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Nos lecteurs ont la parole

I – Faut-il modifier ou remplacer Taëf ?

Par George SABAT
On parle beaucoup de changer le système politique au Liban, de modifier ou remplacer Taëf ou Doha, ou d’abolir le confessionnalisme politique. Et pourtant ce n’est pas nécessairement le système, mais l’usage qu’on en fait qui serait à blâmer.
Essayons d’analyser simplement ce qui se passe dans notre pays. Quatre millions et demi de Libanais élisent, pour un mandat de quatre années, cent vingt-huit députés pour les représenter. La fonction essentielle de ces élus est de s’assurer que les autorités civiles s’acquittent fidèlement de leur tâche qui consiste à protéger les droits des citoyens, et à assurer leur protection et leur bien-être.
Tel est, en théorie, le fondement de tout système démocratique. Qu’en est-il au Liban? Le lecteur averti aura tôt fait de remarquer que, dans notre pays, les droits de la population sont quotidiennement bafoués. L’État est impuissant à protéger le citoyen à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire national. Le développement économique, qui se mesure par la croissance du produit intérieur brut (PIB), favorise surtout une minorité de « fat cats » aux dépens de ceux moins nantis qui, pour survivre, sont tenus de recourir au « bakchich » ou à d’autres formes de corruption généralisée. Pis encore, le pays ploie à présent sous une dette énorme qu’il est incapable de rembourser, même à long terme. Il a en outre la plaisante perspective de devoir s’endetter de vingt milliards de dollars supplémentaires pour remettre en état une infrastructure criminellement négligée durant les vingt dernières années.
Mais tout cela a déjà été cent fois dit et redit. Que cherchons-nous donc à démontrer ?
Si l’État s’est montré incapable dans le passé de remplir les fonctions qui lui étaient dévolues et si la Chambre n’a pas voulu ou n’a pas pu mettre un terme à cet état de choses, la solution consisterait donc non pas à changer le décor, tel que le veulent les partisans d’un nouveau Taëf, mais à s’assurer que les acteurs présents remplissent convenablement leur rôle sur la scène politique.
Nos gouvernements arrivent au pouvoir sans aucun plan préconçu et le quittent sans se soucier de rendre compte de leur gestion. Je défie quiconque de prouver le contraire. D’ailleurs, dans quelques jours, nous allons être témoins, si Dieu le veut, de la formation d’une nouvelle équipe. Va-t-elle nous présenter son plan de campagne ? Et celle qu’elle remplace, compte-t-elle nous offrir un compte rendu détaillé de sa gestion ? Dans les deux cas, je demeure sceptique, mais nous ne perdons rien à attendre.
Nous aurions voulu entendre, de la part des nouveaux venus, un discours tel que le suivant :
« Citoyens et citoyennes, nous vous remercions pour votre confiance et nous nous engageons à œuvrer de notre mieux pour en être dignes. Veuillez trouver ci-après un programme de travail détaillé, basé sur notre politique de développement économique et social, notre politique fiscale, notre politique de traitement de la dette nationale, notre politique de remise en état de l’infrastructure du pays, notre politique de mise en valeur de nos ressources pétrolières et gazières, et enfin notre politique concernant les relations extérieures du Liban. Nous vous demandons de juger notre performance future à intervalles réguliers, en fonction de ce programme, à charge “pour vous de nous retirer votre confiance s’il n’est pas exécuté”. »
 Quant à l’équipe qui est en instance de départ, nous aurions rêvé en voir les membres se mettre consciencieusement à l’ouvrage durant les quatre mois qui ont suivi leur démission, pour préparer un compte rendu détaillé et clair de leur performance passée ainsi que leur vision personnelle de ce qu’il faudrait entreprendre à l’avenir. Le peuple libanais aurait eu ainsi la faculté d’établir une comparaison utile entre les points de vue du cabinet sortant et le programme de son successeur.
(à suivre)
On parle beaucoup de changer le système politique au Liban, de modifier ou remplacer Taëf ou Doha, ou d’abolir le confessionnalisme politique. Et pourtant ce n’est pas nécessairement le système, mais l’usage qu’on en fait qui serait à blâmer.Essayons d’analyser simplement ce qui se passe dans notre pays. Quatre millions et demi de Libanais élisent, pour un mandat de quatre années, cent vingt-huit députés pour les représenter. La fonction essentielle de ces élus est de s’assurer que les autorités civiles s’acquittent fidèlement de leur tâche qui consiste à protéger les droits des citoyens, et à assurer leur protection et leur bien-être.Tel est, en théorie, le fondement de tout système démocratique. Qu’en est-il au Liban? Le lecteur averti aura tôt fait de remarquer que, dans notre pays, les droits de...
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