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Liban - La Situation

L’un fonce, l’autre freine


Face à la levée de boucliers anticipée de la part de l’opposition, survenue dès l’annonce de la composition de son gouvernement, le Premier ministre paraît conscient de la nécessité d’aller vite en besogne, d’autant que les graves incidents de vendredi à Tripoli, quels qu’en soient les éventuels initiateurs, lui ont montré qu’il n’aura devant lui aucun répit.
Nagib Mikati s’attelle donc à la préparation active de la déclaration ministérielle sur base de laquelle son cabinet sollicitera la confiance de la Chambre. À en croire certaines informations, il soumettrait ce lundi son projet de texte à la commission ministérielle concernée, qui devrait se réunir demain pour en discuter.
On sait déjà, parce que cela a été dit et redit ces derniers jours, que cette déclaration ministérielle devrait être relativement brève, qu’elle serait en quelque sorte un condensé des points contenus dans la déclaration précédente, celle du gouvernement dit d’« union nationale » que dirigeait Saad Hariri.
Pourquoi brève ? La question mérite d’être posée dès lors qu’il existe au sein du gouvernement des composantes essentielles, en particulier le CPL, qui ne cachent pas leurs vastes ambitions de réforme, ou à tout le moins leur aspiration à de grands chantiers de remises en question.
Mais à côté de ce volontarisme, le gouvernement paraît clairement abriter aussi des citadelles de conservatisme ou de prudence qui, déjà, se dressent pour stopper les velléités de certains ministres.
Si l’on reprend toutes les déclarations publiques des membres du gouvernement et de leurs instances politiques respectives depuis la mise en place du cabinet, il y a une semaine, on a la nette impression de se trouver à bord d’un véhicule à l’allure hésitante, comme si la moitié de ses passagers appuyait sur l’accélérateur et l’autre moitié sur le frein.
Ici, on affirme clairement vouloir extirper le haririsme de l’État et de la société, et on commence tout naturellement par délivrer des « allers simples » à ses héritiers, et là, on répète tous les jours à ceux qui peuvent encore le croire qu’il ne saurait être question que le gouvernement se livre à une « politique vindicative » et encore moins à des chasses aux sorcières.
Il faudrait s’entendre. Mais comme on ne s’entend pas, du moins jusqu’ici, il est parfaitement normal – en tout cas du point de vue du Premier ministre – de chercher à éviter toute littérature extensive, détaillée et donc porteuse de désaccords et de disputes. On présume, en effet, que M. Mikati n’a guère l’intention de consacrer à la rédaction de la déclaration ministérielle le temps que le gouvernement avait pris pour être formé.
Mais il y a un autre motif qui pousse à ne pas être trop disert et à hâter les choses : l’accueil arabe et international réservé à la mise en place du cabinet Mikati. Jamais ou presque dans l’histoire du pays, un gouvernement libanais n’a eu droit à une telle froideur de traitement hors des frontières. La Syrie mise à part – et pour cause –, aucun État arabe n’a exprimé le moindre soutien à cette équipe. Quant à l’accueil international, il s’est limité ici ou là à quelques timides commentaires, quelques fois positifs en apparence, mais toujours dissimulant à peine, en filigrane, un gros bâton.
De ce contexte franchement inamical, les hauts dirigeants du pays semblent plus ou moins conscients. Voilà pourquoi, à en croire leurs milieux, ils veulent hâter l’adoption de la déclaration ministérielle et souhaitent que celle-ci soit la moins expressive possible sur les leitmotivs archiconnus du camp du 8 Mars, dans l’espoir d’être en mesure d’aménager une brèche dans ce mur d’hostilité.
Il reste à savoir s’il est possible, à l’heure actuelle, de concilier cet espoir avec l’option consistant à se solidariser quasi organiquement avec un régime voisin qui s’enfonce jour après jour dans un isolement régional et international de plus en plus marqué.
Cette problématique se pose avec d’autant plus d’acuité que des échéances concrètes sont attendues. Il est d’abord question d’une visite qu’effectuerait à Damas dans les prochains jours le président de la République, Michel Sleiman.
Pour nombre d’observateurs, la froideur arabe et internationale à l’égard du nouveau gouvernement ne serait pas sans lien avec la levée de boucliers décidée par le 14 Mars. Et la conjonction des deux peut avoir des effets dévastateurs. Le nouveau ministre des Finances, Mohammad Safadi, en a mesuré hier l’ampleur en déclarant que l’opposition sera « féroce » et que cela devrait « inciter le cabinet à agir rapidement » et à « se montrer capable de réaliser des choses ». Comme s’il n’en était pas certain.
Face à la levée de boucliers anticipée de la part de l’opposition, survenue dès l’annonce de la composition de son gouvernement, le Premier ministre paraît conscient de la nécessité d’aller vite en besogne, d’autant que les graves incidents de vendredi à Tripoli, quels qu’en soient les éventuels initiateurs, lui ont montré qu’il n’aura devant lui aucun répit.Nagib Mikati s’attelle donc à la préparation active de la déclaration ministérielle sur base de laquelle son cabinet sollicitera la confiance de la Chambre. À en croire certaines informations, il soumettrait ce lundi son projet de texte à la commission ministérielle concernée, qui devrait se réunir demain pour en discuter.On sait déjà, parce que cela a été dit et redit ces derniers jours, que cette déclaration ministérielle devrait être...
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