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Nos lecteurs ont la parole

II - Faut-il modifier ou remplacer Taëf ?

George SABAT
La fonction d’un député est non seulement de légiférer mais aussi, et surtout, de surveiller, de jauger et d’évaluer la performance du gouvernement. Si le député n’est pas à la hauteur de nos expectatives, et cela a été malheureusement trop souvent le cas dans le passé, tout le système risque de s’écrouler. L’Exécutif, réalisant que nul ne se préoccupe de questionner sa gestion, en arrive à se convaincre qu’il peut agir à sa guise et disposer des ressources du pays comme bon lui semble. C’est ainsi que nous en sommes arrivés au Liban, à un tel état de désagrégation des structures étatiques (voir L’Orient-Le Jour du mardi 14 juin 2011).
Si, comme l’a souligné récemment M. Mohammad Abdel Hamid Beydoun, la Chambre ne s’est pas réunie durant toute une année plus de cinq heures, on peut facilement concevoir que les députés soient incapables, même s’ils le voulaient, d’assumer convenablement leurs tâches de législateurs et de gardiens des intérêts du peuple. Le fait qu’ils soient sunnites, chiites, chrétiens ou druzes ne change en rien au problème. Dans ce cas précis, le confessionnalisme politique n’est nullement mis en cause. Seule l’absence du sens des responsabilités serait à blâmer.
Le peuple libanais, qui est le premier à souffrir de cet incroyable gâchis, devrait finalement se secouer, sortir de sa torpeur et prendre sa destinée en main. Il devrait s’adresser à ceux à qui il a confié son présent et son avenir, les cent vingt-huit députés qu’il a élus, pour parler et agir en son nom. C’est les députés, élus pour quatre longues années, qui sont en premier lieu responsables de l’état des choses. Malheureusement, le citoyen n’est pas conscient du pouvoir énorme qu’il détient car nul n’a voulu ou n’a osé le lui révéler. Le système éducatif tel qu’il fonctionne dans notre pays s’efforce de convaincre les jeunes que les problèmes politiques sont du ressort des grands de ce monde, les zaïms. Il n’est pas convenable que les jeunes y soient mêlés. Il faut laisser la politique aux politiciens. Les écoles et les universités refusent d’inclure l’économie politique locale dans leurs curriculums sous prétexte que cela pourrait causer des troubles.
Le citoyen grandit donc dans la fausse conviction qu’il n’est aucunement responsable de l’anarchie qui règne dans le système politique de son pays et qu’il ne peut rien faire pour y remédier.
« Que puis-je faire ? demande-t-il à ceux qui le questionnent. Cela est du ressort de notre Dawleh, de nos zaïms et de nos politiciens. Je n’ai rien à y voir et d’ailleurs personne ne me l’a demandé. »
Le résultat est qu’une telle attitude creuse l’écart entre l’individu et l’État, encourage un manque absolu de réel attachement patriotique et diminue le sens de la responsabilité civique du citoyen. Celui-ci devient par la suite une proie facile pour les milices et les partis qui, une fois qu’ils l’ont recruté, lui interdisent de penser par lui-même et lui enjoignent de suivre la ligne du groupe.
La classe politique et les membres de la monocratie qui tirent les ficelles d’un État soumis à leurs ordres encouragent et appuient une telle approche. Ces manipulateurs invisibles auraient tout à perdre si les citoyens venaient à se réveiller et sortaient de leur coma pour réclamer leurs droits légitimes.
Quelle serait donc la solution ?
Avant de penser à reformer le système et les institutions, il faudrait reformer les esprits et les cœurs, comme l’avait suggéré auparavant le patriarche Nasrallah Sfeir et comme le recommande le nouveau patriarche Raï quand il adopte le slogan « amour et participation ».
En termes plus précis, il faudrait commencer par le commencement et convaincre les instances éducatives au Liban d’introduire dans leurs curriculums l’enseignement des devoirs et des responsabilités du citoyen, mais aussi celui de ses droits qui sont inaliénables et indiscutables. L’élève en classe de seconde tout comme l’universitaire devraient être amenés à réaliser l’étendue du pouvoir qu’ils sont en mesure d’exercer sur les autorités publiques, qui ne sont en fin de compte que les serviteurs d’un peuple souverain auquel elles sont tenues de rendre compte chaque fois qu’il le demande.
Il vaudrait mieux que ces jeunes réalisent l’étendue de leurs droits sur les bancs de l’école plutôt que sur les barricades de la révolution ou de la guerre civile.
En outre, cet élève, cet universitaire devraient apprendre comment fonctionne cette gouvernance publique et surtout comment elle devrait idéalement fonctionner. Cela leur permettrait de mieux comprendre les rapports et les comptes-rendus réguliers qu’ils seraient en droit de réclamer à leurs dirigeants afin d’être tenus au courant des résultats de leur gestion.
En termes plus simples, cet universitaire devrait être à même de s’enquérir, par exemple, pourquoi l’État dépense douze milliards de dollars par an et n’en récolte que huit. Il devrait être en mesure de réaliser les dommages causés à notre infrastructure par les négligences passées et le fait que nous soyons à présent obligés d’emprunter vingt milliards de dollars pour la remettre en état. Il devrait être associé directement à l’édification de l’État dont il fait partie intrinsèque.
Mais les jeunes ne sont pas les seuls à être appelés à participer à la gouvernance publique. Tout citoyen qui en formulerait le souhait devrait être encouragé à prendre part au chantier de la réforme et à présenter les suggestions qu’il considère utiles.
D’autre part, la société civile, qui selon certaines statistiques compte près de seize mille ONG, devrait s’engager plus activement et plus fermement sur ce terrain. Le rôle de ces organisations dans les domaines du social et de l’environnement, ainsi que dans le suivi de l’application des politiques fiscales pourrait être déterminant.
Nous pourrons ainsi former des citoyens qui réclameront à leurs dirigeants des comptes-rendus qu’ils sont en mesure de comprendre et d’évaluer. Le peuple exigera d’être associé à la prise de décisions qui engagent le présent et l’avenir, et cessera de souscrire aveuglément aux injonctions de ses dirigeants. Les malentendus, les désordres et les grèves tendront à diminuer grâce à cette transparence accrue. Il en résultera une meilleure utilisation des deniers publics, une diminution de la corruption et un développement économique et social plus équitable et plus fonctionnel. La participation active des citoyens à la gouvernance servira à renforcer l’unité nationale et à réduire les malentendus entre les communautés, et diminuera les interventions et les immixtions étrangères.

George SABAT
La fonction d’un député est non seulement de légiférer mais aussi, et surtout, de surveiller, de jauger et d’évaluer la performance du gouvernement. Si le député n’est pas à la hauteur de nos expectatives, et cela a été malheureusement trop souvent le cas dans le passé, tout le système risque de s’écrouler. L’Exécutif, réalisant que nul ne se préoccupe de questionner sa gestion, en arrive à se convaincre qu’il peut agir à sa guise et disposer des ressources du pays comme bon lui semble. C’est ainsi que nous en sommes arrivés au Liban, à un tel état de désagrégation des structures étatiques (voir L’Orient-Le Jour du mardi 14 juin 2011). Si, comme l’a souligné récemment M. Mohammad Abdel Hamid Beydoun, la Chambre ne s’est pas réunie durant toute une année plus de cinq heures, on peut...
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