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Moyen Orient et Monde - Syrie

Jisr al-Choughour la rebelle serait tombée

Selon la télévision nationale, le pouvoir syrien, qui pour l’occasion avait sorti l’artillerie lourde, aurait maté Jisr al-Choughour, ville désertée par les civils terrifiés. Parallèlement, des informations non vérifiées faisaient état de défections au sein de l’armée.

Un des camps établis en Turquie, dans la province de Hatai, pour accueillir les réfugiés syriens. Mustafa Ozer/AFP

De violents heurts ont de nouveau éclaté hier à Jisr al-Choughour, où l’armée a entièrement repris le contrôle de la ville, selon la télévision d’État. « Ils sont en train d’attaquer la ville avec des chars, des hélicoptères et de l’artillerie lourde », a raconté Ali, un réfugié syrien de 27 ans rencontré par l’AFP sur un chemin de contrebandiers du côté turc de la frontière. Un militant sur place a également raconté par téléphone que, tôt dans la journée, « l’armée a pilonné d’une manière intense la ville à partir de chars et avec des armes lourdes, avant d’en prendre l’assaut ». La télévision publique a elle aussi indiqué que les troupes sont entrées dans Jisr al-Choughour. En proie à une forte protestation antirégime, le gouvernorat d’Idleb, à 330 km au nord de Damas, fait l’objet d’une opération d’envergure de l’armée depuis vendredi.
Ville de 50 000 habitants, Jisr al-Choughour est quasi déserte depuis une semaine en raison des combats qui s’y déroulent. Le régime parle d’affrontements avec des « groupes armés », des témoins évoquent plutôt une mutinerie et un ratissage méthodique et sanglant des autorités. Interrogé sur les « combats » décrits par les médias syriens, Moustapha, un maçon de 39 ans ayant fui la ville, a répondu : « Quels combats ? L’armée bombarde la ville avec ses blindés. Tout le monde s’enfuit. » « Même si on avait des pistolets, qu’est-ce qu’on ferait contre l’artillerie ? La Syrie est une dictature étroitement contrôlée et tout à coup, le régime annonce que Jisr al-Choughour est armée jusqu’aux dents. Ils mentent. Ils nous punissent parce que nous voulons la liberté », a-t-il ajouté. Selon les habitants, les forces sont commandées par Maher el-Assad, frère du président qui dirige notamment la quatrième division mécanisée. « Ils utilisent jusqu’à 150 chars et véhicules blindés. Jisr al-Choughour est petite et il n’y a pas assez de place pour garer tous ces blindés. Le bombardement est désormais continu. ».

Défections au sein de l’armée ?
Face à la violence excessive, « il y a maintenant une séparation au sein de l’armée et un groupe essaie de protéger les gens : il a fait sauter deux ponts », a ajouté Ali, affirmant tenir ces informations de personnes qui ont fui la ville. Une information relatée également par la page facebook FNN, selon laquelle des soldats ayant fait défection tentent de retarder l’entrée des militaires pour permettre aux habitants de quitter la ville. Une affirmation qui semble corroborée par la télévision d’État selon qui les troupes « ont désamorcé les explosifs et les charges de dynamite posés par ces groupes armés sur les ponts et dans les rues ».
En outre, toujours selon la télévision d’État, en reprenant Jisr al-Choughour, les militaires ont découvert « une fosse commune » contenant les dépouilles des membres des agents tués lors de l’attaque du QG de la Sécurité, le 6 juin. Selon Damas, 120 policiers ont été tués ce jour-là par des « groupes armés ». Mais des opposants et des témoins ont contesté la version officielle et ont affirmé que les policiers avaient péri lors d’une mutinerie.
La répression a poussé plus de 5 000 personnes à trouver refuge en Turquie, distante d’une quarantaine de kilomètres à peine. Ankara a promis d’accueillir tous les réfugiés syriens. Une fois arrivés près du village de Güvecci, ils sont installés dans des camps érigés par le Croissant-Rouge. « Mais il est plus difficile maintenant de s’approcher de la frontière : les soldats et les policiers en civil empêchent les voitures de réfugiés de passer. Il faut les contourner en secret », précise Mohammad.
Face à cette escalade répressive – depuis le 15 mars, plus de 1 200 opposants sont morts et 10 000 autres ont été arrêtés, selon des ONG – la Maison-Blanche a haussé le ton samedi en dénonçant une « crise humanitaire » provoquée par Damas dans le nord du pays. « Les États-Unis appellent le gouvernement syrien à cesser cette violence et à donner au Comité international de la Croix-Rouge (CICR) un accès immédiat et sans entraves à cette région », a-t-elle déclaré. Même demande pour un accès « immédiat et illimité » pour la Croix-Rouge exprimée hier par l’Italie, qui a également condamné le « recours inacceptable à la violence ».
Aux 15 membres du Conseil de sécurité de l’ONU qui devaient poursuivre leurs discussions pendant le week-end faute d’avoir pu se mettre d’accord à ce jour sur une résolution, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a lancé un appel : il est temps de prendre une « position claire ». Un appel relayé par le ministre allemand des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, pour qui « la situation dangereuse qui prévaut actuellement rend particulièrement urgente une réaction claire du Conseil de sécurité ». « Cette situation inacceptable, qui alourdit encore le bilan des victimes civiles, crée une menace pour la stabilité régionale. Elle doit cesser », a déclaré pour sa part Bernard Valero, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est dit « très triste et très inquiet » et a demandé au président Assad de « prendre des mesures immédiates et décisives et d’écouter son peuple ».
La Russie et la Chine ont néanmoins boycotté samedi les discussions au Conseil de sécurité, selon de sources diplomatiques. « C’est un message assez clair », a déclaré un diplomate. Dans une lettre transmise à Ban Ki-moon, Damas souligne que l’adoption d’une résolution ne ferait que renforcer « les extrémistes et les terroristes ».
(Source : agences)
De violents heurts ont de nouveau éclaté hier à Jisr al-Choughour, où l’armée a entièrement repris le contrôle de la ville, selon la télévision d’État. « Ils sont en train d’attaquer la ville avec des chars, des hélicoptères et de l’artillerie lourde », a raconté Ali, un réfugié syrien de 27 ans rencontré par l’AFP sur un chemin de contrebandiers du côté turc de la frontière. Un militant sur place a également raconté par téléphone que, tôt dans la journée, « l’armée a pilonné d’une manière intense la ville à partir de chars et avec des armes lourdes, avant d’en prendre l’assaut ». La télévision publique a elle aussi indiqué que les troupes sont entrées dans Jisr al-Choughour. En proie à une forte protestation antirégime, le gouvernorat d’Idleb, à 330 km au nord de Damas,...
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