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Nos lecteurs ont la parole

Des racines et des ailes

Par Rolla AOUN
C’était un jour de printemps. Fuyant la lourdeur du temps à Beyrouth, nous avions pris la route de la montagne, le Metn. Noël ne se lassait jamais de cette région, son climat, ses paysages... Petit à petit, on se rapprochait du versant est de Baabdate. Là, comme d’habitude, je savais que mon mari allait arrêter la voiture, éteindre le moteur et contempler les villages d’en face. Il pouvait rester là des heures, me semblait-il. D’un naturel plutôt silencieux, il devenait alors volubile, évoquant son village et les étés merveilleux qu’il y passait... C’était comme si nous vivions dans un monde à part, me disait-il.
Oui, mais cette fois-ci Noël ne s’arrêta pas et continua son chemin comme animé par une flamme intérieure. J’étais à la fois terrifiée et curieuse. N’y avait-il plus aucun risque, pouvait-on arriver sans problème au village ? Plus on se rapprochait et plus la tension augmentait...La réalité sera-elle à l’image du rêve ? Je posais ma main sur la main de mon mari... elle était glacée ! Nous avancions toujours et le paysage se transformait. Les maisons se faisaient de plus en plus rares, il n’y avait presque plus âme qui vive... J’essayais de plaisanter pour atténuer l’émotion qui me prenait à la gorge : «Tu es sûr qu’il existe ce village extraordinaire ? »
À peine avais-je terminé ma phrase que des pins par milliers apparurent des deux côtés de la route comme une armée majestueuse ! Ils étaient tellement hauts et serrés qu’on n’apercevait presque plus le ciel ! À leurs pieds, comme pour adoucir leur solennité, les cyclamens, les coquelicots et les marguerites nous souriaient ! La route sinueuse continua ainsi environ 2 km et nous arrivâmes enfin à Arsoun... Un tout petit village enfoui au sein d’une nature verdoyante sous un ciel lumineux d’un bleu intense... D’énormes bouquets de fleurs de toutes les couleurs, des collines de pins, quelques maisons et un calme, une sérénité, un silence interrompus seulement par le chant des oiseaux... C’est la première impression que j’ai gardée de Arsoun. J’étais subjuguée par ce village si authentique, si semblable à ceux que me décrivaient mes grands-parents. J’avais toujours pensé qu’ils exagéraient quand ils évoquaient les villages libanais d’antan, leur végétation luxuriante, leurs fontaines, leurs moulins, les petits ponts en vieilles pierres, les sources d’eau fraîche et limpide, etc. Or tout cela existait bel et bien à Arsoun et, pour la première fois, je trouvai un côté positif à la guerre qui avait empêché la croissance de ce village et sa pollution. Il y avait certes des décombres, certaines maisons en ruine... Mais l’air était si pur, si frais, c’était comme s’il voulait noyer dans sa douceur toutes les horreurs de la guerre...
N’ayant pas connu mon village d’origine, j’avais toujours cru que l’appartenance à un village d’enfance en faisait dans l’espace et le temps un monde magique idéalisé dans le cœur des personnes. C’était plus émotif que réel et ils en gardaient le souvenir d’un village unique au monde ! Je me tournai vers mon mari, il était là, les yeux perdus au loin, il s’abandonnait sans aucune résistance à la douceur de son village... Il retrouvait avec émotion son enfance, une part de lui-même qu’il avait un jour perdue ! Il était tout simplement heureux...
Ce jour-là je compris qu’il y avait deux choses importantes chez l’homme : « avoir des racines et des ailes ».
C’était un jour de printemps. Fuyant la lourdeur du temps à Beyrouth, nous avions pris la route de la montagne, le Metn. Noël ne se lassait jamais de cette région, son climat, ses paysages... Petit à petit, on se rapprochait du versant est de Baabdate. Là, comme d’habitude, je savais que mon mari allait arrêter la voiture, éteindre le moteur et contempler les villages d’en face. Il pouvait rester là des heures, me semblait-il. D’un naturel plutôt silencieux, il devenait alors volubile, évoquant son village et les étés merveilleux qu’il y passait... C’était comme si nous vivions dans un monde à part, me disait-il. Oui, mais cette fois-ci Noël ne s’arrêta pas et continua son chemin comme animé par une flamme intérieure. J’étais à la fois terrifiée et curieuse. N’y avait-il plus aucun risque,...
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