de peines, de souffrances, de destructions, de morts, que nul ne peut prendre l’autre où il ne veut pas aller. Je ne crois pas qu’une dérive puisse avoir lieu, les forces en présence étant à peu près égales et l’ère du recours aux armes révolue.
À deux ans des législatives de 2013, cette alternance à mon sens est bienvenue et salvatrice pour les forces du 14 Mars, une occasion en or de procéder au grand ménage qui devient pressant, se restructurer, se régénérer, s’unir, se réconcilier avec la base. Et surtout reprendre le chemin de l’humanisme et l’humilité des martyrs dont on prétend défendre la mémoire.
De grâce qu’on ne se méprenne pas sur ce que je vais écrire. J’ai été, je suis et je resterai attaché à cet esprit de liberté, d’indépendance et de souveraineté que, comme beaucoup d’autres, j’ai fièrement ressenti un 14 mars 2005.Si j’ai souvent critiqué vertement ceux qui se sont installés à la tête de ce mouvement, c’est justement pour ne pas en arriver au point où nous sommes et pleurer des acquis qu’au fil du temps nous avons perdus.Inutile de lasser en ressassant les occasions passées, des élections législatives par deux fois remportées haut la main, deux fois perdues en concessions, sans nul avantage en retour.Je suis sous l’impression qu’au cours des cinq dernières années, aucun effort n’a été épargné pour faire oublier jusqu’au souvenir même de Rafic Hariri et détruire...
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